VICTOR
Étudiant en faculté de médecine issue d’une famille bourgeoise, Victor (Baptiste Masseline) est un meneur charismatique tout juste élu président du bureau des élèves. En couple avec Capucine (Raïka Hazanavicius), elle-même étudiante, son quotidien est rythmé par les fêtes, le sport et les études. Son père s’apprête à entrer au ministère lorsqu’un scandale éclate. Victor est convoqué par la police au sujet de la publication d’une sex-tape dont il serait l’auteur. Il aurait enregistré la séquence au cours d’une soirée étudiante dans laquelle une mineure, Sarah Dulac (Louise Labèque) est filmée en plein ébat.
SOFIA
Sofia (Léonie Dahan-Lamort), 16 ans, se rend à une soirée en compagnie de Camille (Anna Biolay) et Marisia (Prune Richard), amies du lycée, et de Yasmine (Shirel Nataf), sa meilleure amie d’enfance. Elle va tenter d’approcher Alex (Naomi Ekindi) une fille de Terminale. Yasmine se sent un peu à l’écart puisqu’elle est issue d’un milieu différent et ne boit pas d’alcool. Elle s’agace lorsqu’elle découvre que Sofia lui a caché son homosexualité depuis tant d’années, mais se laisse peu à peu aller à l’ambiance de la soirée en décidant même de boire. Le lendemain matin, les adolescentes découvrent qu’une vidéo a fuité dans laquelle on peut y voir Sofia et Alex se donnant du plaisir dans la petite cabane de la maison ayant accueilli la fête. Qui a posté cette vidéo et pourquoi ? C’est ce que va tenter de découvrir Sofia en proie à la peur et la honte, heureusement soutenue par ses amis et son père (Gringe).
ADA
Ada (Nelligan) a quatorze ans et est fille d’agricultrice. À l’école, ses amies parlent de règles et de petits amis. De son côté, c’est le calme plat. Fan de K-pop, elle rêve d’avoir un copain et de ressembler à Chloé (Leeloo Eyme), la plus belle, riche et populaire, de sa classe. Un jour, sa meilleure amie Maëlys lui crée un profil sur une application de rencontre. Ada n’y croit pas ses yeux lorsque Matéo (Thibault Bonenfant), le plus beau du lycée, matche son profil. Une discussion digitale s’engage alors, propulsant l’adolescente sur un petit nuage. Tout dérape lorsque le jeune homme lui demande des photos d’elle dénudée et que ces dernières se retrouvent publiées sur des forums. Un inconnu la contacte et lui propose de l’aider à faire disparaître ces clichés moyennant une somme d’argent. Ada entre alors dans une spirale infernale.
✅Points positifs:
Interprétation générale bluffante
Narration fluide et intrigues crédibles
Tout en suggestion, sans vulgarité, ce qui est incroyable pour la thématique
Personnages intéressants
Réalisation vraiment propre
Bingewatching mode activé
❎Points négatifs:
La façon dont les ados parlent, mais bon, j’imagine que c’est réaliste, juste je n’aime pas.
Pas convaincue par l’acting de celles qui interprètent Capucine et Alex.
Comme j’aime me faire surprendre de la sorte ! Je lance la série et dans l’ordre découvre que c’est français et que ça joue très bien. He oui, je me suis faite berner par le titre en anglais : NUDES. Je me doutais de ce dont la série allait traiter, mais n’avais pas connaissance du fait que cette première saison serait découpée en trois histoires distinctes. Je fus donc confuse lorsque sur plusieurs épisodes, un VICTOR en lettres capitales ne cessa de s’imposer sur tout l’écran au point de penser l’espace d’un instant m’être trompée de série. Ce n’est qu’au bout du cinquième épisode que j’ai compris, lorsque le prénom de SOFIA a remplacé celui de Victor, et qu’une nouvelle histoire m’était contée. Enfin, les trois derniers épisodes racontent la mésaventure d’ADA. Le titre de la série correspond d’ailleurs davantage à ce qui arrive à celle-ci plus qu’à Sofia et Sarah dans l’histoire de Victor, puisque ces deux dernières sont victimes d’une publication et partage de vidéos à caractère sexuel dans lesquelles elles apparaissent, à leur insu. Il s’agit de sex-tapes postées sans leur accord. De plus, dans chaque intrigue, les victimes sont mineures, ce qui porte le crime à un niveau pédopornographique.
