On juge une infanticide. Avec quels outils juridiques et psychologiques ? Le crime ressemble par son mystère et l’état émotionnel de la mère à l’affaire de Berck-sur-Mer en France en 2013. Une fillette de 15 mois avait été laissée sur la plage à la proie des vagues, à marée haute. Là, une nourrissonne de 8 mois est plongée dans la baignoire et la mère dit ne se souvenir de rien. Qu’est-ce qu’une bonne mère ?
Ce feuilleton est un manifeste anti-mariage et anti maternité au Japon. Si ce qui y est montré n’est pas caricatural, ce pays est pour les femmes un vaste asile à ciel ouvert. Elles sont isolées, humiliées, dévalorisées, perdantes à tous les coups, tout en s’excusant en permanence. Les hommes (pas tous quand même) sont de lâches égoïstes immatures dans un système construit pour eux. Ils ont le soutien de leur maman toxique, certainement fières d’avoir mis au monde ces créatures admirables. En effet, la naissance d’un garçon est l’oeuvre majeure que peut accomplir une femme, on le devine. Les filles, elles, doivent se tenir à carreau et sourire en toutes circonstances. Mère, leur identité devient « la mère de X ». Et elles se débrouillent seules. L’image récurrente du film est une femme seule portant son bébé dans une rue qui monte, sous un soleil de plomb. Je comprends mieux pourquoi les étudiantes japonaises rencontrées ici et là en Occident n’avaient pas l’air pressées de retourner dans leur pays, pourtant magnifique.
Le mari de l’héroïne, cette jeune femme appelée à faire partie d’un jury, porte la notion de gaslighting à un niveau inégalé. Il s’agit de manipulation mentale atroce, destiné à faire perdre pied à quelqu’un en le/la faisant douter de ses propres perceptions, souvenirs et compréhension des choses. Par exemple : je fais tout pour t’énerver et puis je dis : « oh là là, tu es énervée, je pense que tu deviens folle. » Ou, alors que tout porte à croire qu’il trompe sa femme, à lui dire en substance, alors qu’elle a espionné son téléphone : « Tu as fait ça, mais c’est très très très grave, c’est très anormal. » Ou encore, bien qu’il ait probablement alerté les services d’aide à l’enfance, prétendre devant l’assistance sociale, sa femme en témoin, que celle-ci ne saurait être violente envers leur fille. Puisqu’on est sur Allociné, je signale que cette expression américaine est principalement née du film « Gas Light » de George Cukor, en 1944, reprenant une pièce de théâtre du même nom. Dans cette histoire-là, il est notamment question d’une lampe à gaz dont la puissance est révélatrice de quelque chose que le mari veut cacher à sa femme, et donc il fait mine de ne pas remarquer les baisses de puissance, la faisant douter d’elle-même.
Bref, cette femme japonaise, Risako, à qui tout semble sourire au début, est la mère et l’épouse parfaite. A la demande de son mari, n’a-t-elle pas renoncé à sa profession pour devenir femme au foyer ? Mais, progressivement, elle s’identifie à la situation et aux tourments de l’accusée. Et si cette criminelle n’était pas un monstre sans affect mais une femme accablée de fatigue, poussée au désespoir, dépressive ? Ce processus psychologique est bien montré, de façon très simple, avec des ellipses en images, superposant la situation de Risako à celle de la meurtrière. « Mais oui, elle, c’est moi… » Et le doute de s’insinuer : « Et si moi aussi je pouvais faire du mal à mon enfant? »
On sent le piège souriant se fermer sur Risako. Tout le monde lui veut du bien, soi-disant, mais la rend folle. Tout parent ayant dû s’occuper d’un bébé braillard peut s’identifier à cette mère. Il y a quelque chose de la paranoïa de la série « Le Prisonnier » à l’oeuvre. L’image de la dépression représente une femme dans une grotte obscure, seule avec son enfant dans les bras, prête à le laisser tomber dans le fond rempli d’eau.
Malheureusement, c’est un peu long.