La thématique est assumé d'office : La Chevalerie n'est plus ce qu'elle était (où n'est pas ce qu'elle sera)
Martin puise dans ce contraste : il choisit la chevalerie médiévale historique – Angleterre edwardienne, tournois crus, fange sociale – rejetant explicitement l’idéal courtois raffiné des troubadours occitans.
Dunk, colosse sans fin’amor, incarne l’anti-chevalerie contée par nos Troubadours : l'honneur y suinte la bière et le crottin, pas les cansos lyriques exaltant la Dame sublimée
Dunk est un héros massif mais « simplet », presque sans envergure idéale.
Il entre en résonance avec la veine délibérément terre-à-terre de Martin, loin des preux épurés comme Lancelot.
L'honneur chevaleresque y est brut, hussard, teinté de gravelle et de fange, opposé à l'Amour Courtois raffiné
Dunk c'est l'anti-Lancelot : un colosse illettré, impulsif, guidé par un sens rudimentaire du bien plutôt que par une quête mystique ou courtoise.
Pas de Table Ronde ni de lyre occitane, mais des tournois boueux où l'on cogne pour un regard de dame, sans faste ni vers de troubadour.
Son idéalisme est modeste, presque "Don Quichottesque" dans sa naïveté face à un Westeros corrompu, post-dragons, où les nobles pourrissent tout.
Le graveleux est assumé.
La série cultive le sordide : décors malodorants, crasse médiévale palpable, acteurs au physique rugueux, intrigues mesquines autour d'eau croupie ou de complots de bas étage.
Et ... Étrange manière de filmer ...
Martin puise dans le réalisme historique cru, rejetant la quête du Graal pour un ersatz errant sans Dulcinée idéale - mais avec un écuyer Egg malicieux!
Dunk est un Don Quichotte des Sept Royaumes, chargeant des moulins-targaryens avec une armure rapiécée et un code d'honneur borné.
C'est médiocre et suintant ce parti-pris anti-héroïque.
Par exemple , cette scène où un personnage urine sans gêne :
Le geste est trivial et la mise en scène obscène.
Le tout est inutile.
C'est un de ces moments typiquement martinien :
Pas de pudeur courtoise,juste un rappel olfactif que Westeros pue la sueur, la bière aigre et les latrines à ciel ouvert – un pied de nez à l'idéal chevaleresque
Mais apparemment,
Là où je vois la médiocrité, les fans, eux, y célèbrent un retour authentique à la fange westerosienne.
Quant à Egg, il incarne une « future éclosion » au sens littéral et symbolique
Surnommé « Egg » (Œuf) pour son crâne rasé masquant ses cheveux platine Targaryen, ce gamin de 10 ans est déjà un germe royal sous la carapace d’écuyer effronté.
Il émerge progressivement dans la saison : d’abord simplet comme Dunk, il révèle son lignage princier (fils de Maekar) lors du procès d’Ashford, éclosion explosive qui sauve son mentor.
Sa vraie nature – futur roi réformateur, marié par amour, grand-père du Roi Fou – mijote sous cette apparence humble, annonçant les Targaryen de Game of Thrones.
Métaphore de Martin qui joue sur le motif draconique : Egg n’est pas un dragonneau cracheur de feu, mais un œuf d’alliances et de prophéties, lié à Summerhall où il tentera plus tard d’éclore de vrais œufs de dragon.
Face au graveleux ambiant, il est l’espoir latent, une lueur courtoise dans la fange – écho lointain de troubadours occitans, où l’amour vrai fait éclore le noble cœur.
Cette série « sordide » porte ainsi - peut-être - une promesse d’élévation, même si le quotidien reste puant.
Car
Dunk erre sans Dulcinée pour sublimer son cœur
Ni adoubement solennel pour légitimer son ferrailleux honneur –
Dunk c'est juste un heaume cabossé hérité d’Arlan et une foi brute en la justice des poings.
Pas de dame aux yeux d’azur ni de canso occitane pour hisser son idéal au-delà de la boue.
Les femmes de Martin – lady Ashford ou sorcières de Standfast – restent utilitaires, sans rayonnement lyrique
Dunk cogne pour l’honneur, pas pour un amour transfigurant
Son Don Quichotte manque de cette muse qui élève la folie en épopée
Sans véritable Adoubement il s’auto-proclame chevalier après la mort de son maître
Lancelot naît oint
Dunk s’improvise dans la fange, sans rédemption courtoise ni sceau royal – pur produit du Westeros post-dragons, où l’idéal se noie dans la fange.
Écho "Don Quichottesque" amplifié :
Cervantes offrait encore une parodie tendre.
Martin noie le rêve dans la boue et les complots mesquins
****
Mon dégoût est pour ce vide aristocratique.
Il est trop ... contemporain de nos vies
Trop politique
Trop connu
Trop subi
Mon dégoût crie :
Sans ces piliers là – muse, sacre, grâce –, le héros simplet reste un colosse pathétique, écho inversé des aspirations de la Chevalerie et de notre aspiration à un idéal ascétique
Ce vide,
Ce manque,
Il ne fait pas rêver !
La série non plus.