Un vaste navet, enflé de partout. Je m'explique. Episodes démesurément longs, donc artificiellement gonflés : cinquante-cinq minutes ou une heure, c'est long, c'est rempli d'air, c'est la raison pour laquelle nombreux sont les spectateurs à trouver que l'on s'ennuie ferme. Question de format. Intéressons-nous au fond, en quelque sorte : c'est une série très américaine, où l'on joue à se faire peur (bouh ! Une vaste attaque cyber-terroriste !), où l'on adore se serrer les coudes (oh, yes, on est une nation très unie !), et où l'on met un point d'honneur à mettre en scène la grandeur des Etats-Unis ( quand un ex-président, à savoir Mullen, joué par De Niro, se déplace "downtown", il faut bien compter sur une dizaine de SUV pour en mettre plein la vue). Le matériau de fond, le voilà : nous, les gentils américains, sommes très professionnellement paranos : le monde entier nous en veut, nous sommes attaqués : il va falloir trouver les méchants, et une réponse à la hauteur ! On voit bien que le scénario transcende les clivages gauche-droite, jeunes-vieux, car finalement, c'est dans cette trame très trumpesque, que le pourtant très anti-Trump De Niro accepte bien volontiers de jouer. Il y a des dimensions qui sont pourtant soignées : les intérieurs sont chouettes, assez classieux (en particulier le "mansion" de Mullen), les acteurs ne sont pas hystériques : on a envie de dire : ça, c'est déjà pas mal. Mais il y a d'autres choses qui font de la peine (oui, oui : carrément). Et je le dis avec tout l'immense respect que j'ai pour De Niro. Puisque l'acteur (entre autres chefs-d'œuvre) de Raging Bull, Taxi Driver, et Casino fatalement, vieillit, les réalisateurs ont eu l'idée de filmer souvent De Niro en gros plan, en très gros plan, même : à défaut de montrer sa stature, la caméra s'ingénie à filmer les mouvements de son globe oculaire. C'est spécial, dirons-nous. Dans le premier épisode, - et ça, ça fait vraiment mal - il y a des plans où l'on voit (longuement, très longuement...) marcher De Niro : erreur de le filmer ainsi, ses jambes ont l'air si minces, si fragiles, que ça fait de la peine à voir. Il y a même un moment où j'ai cru que De Niro était Scorsese. Bref, on l'aura compris : on marche énormément, dans cette série. On déambule dans de longs couloirs (Maison Blanche,, appartements gigantesques, Capitole), et ça permet de parler, parler, beaucoup parler.... Enfin, l'acteur Jesse Plemons, une sorte de Matt Damon quasi-albinos incarne un personnage bien étrange, qui, physiquement et moralement met sacrément mal à l'aise. Enfin, dernière remarque : la question de la mémoire chancelante, de l'Alzheimer, en soi, pourrait être intéressante, et tout à fait légitime : mais elle donne lieu à des scènes plutôt grotesques
où l'ex-président Mullen demande où est son majordome d'il y a vingt ans,
ou des moments pseudo-psychédéliques
(épisode 2, surtout) lors desquels Mullen se pose la question "WHO KILLED BAMBI ?" alors qu'il semble perdu dans le bureau de son immense et luxueuse maison.
Oui, ce moment est définitivement grotesque.
Pour ma part, j'ai laissé tous ces professionnels de la parano à leurs questionnements métaphysiques spiralaires, pour essayer d'autres séries.