Pour une fois justement qu'une série fait la différence parmi les niaiseries habituelles proposées par les plateformes! Romulus n'est pas une de ces séries mièvres pour ados biberonnés au wokisme.
La série Romulus, dont le scénario très libre par rapport à la légende initiale, est construite sur une solide ocumentation. Les connaisseurs de cette période, dont je fais partie, salueront le caractère réaliste des costumes (laine, lin et peaux), bijoux, armes, poteries, ainsi que les modèles d'habitat des premières tribus du Latium. Nous sommes loin du faste de la Rome des Césars, et pataugeons dans la fange du VIIIe siècle avant notre ère. Les civilisations minoenne, phénicienne, égyptienne et même grecque sont déjà apparues, mais l'histoire de Romulus se situe dans le Latium primitif et non la Méditerranée orientale. Les auteurs de la série ont d'ailleurs eu l'intelligence de glisser quelques allusions aux Étrusques et aux Italiotes (le potier grec), et par l'intermédiaire de ce dernier à la poésie épique (les héros achéens Ulysse, Ajax et Agamemnon). Peut-être que la couleur rouge des soldats d'Albe-la-Longue est-elle prématurée, même si l'on sait que l'exploitation tinctoriale du murex a commencé très tôt chez les Égéens, les Minoens et les Phéniciens. Quant à la dimension animale voire "chamanique" de la tribu des hommes-loups (issue du peuple volsque selon le scénario) ou du rituel initiatique des jeunes hommes de la cité latine de Vélia, elle donne une assez bonne idée des antiques lupercales. Le seul bémol au réalisme est incarné par le personnage improbable de la jolie vestale Ilia, fille du roi félon d'Albe, qui devient une redoutable guerrière capable de terrasser des colosses, malgré ses 45 kg. C'est la seule faute de goût à tendance progressoïde. Sinon, bravo aux consultants qui, d'une manière générale, ont justement inspiré les scénaristes, lesquels n'ont pas cédé à de grossiers anachronismes pour décrire cette période peu connue et fascinante de la protohistoire tardive.Bonheur supplémentaire de la série, nous sommes épargnés des codes de conformisme nexflixien sur la "masculinité toxique", les "minorités racisées ou non-binaires" qui nous sortent par tous les orifices. Et encore bravissimo aux Italiens qui ont su intelligemment mettre en scène la légende de Rome, berceau de la civilisation européenne, en respectant les réalités historique et archéologique. Enfin, le grand mérite de cette série revient au choix (et à la prouesse) de la tourner entièrement en latin archaïque. Pour ma part, je dois dire que la magie a totalement opéré - et pourtant je suis difficile. Pour ceux qui ne l'ont pas vue, je vous encourage vivement à la regarder en version latine (avec les sous-titres de votre choix). L'immersion est garantie! Quel plaisir et quelle fierté pour nous Européens de regarder une série produite par des Italiens, tournée en Italie, avec des acteurs italiens et en langue latine. Ah si Romulus pouvait inspirer les cinéastes européens et les encourager à produire enfin des films et des séries qui puisent dans le fantastique patrimoine de notre histoire et de notre civilisation.