La première saison de *Squid Game* a marqué un tournant. Portée par une idée simple mais terriblement efficace – des adultes désespérés forcés de rejouer à des jeux d’enfants mortels pour une énorme somme d’argent – la série interrogeait la violence du capitalisme, la misère humaine, les dérives du spectacle, et surtout la nature profonde de l’homme lorsqu’il est poussé à ses limites. On y trouvait une critique sociale à la coréenne : impitoyable, crue, mais jamais totalement cynique. L’épisode des billes, notamment, mettait en lumière la trahison, l’amitié brisée et l’humanité au bord de l’abîme. Visuellement marquante, émotionnellement forte, cette saison tenait en haleine de bout en bout, avec un univers cohérent et des dilemmes moraux profonds.
Mais après avoir vu les saisons 2 et 3, une évidence s’impose : *Squid Game* aurait dû s’arrêter à la première. Ce qui faisait la force de la série – la nouveauté, l’ambiance, l’impact moral – s’efface au profit d’une redite moins inspirée et plus confuse.
La saison 2 commence pourtant sur de bonnes bases : on veut savoir comment le héros, marqué par ce qu’il a vécu, va tenter de faire tomber l’organisation. Mais très vite, la série s’égare. Elle se fragmente en trois intrigues principales :
* Celle des jeux, toujours prenante visuellement, mais qui **n’apporte aucune révélation nouvelle**. On connaît les mécaniques, et l’effet de surprise n’est plus là.
* Celle du policier, qui traînait déjà en longueur en saison 1, devient ici **interminable pour un résultat quasi nul**.
* Celle de la femme nord-coréenne, qui paraît rajoutée artificiellement, sans réel poids narratif.
Le plus gros problème, c’est que tout devient **trop lourd, trop long, et souvent absurde**. Les votes démocratiques, censés apporter du réalisme ou du suspense, cassent le rythme. Certains dialogues frisent la caricature. Et certains personnages semblent tout droit sortis d’un manuel de quotas Netflix, caricaturaux, sans subtilité, juste là pour cocher une case.
Et puis vient **l’incohérence majeure**, celle qui m’a vraiment sorti de la série : **le retournement total de personnalité du personnage principal entre les épisodes S3E5 et S3E6**. Il ne réagit plus comme avant, comme s’il était devenu un autre homme sans explication. C’est **injustifiable**, et ça détruit la continuité émotionnelle du personnage.
Oui, les jeux restent divertissants. Oui, quelques dilemmes moraux subsistent. Mais la magie a disparu. Ce qui était poignant est devenu mécanique. Ce qui était cruel mais humain est devenu artificiel. Un univers aussi fort ne méritait pas une suite qui se contente de faire "comme avant", en moins bien.
*Squid Game*, c’est une première saison marquante, forte, qui aurait pu rester comme une œuvre unique, dense et puissante. Les saisons 2 et 3, elles, ressemblent à une exploitation commerciale sans vision.