J’ai beaucoup à dire sur cette série, mais je peux d’emblée vous assurer que j’ai adoré NUDES. Les acteurs jouent vraiment bien mis à part certains qui débutent encore, mais sincèrement, je suis plutôt très impressionnée par l’authenticité qui se dégage de cette série qui plus est française. Certaines longueurs parfois, dialogues ou scènes inutiles, néanmoins dans l’ensemble le rythme est juste. Le casting est très réussi. Agréablement surprise de découvrir Gringe en papa poule. Il m’a fallu un peu de temps pour réaliser que « Ah ben oui, c’est possible, il a bel et bien l’âge d’être le daron maintenant aha ». Apparition amusante quand je me faisais par ailleurs la remarque que les instru ressemblaient au style d’Orelsan dont je viens au passage de voir le documentaire signé Clément Cotentin, disponible sur Prime également et que je recommande plus que chaudement. Un bijou.
Pour en revenir à l’intrigue, au fond. On nous présente trois situations, trois jeunes femmes tantôt victimes de slut-shaming, manipulation, catfishing ou revenge porn, etc. En bref, des destins ébranlés suite au partage non consenti de photos ou de vidéos à caractère sexuel.
Dans la partie VICTOR, c’est le point de vue du malfaiteur puisque c’est lui qui a filmé et publié la vidéo volée dans laquelle Sarah Dulac, 17 ans, excellente étudiante en médecine, se laisse aller dans une chambre avec un autre étudiant. Lorsque la vidéo est postée, elle décide de porter plainte contre Victor. La série commence sur la convocation au bureau de police durant laquelle cet impétueux étudiant, leader et charismatique, comprend qu’il risque une peine de prison, d’anéantir la réputation de sa famille et de compromettre la promotion de son père, aux portes du ministère. D’abord présenté comme fou amoureux de sa petite amie Capucine avec qui il étudie et s’entraîne, leur relation passionnelle s’effrite inexorablement jusqu’à ce qu’elle rompe avec lui. On découvre alors un autre visage de ce garçon non sans nous rappeler le personnage de Nate dans Euphoria, qui ne comprend pas le « non », imbu de sa personne, narcissique et caractériel. Issu d’une famille aisée, n’ayant pas l’habitude des portes qui se ferment devant lui, supportant difficilement l’autorité et le rejet. Du côté de la victime, c’est la descente aux enfers. Elle sait que sa vidéo est irrécupérable, qu’elle sera sans cesse republiée. Elle s’isole et tombe dans une profonde dépression. Elle voit les perspectives de son avenir professionnel s’assombrir et tentera même de mettre fin à ses jours. Un point m’a pourtant surpris et c’est là que l’on voit que le matraquage wokiste fonctionne puisque dix ans plus tôt, de semblables événements auraient renversé la culpabilité en direction de Sarah. On l’aurait traitée de salope et tous les connards auraient rigolé avec Victor. Ici, c’est lui que l’on pointe du doigt. Des hommes de son âge s’insurgent du fait d’avoir osé compromettre l’intégrité de cette pauvre étudiante jetée en pâture. On voit l’évolution salutaire des mentalités et cela fait plaisir.
Ce comportement se retrouve également dans la partie centrée sur SOFIA. Lorsque la vidéo est diffusée, elle se fait charrier, mais pas réellement provoquer, ni de manière dangereuse ou graveleuse par des ados ou jeunes hommes mal intentionnés. Même ses amis de la cité l’aident et lui assurent n’avoir pas regardé la vidéo par respect. Il semblerait donc qu’un travail d’éducation en profondeur ait enfin opéré. Évidemment, les anciennes réactions n’ont pas disparu et bien sûr que Sofia se fait cyber-harcelée et insultée. Mais majoritairement par des femmes. Même dans l’enceinte du lycée, ce sont les adolescentes qui émettent les pires réflexions. Dans l’affaire SOFIA, je dois bien avouer que la qualité de l’acting baisse d’un cran. La scène dans la cabane est absurde. Les actrices ne sont clairement pas lesbiennes et c’est tellement évident que c’en est ridicule. Ce que j’apprécie dans cette série, c’est sa capacité à présenter des faits graves qui traitent de crime et de pornographie tout en suggérant l’acte en lui-même. On ne voit rien si ce n’est une paire de seins à distance. On est loin d’ELITE, EUPHORIA et c’est tant mieux. Il n’y a qu’une vraie scène de sexe et elle ne concerne même pas l’une des vidéos. C’est une scène compréhensible puisqu’elle affine le personnage de Victor. Mais là, les baisers entre Sofia et Alex… Des presque smacks. Abusez-pas. Même le gros chat de ma mère y met plus de passion quand il fait sa toilette. J’ai moins aimé ce volet, car cela tournait à un Cluedo un peu naze avec des scènes improbables de récupération de téléphone et de déverrouillage de code pin. S’il fallait donc en retirer un, ce serait celui-ci d’autant que le sujet était similaire au premier, seul le point de vue différerait puisque cette fois-ci, le personnage principal est la victime.
