Miss Austen est une série tout en délicatesse. Elle joue subtilement sur les non-dits, sans doute pour aiguiser le regard du spectateur, fidèle en cela à la démarche profondément austenienne : observer et juger sans jamais accuser, écouter et répondre avec une élégance mêlant sincérité et art de ne pas (faire) perdre la face.
S’il fallait retenir un mot pour qualifier cette adaptation, ce serait celui de "justesse". Tout concourt à cet équilibre fragile : le jeu des acteurs, d’abord, remarquable de retenue et de nuance, avec une mention spéciale à Keeley Hawes, bouleversante dans le rôle de la Cassandra mûre. Les seconds rôles, amis, familles et proches de l’autrice, sont eux aussi dessinés avec un soin rare, donnant au récit une profondeur relationnelle.
Ensuite, l’intrigue, construite comme une remémoration tissée à partir d’une correspondance épistolaire, alterne entre deux temporalités, la jeunesse des sœurs Austen et leurs années de maturité, sans jamais égarer le spectateur. Ce dispositif narratif permet de faire dialoguer la mémoire et le présent, la pudeur et la confession, tout en déroulant les vicissitudes d'une vie de femme à cette époque.
Le geste final de Cassandra, la destruction des lettres de Jane, agit comme une véritable explosion dramatique. De cet acte énigmatique on ne peut que s'interroger sur leur contenu, les motivations de Cassadra, et de là on est conduit à une réflexion sur la mémoire, l’héritage, la valeur des mots, mais aussi sur la nécessité, parfois, de préserver les émotions du regard d’autrui.
Les auteurs parviennent ainsi à restituer l’esprit de Jane Austen : finesse sociale, observation aiguisée, spleen contenu. Mais la série ne s’en tient pas à l’hommage ad hominem. Elle interroge avec subtilité la condition féminine à partir de la centralité de sa soeur (Cassadra). Ce pas de coté est intéressant, il permet de lire plus finement la dépendance économique, les contraintes sociales, le désir d’autonomie, tout en tissant un lien évident avec les questionnements contemporains. Avons-nous achevé le cycle qui conduit à l'émancipation réelle des femmes?
Enfin, Miss Austen séduira autant les amateurs de costumes et de reconstitutions raffinées que ceux qui cherchent, derrière la surface polie, un verbe vibrant et un cœur aimant, celui de l'amour entre sœurs, de la perte, de la loyauté, et du prix de la création littéraire...