Quelle très bonne surprise ce Disclaimer, un des objets cinématographiques marquants de cette année 2024.
Comme l’a pu dire Mr Cuarón, il a plus conçu cette mini-série comme un long film divisé en 7 chapitres ce qui rappelle ce qu’avait pu faire Bergman pour certaines de ses productions notamment Scènes de la vie conjugale. C’était donc une séance spéciale répartie sur deux soirées et j’ai envie de vous dire, j’aurais adoré le faire en une seule soirée, tellement j’ai été captivé.
Un livre qui va faire scandale et qui va affecter et détruire de manière durable et différente, au fur et à mesure du temps, deux familles.
Une des grandes forces est la structure narrative de l’oeuvre, on passe de manière très fluide et compréhensible entre les différentes époques, points de vues, styles de narration. Pas besoin d’un “x années auparavant “ par exemple. Il faut peut-être s’accrocher au premier épisode car tout peut sembler confus mais quand on commence à assembler toutes les informations, qu’on recueille petit à petit, c’est là qu’on commence à comprendre le drame qui est en train de se jouer.
La parole est au centre du débat dans cette oeuvre. Tous les personnages se parlent mais ne s’écoutent que très peu, c’est un dialogue de sourd et d'aveugle. Il n’y a qu’à voir le nombre de narration c’est je, tu, il/elle et nous. C’est une version 2.0 de Rashomon, si vous le voulez. Ils sont seuls dans leur propre monde, leur propre imaginaire, leur propre vérité, ils sont seuls noyés dans leur parole. Pourtant, c'est une arme indispensable aujourd'hui, écoutons et regardons ça sera déjà une belle avancée.
On peut remarquer souvent la présence d’un chat, donc d’un animal de compagnie qui peut-être est l’un des seuls individus à les écouter attentivement, à les comprendre, à les soulager dans leur solitude.
La vérité à une grande place aussi. Faut-il tout dire ? A-t’on peur la vérité ? On dit toujours que la vérité blesse, qu’elle peut laisser des cicatrices mais ne sont-elles pas nécessaires pour vivre et aller de l’avant et tenter d’oublier un passé ?
Même à la fin de la mini-série, on peut toujours avoir un doute sur le dénouement, qu’est ce qui est réellement faux ? Qu’est ce qui est réellement vrai ? On n’aura jamais la vérité absolue, il y aura toujours une part d’imprécision, de doute. Ça peut rappeler, dans une certaine mesure, le débat qu’il y a eu dans Anatomie d’une Chute pour savoir si Sandra était réellement innocente ou non.
Dernier point à évoquer autour des thématiques, c’est le pouvoir de l’image. Vous prenez une photo, vous la soumettez à 50 personnes et vous leur dites d’inventer une histoire en lien avec la photo, un exercice classique. À la fin, vous allez avoir 50 histoires différentes, c’est l’effet Rashomon. Dans une période où nous voyons des milliers d’images à la seconde, est ce qu’on prend encore le temps de voir et comprendre une photo: son contexte, son lieu, ses personnages, sa lumière… l’image est un pouvoir à utiliser avec précaution car il peut vite devenir manipulateur et donc dangereux.
Niveau mise en scène, rien à dire c’est exceptionnel, chaque épisode apportant sa séquence marquante. La photographie c’est une claque, énorme travail de Delbonnel et surtout du grand Lubezki. La BO de Finneas c'est aussi quelque chose de grand, très grand.
Le casting est phénoménal, l’un des meilleurs de l’année. Tous sont fantastiques: Cate Blanchett dans l’un de ses meilleurs rôles, bouleversante. Kevin Kline, que je ne connaissais pas du tout, m’a ébloui. Sacha Baron Cohen, incroyable dans son rôle de père trahi et trahissant. Lesley Manville, émouvante et démoniaque en si peu de temps à l’écran.
Il y a tellement à dire sur cette mini-série, un revisionnage apporterait une nouvelle lecture intéressante et nécessaire. Alfonso Cuarón a réussi le pari de ce grand et long film, peu en sont capables.
Si on considère que Disclaimer est un film (6h environ), il a tout à fait sa place dans le top 3 de l’année (et pas troisième).