Plus de vingt ans après Mission Cléopâtre, Alain Chabat retrouve l’univers d’Astérix, mais cette fois pour une mini-série animée en 3D. On connaît bien le talent de Chabat pour l’improvisation, exploitant à merveille le potentiel de ses comédiens. Mais comme ce n’est pas possible en animation, on pouvait avoir quelques craintes : est-ce qu’il serait aussi à l’aise dans ce registre ?
Eh bien le résultat parle de lui-même : c’est une grande réussite, et l’une des meilleures adaptations d’Astérix.
Les gags s’enchaînent à toute allure (et non pas à Toutatis), à tel point qu’il est difficile de tous les repérer en un seul visionnage. Et le pire, c’est qu’on pourrait croire qu’avec une telle profusion, certains tombent à plat… mais non. Ils sont tous excellents et drôles. Fidèles à la fois à l’humour de Goscinny, et caractéristiques de l’humour de Chabat, un peu comme dans Mission Cléopâtre, mais ici sans doute plus proche de la bande dessinée.
Peut-être que la réception glaciale de Mission Cléopâtre par Uderzo l’a motivé à faire quelque chose de plus fidèle, que seule l’animation permettait.
Le scénario est assez proche de l’album qu’il adapte (dans sa structure), mais prend pas mal de libertés vers la fin, tout en gardant les mêmes enjeux – pour le meilleur. Il s’en éloigne pour mieux en retrouver l’essence et le transcender. C’est à la fois familier, différent et inédit.
Et c’est assez proche de ce qu’Alexandre Astier avait proposé avec ses deux précédents longs-métrages animés (qui comptent aussi parmi les meilleures adaptations d’Astérix). Astérix est un peu mis à l’écart de son aventure, le village est très proche d’être pris par les Romains – jamais le village n’a été autant en danger – et Obélix est mis hors-jeu.
Le scénario est aussi une belle réussite dans l’écriture de ses personnages. Presque tous ont un arc bien amené, ce qui les rend plus attachants et fluidifie la narration. Ce n’est pas dû à son format de mini-série, car ça se regarde comme un film de deux heures. C’est un format hybride, mais l’un ne prend pas le pas sur l’autre : ça se voit aussi bien d’une traite que par épisodes.
Côté réalisation et découpage, c’est un sans-faute. On est tout de suite dedans. C’est élégant, iconique, épique, simple, efficace et inventif. Techniquement, les films d’Astier étaient déjà très beaux, mais ici on franchit encore un cap. L’animation est superbe, la texture des vêtements, des décors, est saisissante de réalisme. On se croirait parfois devant de la stop-motion, avec la fluidité de l’animation 3D.
Jamais on n’a été aussi proche du dessin d’Uderzo depuis le passage d’Astérix à la 3D.
Et même si Le Combat des Chefs est sorti sur Netflix, au niveau de sa mise en scène, c’est clairement du cinéma.
Il faut quand même évoquer les quelques défauts : le doublage, par exemple.
Alain Chabat en Astérix a une voix trop douce ; Thierry Lhermitte en Panoramix a le bon timbre, mais sa direction est trop fade. Le reste du casting est absolument parfait.
Et la couleur de certains arrière-plans est parfois discutable.
Comme dit plus haut, la direction artistique est dans l’ensemble sublime, mais j’émets quelques réserves sur le design du personnage d’Apothica, que je trouve trop éloigné du style d’Uderzo.
"Le Combat des Chefs" est l’une des meilleures adaptations du célèbre gaulois.
C’est divertissant, drôle, beau, épique et touchant.
Certains pourraient même dire que c’est la meilleure, et franchement… ce ne serait pas déconnant.