Plutôt amateur de la série originale de Michael Landon, j'étais curieux de découvrir ce remake. Cela dit, connaissant la ligne éditoriale de Netflix, je ne m'attendais pas vraiment à autre chose que ce que j'ai vu.
Inutile de comparer plan par plan avec la série des années 70. Beaucoup d'entre nous l'aiment justement pour ce côté kitsch devenu culte avec le temps. Les personnages y étaient d'une droiture morale presque caricaturale, les intrigues servaient souvent de prétexte à une leçon de vie et Charles Ingalls trouvait systématiquement une solution à tous les problèmes du voisinage. Pourtant, c'est précisément ce qui faisait le charme de la série (et de bien d'autres jusque dans les années 2000) : on savait qu'à la fin il y aurait une morale, un pardon, une réconciliation, une discussion autour de la table familiale présidée par le patriarcal Charles qui, d'une manière ou d'une autre, aurait cité ou périphrasé les Evangiles.
Ici, changement de logiciel !
Les deux fillettes s'en sortent plutôt bien. On retrouve chez Laura sa curiosité et son courage, tandis que Mary conserve son côté sage et appliqué. En revanche, les parents me semblent beaucoup plus éloignés de leurs modèles d'origine.
Charles n'est plus ce père et chef de famille inébranlable, charismatique, viril et franchement patriarcal qui avance coûte que coûte dans les tempêtes, les mauvaises récoltes et les catastrophes en série. Il doute, hésite, subit, se fait régulièrement recadrer notamment par sa femme et passe parfois davantage pour un homme qui cherche l'approbation de tout le monde que pour le chef de famille qu'il était censé incarner. Quant à Caroline, elle semble passer une bonne partie de son temps à râler, contester, s'inquiéter ou reprocher quelque chose à son mari. Les deux ressemblent moins à des pionniers du Kansas qu'à un couple contemporain en thérapie conjugale.
Et puis soyons honnêtes : Charles est beaucoup trop beau pour le rôle. Où sont les mains abîmées, les poils sur les avants bras noueux, les épaules cassées par le travail et la terre sous les ongles ? J'attendais un fermier de la frontière, j'ai parfois eu l'impression de regarder un catalogue automne-hiver.
Le plus ironique dans tout ça, c'est qu'on s'ennuie un peu. Mais à la réflexion, la série originale n'était pas non plus un modèle de rythme. La différence, c'est qu'elle assumait pleinement ce qu'elle était : une fable morale sur la famille, l'école, l'église, le travail et la communauté. Ici, on retire la dimension mythologique sans vraiment la remplacer.
Autre problème : le décor manque singulièrement de rugosité. Nous sommes censés être à la fin du XIXe siècle dans le Midwest américain. Des pionniers, des fermiers, des semi-cowboys, des terres encore sauvages. Où sont les saloons douteux, les ivrognes, les bagarres, les hors-la-loi, les joueurs de poker ruinés, les types qui sentent le cheval et le whisky à dix mètres ? Tout paraît étonnamment propre, policé et inoffensif.
Pour donner une véritable personnalité à cette adaptation, il y avait (à mon humble avis) pourtant deux pistes possibles.
La première : appeler Taylor Sheridan. On aurait eu des conflits de voisinage réglés au fusil, des rivalités familiales sur trois générations et au moins une bagarre par épisode. Ce n'est pas très subtil mais au moins on ne s'endort pas.
La seconde : assumer pleinement le mythe américain des pionniers. La conquête de l'Ouest, l'esprit de frontière, la débrouillardise, la foi, la famille, l'idée que chacun forge son destin au milieu de nulle part. Bref, tout ce qui constitue l'imaginaire américain classique (certes un peu MAGA) et que Netflix semble regarder avec autant d'enthousiasme qu'un vegan devant un concours de barbecue.
Solution alternative : ressusciter Hulk Hogan et lui confier le rôle de Charles Ingalls. Une descente du coude depuis la troisième corde aurait probablement réglé plusieurs intrigues en moins de quarante-cinq minutes.
Au final, cette série n'est pas mauvaise. Elle est simplement révélatrice de son époque. Là où la version des années 70 racontait une Amérique idéalisée avec ses vertus et ses défauts, cette adaptation semble tellement préoccupée par l'idée de moderniser son modèle qu'elle finit par oublier ce qui le rendait attachant. On regarde, ça se laisse suivre, mais pourquoi pas remplacer l'acteur par John Cena qui se ferait copain avec un indien... au hasard joué par Jason Momoa ?