Welcome to Derry : Un Clown au Sommet, une Ambiance en Carton-Pâte (CRITIQUE AVEC SPOILERS)
Le projet d’une série en trois saisons sur HBO, se posant en précurseur des deux opus d’Andy Muschietti, avait pour vocation d’élucider l’origine story de notre clown démoniaque favori. La saison inaugurale, s'achevant prématurément avec seulement neuf épisodes, laisse un sentiment d'amertume et d'inachèvement. Oscillant entre simplicité scénaristique et une adaptation partiellement aboutie, IT: Welcome to Derry est inéluctablement destinée à fracturer la base des amateurs d'horreur et de l'œuvre de Stephen King.
Dès l'annonce du projet, l'attente était palpable : celle d'une exploration inédite de l'arrivée de Ça sur Terre, un pan du lore magistralement négligé par les précédentes adaptations cinématographiques. Malgré les reproches qui pourraient être adressés à Muschietti sur l'aspect horrifique pur, ses deux films demeurent, au côté de Shining, parmi les transpositions les plus fidèles de l’œuvre du Maître à l'écran. L'émergence du trailer avait d'abord séduit par une direction artistique aux tons seventies convaincants. Cependant, l'histoire y dévoilait déjà un élément majeur des romans, créant une légère frustration anticipée. Mes attentes se sont alors muées en simple curiosité : je souhaitais jauger si les différents réalisateurs allaient user de libertés artistiques pertinentes pour enrichir le lore et nous dérouter. Spoiler : la réponse est ambivalente.
De prime abord, la trame narrative est globalement convaincante : le mythe d'une nation autochtone réussissant à emprisonner Ça via des piliers faits d’une matière mystérieuse – une véritable "kryptonite" de Pennywise. À cela s'ajoute l'avidité et la cupidité de l'armée américaine, cherchant à instrumentaliser une créature cosmique en pleine Guerre Froide.
Cependant, la série souffre d’une irrégularité rythmique patente, s'enfermant dans un schéma itératif durant le premier tiers : l'introduction d'un personnage, la manifestation de Ça, et la progression de l'intrigue militaire se répètent, et ce manque de variation est accentué par des personnages dont l'écriture s'avère défaillante, à l'instar de Ronnie, dont l'agacement constant est préjudiciable à l'immersion. Quant à l'intrigue militaire, les montées en tension sont systématiquement désamorcées. Chaque moment de friction entre le général et le caporal Hanlon est suivi d'une explication didactique, annihilant le mystère. L'opacité de la base militaire s'évanouit au bout de quelques épisodes, ce qui dévitalise l'enjeu secret. Fort heureusement, la série échappe au travers de certaines productions récentes comme Alien Earth, qui se reposent paresseusement sur leurs acquis universels et leurs créatures, au détriment d'une écriture substantielle – un « Bullshit visuel » dénué de fond.
La principale faiblesse structurelle de cette première saison réside dans son adhérence excessive à une simplicité scénaristique qui bride son potentiel. Là où le roman déploie une toile complexe de terreur psychologique, la série opte pour des raccourcis didactiques et des motivations primaires. L'intrigue s'articule autour d'une opposition manichéenne et peu nuancée : l'armée est mue par une cupidité simpliste et les enfants par des aspirations rudimentaires. De nombreux personnages, qui manquent de complexité morale, sont ainsi réduits à des pions fonctionnels dont les dialogues sont souvent explicatifs plutôt que exploratoires, ôtant toute subversion.
L'intrigue militaire, censée être l'épine dorsale du secret, est dépouillée de son aura très rapidement. La série n'a pas la patience de laisser le mystère infuser et la nature du bunker est révélée sans délai. De plus, au lieu de suggérer l'arrivée de Ça à travers des visions fragmentées, la série choisit une démonstration presque littérale des origines (le peuple autochtone, les piliers). Cette littéralité simplifie excessivement un concept cosmique, réduisant l'entité à un « alien » classique que l'on peut capturer. En somme, la série pèche par une frilosité scénaristique : elle privilégie la clarté immédiate au détriment de la profondeur thématique et de la complexité psychologique propres à Stephen King, nous donnant les réponses trop vite.
La ville de Derry elle-même, loin d'incarner le foyer putrescent du Mal, apparaît comme un décorum désuet aux allures de carton-pâte. L'esthétique générale est déconcertante par sa facticité, car elle est paradoxalement trop aseptisée et léchée pour une ville gangrenée par le Mal.
Cette perception est d'autant plus choquante que Derry possédait une tout autre patine et une crédibilité visuelle dans les longs-métrages précédents. Malheureusement, l'utilisation intempestive de VFX défaillants vient une nouvelle fois détériorer la narration visuelle. De nombreuses séquences souffrent de cette disjonction visuelle, où la fausseté des arrière-plans et des environnements sabote l'immersion et s'ajoute, de manière préjudiciable, à la litanie des points négatifs de cette production..
Néanmoins, le succès de l'entreprise est tributaire de la performance sidérante de Bill Skarsgård en Pennywise, qui demeure terrifiant et subtilement exécuté. Il est, une fois de plus, le garant de l'horreur et de la menace constante. De même, la réalisation des épisodes pilotée par Andy Muschietti se distingue clairement comme les moments les plus réussis de la saison. C'est là que le récit gagne en vélocité et que l'exploration des origines ancestrales de Ça s'approfondit véritablement.
Si le nouveau club d'amis est fade face au futur « Club des Losers » teasé en conclusion, la série démontre une maîtrise visuelle indéniable dans son ouverture et sa chute. Le final, en particulier, est d'une grandiloquence spectaculaire, justifiant probablement une part substantielle du budget de production.
IT: Welcome to Derry est une série de contrastes. Elle répond à une attente des fans du livre en explorant le lore, mais elle se tire une balle dans le pied avec un rythme défaillant et une frilosité scénaristique. Le projet de saison 2, toujours en suspens, laisse l'amertume d'un potentiel gâché qui reposait beaucoup trop sur l'extraordinaire performance du clown.