Andor, c'est tout d'abord une leçon d'écriture, un de celles qui nous montre qu'une histoire peut parfaitement bouleverser un lore, même le plus prestigieux,surtout quand elle est bien écrite et parfaitement menée. Nous connaissons tous la finalité de cette histoire, mais Andor nous en explique, avec de subtil détails, les origines et les causes. Elle montre le chemin parcouru, pas la destination. Et plus important encore: Elle nous bouscule dans notre vision des choses tout en redonnant des lettres de noblesse avec une saga quasi défunte dont on se forçait de ne garder que les bons souvenirs précédents depuis presque de 10 ans. Gilroy a apporté à Star Wars ce qui avait disparu depuis si longtemps: Le souci du détail, autant dans les décors, les costumes, l'histoire, la direction artistique, la réalisation, allant vers le haut, et souvent vers dans le bas, cherchant à nous emmener sur un chemin difficile en manipulant nos esprits et nos sentiments jusqu'à la dernière image.
Au travers de l'écran, Andor nous donne enfin ce que beaucoup attendions, une oeuvre plus adulte pour une saga qui a grandi en chacun d'entre-nous et avec nous. Gilroy nous assène ici un regard plus humain, plus cru, plus dérangeant, jetant le mot 'opera' par le hublot pour le remplacer par 'space drama' , nous faisant ressentir de la tension, de la peur, du désespoir au lien de l'héroîsme béat où chaque tension dramatique doit être décompressée par des personnages trop mignons.
Plus crûment, cette série nous questionne sur la manière dont on regarde notre monde, notre politique, nos sociétés, notre avenir. Elle revient sur des périodes obscures qu'on tente de nous faire oublier, des périodes où des hommes en uniforme gris-vert tapotaient sur des têtes avant de les aligner devant le peloton alors que nos gentils voisins enpochaient la récompense. Elle nous fait mieux comprendre l'esprit de sacrifice, la manière dont l'espoir peut renaître dans un monde ou l'obscur et l'oppression en deviennent les normes.
Certains refuseront Andor et se réfugieront derrière les bruits des sabres laser, défendant cette vaine illusion manichéenne qu'il existe dans notre monde comme sur l'écran des gentils bien séparés des méchants. D'autres diront que cette saga ne devrait jouer qu'avec des pis-aller de licornes magiques car nos écrans ne devraient servir qu'a rassurer nos âmes d'enfants par un futil divertissement. Grand bien leur fasse car il y aura pour eux toujours des gnomes verts trop mignons pour remplir les étals des grandes surfaces et vider leurs porte-monnaies. Mais quelques eux refuseront probablement cette histoire car trop compliquée ou pas assez d'action, mais en réalité ne chercheraient-ils pas tout simplement à cacher en eux le fait qu'ils adhèrent inconsciemment, ou consciemment, à certaines idées d'un empire en devenir?
D'autres considéreront initialement qu'Andor n'est qu'une série Star Wars, tout comme la plupart des films ne sont que de simples divertissements, tous comme la plupart des livres ne sont que des pages pleines de textes, tout comme la plupart des chansons ne sont que des notes et des paroles et que les poèmes ne sont que des rimes. Mais comme à chaque fois le message s'est adapté à son époque, le medium a juste changé mais la graine, elle, s'est adaptée. Elle est semée et finira par germer dans de nombreux esprits de plus en plus critiques.