Hippocrate, saisons 1 à 3, série Canal de Thomas Lilti
Tous les cris, les SOS...
Si la série Hippocrate est criante, c'est de vérité. Écrite et tournée avec un réalisme sidérant, elle fait la lumière sur la partie visible, mais aussi sur les coulisses de l'Hôpital. Quel noble projet, de ne pas chercher à travestir la réalité. Il s'y passe des choses merveilleuses, mais également d'autres terribles, quelquefois même des échecs voire des erreurs, surtout dans des services prêts à tout mais ne disposant pas de baguette magique, tels que les urgences, par exemple. La ligne artistique n'a pas d'autre prétention que de révéler, comme en immersion, le travail extraordinaire accompli par ces femmes et ces hommes que rien (ou presque) n'arrête, qui pour certains ont prêté serment et qui sont là pour toutes les raisons du monde mais certainement pas par hasard. En fait, ils le sont pour un motif essentiel : la vocation.
Parfois, des films semblent importants à diffuser au plus grand nombre. En général, ils gravitent autour de thèmes historiques ou politiques, comme le nazisme ou des guerres dévastatrices. À défaut, ils recèlent de belles valeurs morales. Hippocrate mérite de figurer sur cette liste, que l'on pourrait d'ailleurs qualifier d'ordonnance. On en regretterait presque la période de Covid où, pour la seule véritable fois de sa vie, le personnel soignant a reçu le plus bel hommage, les plus sincères et émouvants témoignages de soutien d'un peuple tout entier. C'était à vingt heures précises, et ça aura duré quelques semaines : une période finalement si courte, comparativement à leur dévouement intemporel...
La beauté de la série, on la doit aussi à des acteurs fantastiques, dans des rôles principaux ou secondaires : Alice Belaïdi est tout juste exceptionnelle, suivie de près par Zacharie Chasseriaud, Anne Consigny, Bouli Lanners, Sylvie Lachat, Louise Bourgoin ou encore Karim Leklou.
Comme souvent, dans la durée, le succès peut s'essouffler. On demandait du réalisme, pas du sensationnel, or la troisième saison tend à franchir la limite et à fricoter avec le "trop", c'est un peu dommage. Toutefois, pas assez pour bouder cette fiction : si on veut ouvrir les yeux sur la vraie vie et prendre soin de ceux qui nous soignent, il y a urgence à cesser d'être hypocrite et à se ruer dans les brancards pour consulter, même sans rate qui se dilate, Hippocrate.