Cette série obéit à un rythme très lent, fait une utilisation intéressante des musiques à contre-emploi (généralement joyeuses dans un contexte dramatique), développe une esthétique assez réussie et exploite une idée intéressante : à la suite d'un problème massif de dénatalité, une république théocratique et tyrannique, la République de Gilead, s'instaure sur le territoire américain et asservit les femmes : les unes sont réduites à l'état de domestiques, les autres à celui d'esclaves sexuelles destinées à la procréation, parce qu'elles sont restées fertiles. Si l'on adhère à ces divers postulats, on peut passer un bon moment avec La Servante écarlate. Les deux premières saisons sont, d'ailleurs, assez réussies.
Malheureusement à partir de la troisième, la série pèche par le très mauvais jeu de son actrice principale, Elizabeth Moss. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle ne joue pas à l'économie : oeil noir, air mauvais, rictus de dégoût ou de hargne, menton mussolinien, aucune grimace ne nous est épargnée. Ce n'est plus de l'art dramatique, c'est du mime. À la saison 5, cela confine même au grotesque et suscite une franche hilarité (
voir l'épisode intitulé Chère Defred
). À ceci s'ajoute la mégalomanie de l'actrice qui réalise plusieurs épisodes : le nombre de gros plans qui lui sont dédiés est effrayant - pas un épisode ou presque qui ne s'achève ainsi, cela devient lassant. On peut parler de naufrage : le rôle était manifestement trop lourd à porter pour une comédienne au talent limité.
Sur le fond, on regrette que la traduction des Marthas (nom donné aux femmes domestiques) soit littérale. En français, c'est de Marthes qu'il aurait fallu parler, puisque c'est une référence à Marthe, la servante du Christ, par opposition à Marie, qui en est la disciple. Quant à l'idée de donner un uniforme identique à toutes les femmes selon leur fonction, elle est peu crédible. Dans la Rome antique, un sénateur avait ainsi proposé de doter les esclaves d'un uniforme. De manière avisée, il lui fut répondu que ce n'était pas prudent, car cela leur aurait permis de se compter et de prendre conscience de leur force. De fait, dans La Servante écarlate, on comprend mal que la résistance soit si peu organisée, ce d'autant plus qu'elle peut bénéficier de soutiens extérieurs. C'est faire peu de cas des nombreuses femmes dans le monde qui, sous un régime oppressif, ont su prendre les armes (à commencer par la Résistance en France sous l'Occupation allemande).
Par ailleurs, des femmes voilées, enfermées, mutilées, lapidées, ça ne vous rappelle rien ? L'Iran peut-être ? Ou l'Afghanistan ? Ou l'Arabie saoudite ? Il est paradoxal que la seule allusion à l'islam dans la série se fasse à travers un musulman placé du côté des victimes. Cachez cette réalité que je ne saurais voir... Ce sont donc les chrétiens - cible beaucoup plus facile - qui font office de méchants bien qu'ils constituent aujourd'hui la communauté religieuse la plus persécutée dans le monde (voir les rapports du Pew Research Center).
Enfin l'esthétique de Gilead emprunte beaucoup au nazisme (couleur rouge vif, noir intense, mouvements de foule réglés comme des ballets géométriques). On s'interroge alors sur la complaisance des réalisateurs à la mettre en valeur à outrance (abus des ralentis et des plans en plongée), ce qui dénote une contradiction entre les images et le propos, entre la fascination et la dénonciation. Cette ambiguïté, que l'on retrouve au sujet de la religion (responsable de tous les maux, mais servant encore de référentiel aux rebelles) est au coeur d'une série dont le féminisme paraît, en définitive, surfait : ce n'est jamais ici qu'un produit marketing comme un autre.