Raised by Wolves est une série qui m’a profondément marqué. Dès les premières minutes de la saison 1, j’ai été happé par son univers à la fois dérangeant, mystique, technologique, et profondément humain (ou inhumain, justement). Cette œuvre, produite par Ridley Scott – qui réalise d’ailleurs les premiers épisodes –, pose très vite ses bases : un futur où l’humanité s’est presque auto-détruite, où la religion et la science s’affrontent jusque dans l’espace, et où des androïdes élèvent des enfants humains sur une planète lointaine pour tenter de créer un nouveau départ.
La série nous plonge dans un mélange de science-fiction dure et de métaphysique troublante, avec une atmosphère froide, étrange, mais toujours captivante. C’est une série exigeante. Elle ne prend pas le spectateur par la main. Elle questionne beaucoup sans toujours donner de réponses. Et c’est justement ce que j’ai adoré dans cette proposition ambitieuse : elle n’a pas peur d’être différente.
Mais ce qui élève Raised by Wolves au-dessus de bien d’autres séries du même genre, ce sont Père (Father) et Mère (Mother). Les deux androïdes interprétés par Abubakar Salim et Amanda Collin sont tout simplement magistraux. Leur duo fonctionne à merveille et porte une grande partie de l’émotion de la série.
Amanda Collin est, selon moi, la révélation absolue du show. Elle incarne Mère avec une intensité rare : à la fois protectrice, dangereuse, dérangeante et vulnérable. Son jeu oscille entre froideur mécanique et amour maternel déchirant. Elle est fascinante à regarder, chaque geste, chaque regard est lourd de sens. Quant à Abubakar Salim dans le rôle de Père, il apporte une forme d’humour subtil, une tendresse tranquille et une humanité inattendue à son personnage. Leur relation, bien qu’artificielle, devient peu à peu le cœur battant de la série.
La saison 1 pose des bases solides, développe une ambiance unique et déroule des thématiques passionnantes : la parentalité, la foi, l’intelligence artificielle, l’évolution… Le tout emballé dans une esthétique incroyable, avec des décors somptueux et une direction artistique soignée. Visuellement, c’est du haut niveau. Le rythme est lent, parfois contemplatif, mais il y a toujours une tension sous-jacente qui nous tient en alerte. Chaque épisode amène son lot de surprises, et parfois même de chocs.
La saison 2, quant à elle, continue sur cette lancée en amplifiant la dimension mystique et philosophique. On change légèrement d’ambiance avec l’arrivée de la zone tropicale et de nouveaux enjeux. Le personnage de Marcus prend une autre dimension, et les mystères autour de Sol deviennent de plus en plus déroutants. La série ose aller loin, très loin, et propose des twists inattendus, parfois même déconcertants. L’univers se densifie, les créatures étranges prennent plus de place, et on sent que Raised by Wolves veut creuser encore plus profondément ses thématiques sur l’évolution, l’identité, le contrôle et l’héritage.
Mais voilà. Malgré toute cette richesse, la série s’arrête net à la fin de cette deuxième saison.
Et c’est probablement le plus grand défaut de Raised by Wolves. Non pas la fin en elle-même, qui ouvre encore plus de portes et introduit le personnage fascinant de Grand-mère (qui, là encore, promettait énormément). Mais le fait qu’il n’y ait PAS de saison 3. À cause d’audiences jugées insuffisantes, HBO a décidé de ne pas renouveler la série, laissant tous ces fils narratifs suspendus dans le vide.
Et c’est franchement frustrant. Car la série, malgré sa complexité, avait encore tant à dire. Elle commençait vraiment à prendre de l’ampleur, à installer une mythologie forte, à bâtir quelque chose d’unique. Et juste au moment où les enjeux deviennent vertigineux, où la tension atteint un nouveau sommet, où l’on est prêt à replonger corps et âme dans cet univers, bam, fin du voyage. Grand-mère, son plan, l’évolution finale de Mère, le rôle de Campion, la nature de Sol… Tout reste sans réponse.
C’est une claque, mais pas celle qu’on espérait.
Alors voilà. Je mets 4 étoiles, car malgré cette fin brutalement ouverte, Raised by Wolves reste une série magnifique, intelligente, différente, inoubliable. Elle fait partie de ces rares œuvres qui osent proposer autre chose, qui divisent peut-être, mais qui ne laissent jamais indifférent. Elle m’a captivé du début à la fin, m’a fait réfléchir, m’a troublé. Et surtout, elle m’a fait ressentir quelque chose de fort – ce qui est rare dans un genre souvent saturé de clichés.
Je la recommande sans hésiter, à condition d’être prévenu : vous risquez de rester sur votre faim. Pas à cause d’un manque de qualité – loin de là –, mais parce que l’histoire ne sera probablement jamais terminée. Et ça, c’est vraiment dommage.
Raised by Wolves, c’est comme lire un livre dont on aurait déchiré les derniers chapitres : on garde en tête la beauté de ce qu’on a lu… mais le goût d’inachevé demeure.