Le personnage de Daredevil fait son grand retour, cette fois intégré à l’univers du MCU. Malheureusement, cette nouvelle version souffre de nombreux problèmes de fond et de forme.
Le défaut majeur de la série réside dans sa construction extrêmement décousue. On ressent clairement le manque de cohérence entre les différentes équipes créatives : que ce soit dans la réalisation, le développement des personnages ou la continuité avec les saisons précédentes (qu’elles soient issues de l’ère Netflix ou non), l’ensemble manque d’unité. Cette fragmentation nuit à la fluidité du récit et engendre de nombreuses incohérences.
Certains choix scénaristiques laissent perplexe, notamment l’épisode 5, qui s’avère totalement dispensable et n’apporte rien de concret à l’intrigue générale. De la même manière, la présence de
Jon Bernthal (Punisher)
paraît superflue : son personnage n’apparaît qu’une fois dans
l’épisode 3
, puis réapparaît de façon presque magique
dans le dernier épisode
, sans fil narratif solide pour justifier son retour.
La dynamique entre Matt Murdock et Wilson Fisk est également décevante. Alors que la série prétend mettre en scène un affrontement central entre ces deux figures emblématiques,
ils ne se rencontrent que deux fois (épisodes 1 et 8)
, et leurs actions respectives ont peu de conséquences l’une sur l’autre. Le suspense et la tension dramatique s’en trouvent fortement amoindris. À cela s’ajoute une révélation tardive
– la mort de Foggy –
qui survient dans les derniers épisodes sans avoir été préparée auparavant, ce qui rend le twist artificiel et sans impact émotionnel réel.
Le traitement des nouveaux personnages est tout aussi problématique. Heather Glenn est cantonnée à un rôle de figurante féminine sans profondeur.
Bullseye, introduit à la toute fin
, n’a droit à aucun développement, servant uniquement à précipiter la conclusion. Kirsten McDuffie, pourtant introduite comme une nouvelle alliée de Matt, ne crée aucun lien tangible avec lui : pas de dialogue marquant, pas de relation construite. Muse, qui aurait pu être un antagoniste majeur et vecteur des réformes imposées par Fisk, est sous-exploité et rapidement éliminé, sans avoir eu le temps d’exister pleinement. Quant à Clark Johnson, présenté comme l’enquêteur proche de Matt, il est surtout utilisé pour faire avancer l’intrigue de manière artificielle, sans véritable développement.
La série tente également de rejouer le thème de Matt Murdock renonçant au costume de Daredevil. Or, cette problématique avait déjà été explorée en profondeur dans la saison 3, ce qui donne ici une impression de redite, sans nouvelle perspective ni réelle évolution.
Il faut néanmoins souligner un point positif : les scènes de combat sont particulièrement soignées, bien chorégraphiées et efficaces visuellement — en particulier l’affrontement contre Muse, l’un des rares moments véritablement mémorables de la saison. Même si certains retiennent le dernier épisode comme un point fort, il témoigne en réalité d’un glissement vers le fan service, avec des apparitions calculées de personnages populaires comme
le Punisher ou Karen Page
. Une fois encore, dans la lignée des productions Marvel Studios, la série se laisse regarder, mais pour peu qu’on y prête attention, les incohérences et erreurs deviennent nombreuses. Et au final, fidèle à une habitude désormais bien ancrée, la série n’amorce réellement quelque chose qu’une fois la saison achevée.