Je ne connais pas grand chose aux échecs et j'ai été passionnée par cette histoire. J'ignore la part de véracité des détails de ce qu'elle raconte, en l'occurence la bataille entre le génial cerveau de Garry Kasparov, champion du monde d'échecs et l'intelligence artificielle de Deep Blue, un ordinateur d'IBM.
Les réalisateurs ont réussi à créer une dramaturgie intense, servie par une excellente cinématographie, pour montrer la préparation des deux équipes ; l'évolution psychologique de Kasparov ; les parties d'échecs, ce qui fait qu'on ne s'ennuie jamais, alors qu'un combat sur damier est très statique. Dramaturgie : "art de transformer une histoire, vraie ou imaginaire, en un récit construit, comportant un ou des personnages en action" dit Wikipédia. Dramaturgie aussi du combat entre le torturé Kasparov, marqué par des combats truqués lors de son passé soviétique, et ses nouveaux adversaires. En effet, IBM a investi des millions dans Deep Blue et les équipes qui la pilotent : informaticiens et meilleurs joueurs d'échecs du monde. L'un des intérêt de la série est de montrer que le combat est
biaisé et truqué, et que, malgré tous ses efforts d'ingéniosité, Kasparov perd, alors qu'il méritait de gagner
. L'entité IBM est un adversaire
indigne, incarné en particulier par trois personnages peu reluisants
: une cadre opportuniste et sans scrupules, son assistante idem et leur chef. L'enjeu pour IBM est financier. Si Deep Blue gagne, l'action d'IBM grimpe. Le fair-play s'évapore
côté IBM, au détriment des motivations de deux personnes clés de la conception de Deep Blue, son créateur et son conseiller principal, ancien adversaire de Kasparov.
Ces deux-là veulent gagner à la loyale, le premier parce qu'il s'intéresse véritablement à l'informatique et le second pour prendre sa revanche sur le champion du monde.
La série tisse un beau portrait de Kasparov, célèbre son génie, sa droiture, et montre ses fêlures, ses motivations, sa solitude. Idem pour les personnages de PC et de Paul Nelson, les "papas de Deep Blue". Rematch, c'est l'homme contre la machine mais aussi l'homme seul contre
l'ennemi multiple et invisible
. Le public ne s'y trompe pas.
Ce que j'ai moins aimé : les épisodes 5 et 6 ont quelques longueurs ; le personnage de la cadre d'IBM se fait
brutalement licencier alors que Deep Blue a gagné,
et c'est incompréhensible, sauf peut-être pour justifier le fait qu'elle finit par
avouer la vérité vingt ans après
; les Russes entre eux parlent anglais, ce qui est totalement bizarre, en particulier dans les scènes où Kasparov est enfant ou jeune homme en URSS.