Les Sentinelles, oeuvre excellente de la bd franco belge. On y découvre Gabriel Feraud, ingénieur, mettant au point une pile au radium, une source d'énergie puissante et révolutionnaire, à des visées de génie civil.
Le hic, c'est son appel au front, la perte de ses membres et sa descente aux enfers qui l'amène à contrecoeur et dans un déchirement moral, philosophique et humain, à accepter de devenir un cyborg super soldat, capable des plus hauts faits militaires, au côté de deux acolytes, Djibouti, le légionnaire héroïnomane et maniaque violent, et De Clermont, sorte de chevalier fou à l'honneur du siècle napoléonien.
Dans cette série, le personnage principal, Gabriel, est un ancien taulard réinséré, père et mari aimant, qui, suite à une grave blessure, intègre bon gré mal gré un programme de super soldats de l'armée française. Ce programme se fonde sur une substance qui nécessite une compatibilté métabolique pour produire des effets extra-ordinaires sur les sujets tests : force, dextérité, régénération... Nous suivons donc les péripéties des Sentinelles, groupe d'assaut, d'infiltration, sorte de commando augmenté, dont Gabriel fait partie.
Je ne vais pas comparer les deux oeuvres, bien que j'en ai très envie.
J'ai qualifiée cette série de mauvaise pour son fond et son éxécution. À mon sens, danns une oeuvre cinématographique, ou un livre ou une bd, les effets visuels, sonores, sont censés servir l'histoire, suggérer ce qui est invisible et pas forcément tenter de tout montrer, quitte à recourir à des stratagèmes ou facilités scénaristiques servant l'image avant ce qu'on raconte. En un mot, comme en cent, on doit pouvoir imaginer, se faire des images, et non pas s'en voir imposer systématiquement, soit qu'on considère que le spectateur doit comprendre un élément déterminant, soit qu'il est trop stupide pour le faire, soit que le scénario, le montage et la réalisation soient si mauvais que de toutes façons, l'oeuvre trouvera son public, au moins dans l'agacement.
Les Sentinelles, la bd, repose sur la mise en images d'un dilemme intérieur permanent, celui de faire la guerre quand on la refuse de toutes ses tripes. Tout, dans les quatre tomes, donne à voir cette image en contraste avec ceu qui la veulent, ceux qui en profitent, ceux qui veulent s'y illustrer, ceux qui veulent y survivre, la terminer, etc.
Les Sentinelles, la série, repose sur la mise en images d'une époque. D'un projet militaire secret. D'un soldat et d'autres soldats. D'un ennemi stéréotypé. Mais où est le liant ? Que raconte cette série ? On y voit des prises de vues de champs où les moissonneuses modernes ont laissé leur passage d'entre roues. Tout est fragmenté. Sans personnalité. La guerre n'est pas critiquée, elle n'est même pas un sujet, sauf son après. On ne rentre pas dans cette guerre. Sauf par des images sempiternellement ressassées de tranchées, de sacs de sables, de Paris crado et de remplissage.
J'en viens à penser que cette série est militariste par son absence de prise de position sur le sujet. Qu'elle montre une unité expérimentale en opérations spéciales, rien de plus. C'est d'ailleurs le ton employé pour présenter cette unité qui me le laisse penser. On ne montre pas la guerre, juste ses héros, leur génèse, leur impersonnalité, sauf à leur donner un relief à peine individualisé, comme pour les différencier à l'image, au son. Et Feraud, qui est un homme mort pour les siens dans la bd et la série, meurt intérieurement à chaque page de la bd, mais renaît comme un mutant violent dans la série, apôtre de la guerre qu'il ne subit plus, mais qu'il fait par devoir et plaisir.