Un monument du manga qui, depuis 1986 traverse les années sans perdre son charme. L'idée du créateur japonais, Kurumada, de concilier la mythologie grecque avec l'astrologie et des références constantes à la philosophie orientale (bouddhisme, hindouisme, taoïsme...) était inédite, foncièrement originale. Coup de génie? Il semble que oui, tant le succès de cette série animée riche en rebondissements et en émotion ne se démentira jusqu' à ce jour. le résultat continue de fasciner et d'émerveiller.
Revenons un peu sur l'histoire... Des enfants orphelins sont recueillis et formés afin de devenir chevaliers. Ces héros d'un nouveau genre ont appris à découvrir en eux et à développer des pouvoirs surnaturels. S'ils partent de la base des arts martiaux, ils puisent ensuite leur force dans les pouvoirs psychiques et les énergies cosmo-telluriques présentes dans la nature et l'univers. Ils sont dotés d'une 'cosmo-énergie'. Le fantastique intervient dans la représentation de ces pouvoirs extraordinaires qui se manifestent durant leurs combats. La psychologie des personnages, et les motifs qui les amènent à commettre le mal ou le bien sont soigneusement développés. Orphelins, partis de rien, les jeunes chevaliers de bronze vont au fil de l'entrainement et des épreuves évoluer sans cesse.Il existe trois principaux types d'armures: l'armure de bronze, celle des cinq principaux protagonistes; l'armure d'argent qui lui est loqiquement supérieure; et l'armure d'or qui appartient à l'élite et correspond aux douze signes du zodiaque. Il y a donc 12 chevaliers d'or, aux pouvoirs immenses. Le grand pope, chef suprême de l'ensemble de la chevalerie fût l'un de ces derniers. Il est choisi par son prédécesseur en fonction de son pouvoir et de sa sagesse. Perçu comme un saint, voir un demi-dieu, il est l'intermédiaire entre la déesse Athéna et les hommes. C'est pourtant contre ce dernier, visiblement devenu machiavélique, que les chevaliers de bronze, soutenus par la princesse Saori qui n'est autre que la réincarnation sur terre de la déesse Athéna, vont combattre tout au long de la fameuse bataille du sanctuaire. La traversée des douze maisons du zodiaque par les chevaliers de bronze, jusqu'au palais du grand pope, afin de sauver la princesse Saori blessée d'une flèche en plein cœur est la clef de voûte de toute la série. Durant ces épisodes, les héros traversent des épreuves qui les font évoluer, la portée spirituelle et humaniste du manga prend toute sa dimension, et certains passages sont sublimes. Mais la série ne pouvait s'arrêter ici. Les mythes et légendes de l'Europe ancienne et de l'Orient était innombrables, il y avait là un fond qu'il était bon de continuer d'exploiter, source d'inspiration permanente. D'autant plus que des allusions au passé, aux ancêtres, à des événements antérieurs méritaient d'être développées. C'est ainsi que nous verrons nos héros transformés partir affronter des guerriers divins au royaume d'Asgard, placé sous la protection du dieu Odin, dans le froid polaire de l'extrême nord de l'Europe. Puis ils descendront avec Athéna dans le royaume sous-marin de Poséidon, dieu des océans, affronter ce dernier et ses terribles marinas, aux pouvoirs équivalents à ceux des chevaliers d'or. Et ils descendront plus bas encore, dans le monde souterrain des enfers, gouverné par le dieu Hadès, puis puissant et terrifiant encore que leurs précédents ennemis.
Kurumada a visiblement puisé leur inspiration dans les croyances ésotériques et new-âge, ainsi que dans des mythes relatant des civilisations avancées qui existeraient encore aujourd'hui, cachées dans divers coins quasi inaccessibles de la terre et sous la surface de celle-ci. La série prône des valeurs morales telles que le courage, le dépassement et le sacrifice de soi, l'amitié, le combat contre le mal, la réalisation de ses rêves; ainsi que des valeurs écologiques de protection de l'environnement, la terre étant menacée par la folie de l'homme. On peut également y voir une dimension sociétale à travers les références historiques servant la dénonciation de la dictature et de la soif de pouvoir. Série humaniste, voir utopiste par moments, elle est également porteuse d'espoir dans sa vision de l'homme capable de dépasser la haine et le mal qui l'habite.
Sombre, assez violent, parfois dur et gore, mais non dénué d'humour et de légèreté, le dessin animé est d'une beauté lyrique assez rare, et est dans ses instants de grâce et de magie profondément émouvant. Le souffle épique, la dimension mystique, et la profondeur psychologique des personnages sont remarquablement servis par une musique magnifique.
On peut pardonner les erreurs et maladresses dans le doublage français. Préférez la version originale sous-titrée si possible.