À l’instar de la dernière partie, celle qui se concentre sur le piège qui va se refermer sur la vulnérable ADA. J’ai vu le truc arriver à des kilomètres, mais je pense que c’est une bonne piqûre de rappel pour les ados, même si je suis convaincue qu’en 2024, ils sont maintenant avertis. Les NUDES, c’est évidemment NON. On ne peut faire confiance à absolument personne sur Internet et dans le cas contraire, personne n’est à l’abri d’un piratage. Ici, Ada a quatorze ans et se retrouve dans une situation tellement banale qu’on ne peut que s’en désoler. Son crush de toujours s’intéresse enfin à elle. Ils échangent nuit et jour des sms et apprennent à se connaître. Elle est totalement happée par cet univers merveilleux qui s’ouvre enfin à elle, adolescente au physique banal, loin des filles branchées de sa classe puisque fille d’une agricultrice qui peine à joindre les deux bouts. Soudainement, celui qu’elle considère comme le plus beau du lycée la couvre d’attention et de compliments. Puis, il lui demande à en voir plus d’elle. Les fameuses NUDES. Parce qu’elle craint que cette enveloppe chaude d’attention dont elle est couverte lui soit brutalement retirée, elle cède. Le lendemain, elle est contactée par un certain Gregoire qui se présente comme étant membre d’une organisation de surveillance en ligne. Il l’informe du fait que ses photos sont à présent diffusées sur différents forums, qu’il est possible de les faire retirer moyennant des frais de prise en charge d’un montant de 1000 euros. Évidemment, à ce stade du piège, le téléspectateur ne peut que comprendre qu’il s’agit d’un scam. Je me suis d’abord dit que Mateo s’était associé à un autre élève dans le but d’extorquer des centaines d’euros à differentes victimes, avant de comprendre plus tard que ce pauvre garçon n’avait rien à voir avec tout cela et que dès le départ Ada n’avait jamais communiqué avec lui, mais un homme plus agé se faisait passer pour un ado comme c’est très souvent le cas dans les affaires de cyber-pédocriminalité. Du catfish pur et dur. Seulement cette pauvre enfant ne le comprend pas de suite et c’est là que je trouve cela un peu bancal, car elle réunit la somme de 600 euros en volant l’argent destiné à une sortie scolaire. De nos jours, les ados sont au fait de tout ce qui est tentative d’hameçonnage et compagnie. Un paiement se ferait en ligne au moyen d’une page sécurisée. Pas en espèce et encore moins en échange d’une énième photo. C’est là qu’elle aurait dû comprendre. Quel genre d’association pourrait bien perpétrer les mêmes crimes contre lesquels elle en protège les victimes ? Ada semble être une ado intelligente au départ, donc ici, j’ai décroché dans la narration, car cela devient absurde lorsqu’à nouveau, le vrai prédateur est débusqué puis piégé.
Pour terminer, j’ai apprécié la scène finale qui vient clore cette première saison présentant des jeunes adultes traumatisés passant néanmoins très vite à autre chose sans pour autant apprendre de leur manque de prudence et discernement puisqu’à la fin, on voit Ada, Maëlys et Chloé, se filmant en train de danser de manière lascive sur Tik Tok et s’exposant encore et toujours plus face au danger que représente internet. Je vous invite également à lire l’article suivant qui donne quelques chiffres clefs sur le sujet.