Severance - 1re saison
Une série étonnante, mais décevante.
Cette série fait penser à beaucoup de classiques . et films bizarroïdes ; on y retrouve des ambiances, décors et autres références à « 2001, l'Odyssée de l'espace », THX 1138 de George Lucas, 1984 de George Orwell, et même à Squid games (ce qui n’est pas bon signe). Bref on l’aura compris, ça parle de déshumanisation de l’individu, de désengagement moral, de manipulation, et donc d’utilisation de gentils êtres humains par d’autres parfaitement immoraux et très méchants.
Seulement voilà ; c’est lent, surtout les 7 premiers épisodes (sur 9), très lent… parfois on dirait du Godard. On attend de comprendre un peu (ce qui n’arrivera pas), on attend qu’il y ait un peu d’action (il y a une altercation dans l’épisode 7), on attend que le personnage principal réalise ce qu’il subit (là aussi il faudra attendre 7 épisodes)… bref, on attend, et on s’ennuie.
Certes les décors épurés au maximum, les pièces immenses pour rien, les couloirs sans fin, les lieux incompréhensibles de ce labyrinthe inutilement gigantesque, étonnent nos yeux déshabitués au fantastique par les séries copiées-collées, certes quelques bons acteurs tiennent leur personnage, certes la dystopie de Severance est troublante… Mais la recette ne prend pas, elle ne déclenche pas d’émotion, on ne s’identifie à personne dans cette bande de cinglés, on observe les murs blancs, les comportements tordus, en attendant qu’il se passe quelque chose, en vain.
Dans ce scénario original (les employés de la grosse société mystérieuse sont « dissociés » chirugicalement pour ne plus mélanger du tout vie privée et vie professionnelle), ok, voilà une idée nouvelle. Mais il y a tout de même pas mal de points flous et incohérents.
Dès qu’il y a un petit quelque chose qui se passe on ne le comprend pas, citons la rencontre dans les couloirs avec des employés d’un autre service, la découverte d’un bureau ou sont élevées des chèvres (si si), la carte que vole Dylan, la salle où vont les punis, le fonctionnement de l’ascenseur magique, la tâche qu’ils accomplissent (trier des chiffres qui défilent sur un écran), … et c’est loin d’être exhaustif : la liste est longue car c’est le principe évident de la série : Le spectateur doit se demander ce qu’il se passe.
Oui, la série est menée par de bons comédiens (particulièrement Britt Lower dans le rôle de Helly), mais le jeu d’acteurs est bien souvent caricatural, ou surjoué, et décrédibilise l’ambiance. On passe régulièrement du thriller à la série pour ado.
Même porté par une actrice de haut niveau comme Patricia Arquette, le personnage de Harmony (pseudo directrice du service où les 4 employés-décérébrés travaillent) navigue entre l’hystérique qui hurle comme une démente, la folle-dingue qui s’exprime en chantant ou la manipulatrice-machiavélique qui donne ses ordres sans desserrer les dents. Et quand elle est hors du bureau, elle devient la personne aux deux visages qui surveille notre héros (on ne sait pas pourquoi d’ailleurs) déguisée en voisine un peu sénile ou en infirmière psychopathe … On s’y perd, et là encore on attend que ce puzzle nous propose enfin quelque chose à suivre plutôt qu’à subir. En vain.
Deux mondes parallèles en somme, dans lesquels certains personnages (les méchants) naviguent consciemment, et d’autres (les gentils) font comme ils peuvent. Une ambiance glauque à souhait, mais à la longue un peu lourde.
Il semblerait que le message est une alerte sur notre rapport au travail et nos contradictions, mais l’emballage est trop lent, ennuyeux, irréaliste, et le message se noie bien avant de nous parvenir.
(D’après les avis, le scénario de la S2 « se prend les pieds dans le tapis »… on a du mal à imaginer comment faire encore plus nébuleux que la S1, mais apparement c’est fait.)
C’est quand on arrive à l’épisode 8 qu’il commence à se passer quelque chose, et surprise : le 9 contraste avec tout le reste, c’est vraiment une réussite.
Finalement, des épisodes 1 à 7 il aurait fallu en faire 2 maximum, et inversement : l’épisode 9 aurait largement pu en faire 3.
En résumé, Severance est tellement unique et bizarre que l’on peut se laisser aller à penser « c’est génial ce truc », mais redescendons sur Terre : à part la fin,
il ne se passe quasiment rien dans ce monde dystopique sans intérêt.
Severance - 2e saison
Encore pire !
Alors que l'on pensait que la saison 1 avait utilisé tout le possible en matière de bizarre et de saugrenu, on touche le fond avec la saison 2.
