La première partie de la saison 2 de Mercredi prolonge le voyage dans un univers toujours plus macabre et stylisé de la famille Addams. L’ambiance est plus sombre, plus sérieuse, l'humour noir plus mordant, une évolution logique qui contribue à donner à la série un ton plus adulte, sans pour autant se débarrasser de son étiquette de série young adult.
La promesse d'une saison plus horrifique n'est qu'à moitié tenue et, mis à part un budget faux sang plus important, la véritable horreur est absente. À voir si la deuxième partie décide d’assumer ce parti pris qui donnerait vraiment un intérêt à l'univers de la série, ou s’ils préfèrent garder un public très large sans prise de risque.
On sent que le personnage de Mercredi est plus mature, et a gagné en profondeur. Fini le love interest maladroit et inutile, l’accent est mis sur la place centrale du personnage dans le récit. L'influence de l’actrice, devenue productrice exécutive sur la saison 2, est palpable sur son personnage mais aussi sur la tournure que prennent l'école et ses élèves. La petite métaphore de la popularité de Mercredi, après qu'elle a sauvé l'école, qu'elle repousse avec sarcasme, reflète sa propulsion au rang de star internationalequ’elle-même a atteint dans la réalité en partie grâce à Mercredi, et qui lui a été très inconfortable.
Jenna Ortega prouve une nouvelle fois son talent d’actrice et porte la série sur ses épaules. La saison 2 offre quelques passages marquants, notamment les séquences flashback en noir et blanc somptueuses qui rappellent la direction artistique des premiers films La Famille Addams, mais surtout le passage en stop motion particulièrement inspiré, qui fait forcément penser au génie qu'était Tim Burton avant de se faire manger par la machine hollywoodienne. Malgré son absence à la réalisation, sa patte est toujours là.
Le problème de cette première partie, mais qui, à mon avis, va s’étendre sur la saison entière, c’est la volonté de Netflix de vouloir trop plaire à son public, comme en témoigne la structure narrative qui se révèle assez bancale. La série traîne un scénario alourdi par des sous-intrigues inutiles, voire inintéressantes, qui donnent l’impression que les épisodes sont là pour être remplis plus que pour être enrichis : pleins de personnages, de punchlines, de blagues… mais rien de vraiment utile au développement de l’histoire.
La romance, inévitable, calibrée pour plaire au public adolescent visé, est cette fois centrée autour d’Enid, dans une volonté totalement artificielle. Le personnage est relégué au second plan, et la seule justification à sa présence à l’écran — le remplissage du scénario et la romance forcée pour plaire au public — dénote vraiment. D’autant plus que des manières de faire évoluer le personnage sans en faire un personnage secondaire, il y en a plein.
Encore une fois, les punchlines de Mercredi sont taillées pour finir sur TikTok. Mais dans le cas de Mercredi, ça fait partie de l’ADN du personnage. Difficile donc de vraiment lui en vouloir.
Pour répondre à la critique de beaucoup, qui était l’absence du reste de la famille Addams, cette première partie leur donne une place très importante qui rend les sous-intrigues encore plus inintéressantes, entre interactions forcées, dialogues cousus de fil blanc, et rebondissements sans réel impact. Encore une fois, ils remplissent l’espace plus qu’ils n’apportent une réelle importance dramatique.
Niveau hommages et références, il y a du Hitchcock, du Shining, beaucoup de Burton évidemment : Frankenweenie, Beetlejuice, Beetlejuice... Rien d’utile, mais ça rend cette première partie vraiment plaisante à décortiquer.
Cette première partie de la saison 2 de Mercredi est une suite plaisante, visuellement audacieuse, mais qui ne prend jamais de risque. Elle corrige plusieurs maladresses de la première saison, mais revient avec son lot de points négatifs. Mercredi reste avant tout une production pensée pour plaire, calibrée à la seconde près, et alourdie par des choix scénaristiques discutables. C’est un produit pensé comme un produit, et Netflix ne compte pas laisser cette licence tranquille — pour le meilleur et surtout pour le pire.
Le show est efficace, parfois frustrant, avec l’espoir que la deuxième partie de saison parvienne à éliminer les problèmes de la première partie.