Le scénario de la 1re saison était insaisissable, peu intéressant, très très lent, et nous menait de question en question avec très clairement la mission de ne rien nous expliquer.
Le scénario de la saison 2 garde le même principe de base, et passe maître en la matière : le spectateur ne doit rien comprendre.
Non-seulement cette indigeste saison est décousue et inégale, mais pendant 9 épisodes (sur 10) elle reste parfaitement incompréhensible ; on la subit bêtement en espérant. Là où on pensait comprendre l’histoire de la saison 1, on se retrouve avec encore plus de n’importe quoi à essayer de digérer.
C’est illogique, brouillon, et rien ne va ensemble dans cette cacophonie d'idées et de situations toutes plus cinglées et grotesques les unes que les autres.
On sent que les co-producteurs (très nombreux !) ont voulu présenter une vraie histoire pour faire oublier l’insipide première saison, et bingo : ils passent avec brio du néant au bazar complet.
On se perd dans un pseudo scénario sans queue ni tête, où on nous sert des bouts d’histoires dans tous les sens, des flash-back et des moments décalés à gogo …. C’est le foutoir et on a clairement l'impression que les scénaristes viennent d'une autre planète, ou qu’ils consomment des trucs illégaux. En tous les cas ils semblent avoir écrit des morceaux d’histoire sans se consulter, et en avoir fait un patchwork au moment du montage.
Heureusement, les acteurs sont plutôt bons (le personnage de la soeur, Devon, est porté par une interprétation impeccable, celui de Mark révèle un acteur de haut vol particulièrement dans les scènes où il est hors de l’entreprise), et les décors sont, comme dans la 1re saison, très travaillés, même impressionnants. Le tout est filmé avec de beaux mouvements et plans de caméras (trop nombreux, dommage) et une belle lumière.
On a au moins ça à se mettre sous la dent.
Mais ça ne fait pas tout !
Trop souvent, -à peu près tout le temps en fait-, les personnages qui interfèrent n’expliquent rien, parlent en euphémismes alambiqués, ne répondent pas aux questions qu’on leur pose, ou ne terminent pas leurs phrases. À l’instar d’Asal (celle qui est soit-disant capable de « restaurer » les dissociés) ; qui parle à tout le monde avec mépris et de façon énigmatique alors qu’elle veut les sauver contre leur grès, pour finalement les abandonner sans s’expliquer … insupportable.
On comprend mal que Patricia Arquette et Christopher Walken ont accepté d’être associés à cette bouse où tout (ou presque) ne nous est expliqué que dans le dernier épisode… et encore, c’est juste une impression, car si on fait la liste des questions, des trucs en suspens, des vides, des points illogiques ou sans raisons d’exister… on peut écrire une encyclopédie.
À la question « Quel est l’intérêt d’attendre 18 épisodes pour essayer de comprendre ce que l’on regarde ? » la réponse est évidente ; il n’y en a aucun.
La fin de la saison 2 est comme le reste : suspendue et absurde, et probablement assez floue pour pouvoir en faire une 3e.
Elle nous abandonne avec les questions que l’on se pose depuis près de 20 h de film : Que veut cette entreprise despotique ? Pourquoi Helly est-elle infiltrée dans l’équipe ? À quoi sert qu’Harmony soit l’inventrice de tout ça ? Et d’ailleurs que devient-elle à la fin ? Et d’où ça sort que le chalet de maternité est magique comme l’ascenseur ? Pourquoi Gemma ? C’est quoi cette histoire de ses 25 exters ? Quid de ce côté sectaire avec sacrifice de chèvres ? D’où vient la folie commune des dirigeants ? Et pourquoi quand Mark se parle en vidéos son exter change de personnalité alors qu’il connait la vérité sur Helly ? … On le disait : on pourrait écrire une encyclopédie, mais personne n’a vraiment de réponses, même pas les scénaristes, c’est évident.
Au final, l'intérêt de Severance est proche de zéro, mais attention, c’est comme les réseaux sociaux de nos jours : bien que sans intérêt, c’est bizarrement addictif.
On regarde la saison jusqu'au bout en se demandant si on va comprendre quelque chose, et s'il va se passer un truc concret, voir intelligent, mais rien… même le dernier épisode de chaque saison, construit à l’opposé des autres, n’apporte finalement que du rythme, sans plus.
À la fin on se sent vidé et frustré, comme quand on a scrollé pendant des heures sur Instagram à regarder n'importe quoi. La recette est la même.
Pour ne pas tomber dans le panneau et sombrer dans ce néant,
la meilleure des choses à faire est de ne pas commencer à regarder Severance. (Regardez plutôt Silo !).