ADOLESCENCE - minisérie britannique (2025, 4 épisodes d'une heure chacun). Netflix.
En seulement 4 heures (4 fois 1 heure), la minisérie britannique ADOLESCENCE frappe vite et très fort, aussi bien au fond que sur la forme. On peut la classer en "drame familial", centré autour du thème hélas très présent dans notre société des Incels et de ses déviations perverses, masculinistes et misogynes. Je renvoie ici à la fiche Wikipédia consacrée au concept incel, bien détaillée.
La série a été unanimement louée pour son exposition et dénonciation de cette sous-culture, jusqu'au Premier Ministre britannique travailliste Keir Starmer qui, après l'avoir vue avec ses deux enfants adolescents, a décidé que cette production Netflix devait être diffusée et discutée dans tous les lycées du royaume.
Mais ne ramener ADOLESCENCE qu'à ce fond sociologique et sociétal – passionnant, sans le moindre doute – en passant sous silence tout à la fois son impact sur la famille du jeune garçon (Jamie, 13 ans) accusé du meurtre d'une de ses camarades, ainsi que la forme même qu'emprunte cette série me semble très dommageable pour celle-ci.
Chacun des quatre épisodes est filmé en temps réel (une heure) et en une seule prise, un long plan-séquence plus ou moins recentré sur un lieu unique (l'épisode trois, remarquable) ou, au contraire, ne cessant de se déplacer d'un lieu à l'autre en accompagnement du ou des personnages au centre de l'épisode concerné. Ici, nous touchons à un somptueux travail de mise en scène, de réalisation, avec une caméra toujours très fluide, tantôt au plus près, tantôt avec une distance bienvenue. Il n'y a aucune tricherie, pas de raccords invisibles faisant croire à un plan-séquence alors qu'en réalité deux ou plusieurs plans seraient montés, pas d'effets spéciaux au même objectif, non, chaque épisode déroule un authentique plan-séquence. L'effet provoqué est un attachement du spectateur à l'action qui se déroule sous ses yeux. Nous sommes happés et entraînés, attachés aux basques du personnage incarnant à tel ou tel moment un point de vue subjectif : ( l'inspecteur de police, Jamie, son père dans l'épisode 1 ; l'inspecteur dans le 2 ; Jamie et surtout une psychologue dans le 3 ; le père, accompagné de son épouse et sa fille dans le 4).
L'ambiance est lourde, glaçante, profondément captivante et même hypnotique. Impossible de résister au désir impérieux de visionnage des quatre épisodes l'un derrière l'autre. Les quatre heures passent comme dans un souffle empli de tension extrême.
Si le fond de l'affaire nous frappe de plein fouet (sans jamais une once de morale assénée malgré un pathos qui ne se cache pas), ADOLESCENCE brille aussi par son casting absolument parfait, comme dans toute bonne série britannique qui se respecte.
Dans le rôle (son premier à l'écran) de Jamie, le jeune Owen Cooper (de deux ans plus âgé que son personnage) s'avère une fantastique révélation. Stephen Graham (le père), à l'origine du projet et coscénariste, déjà admiré dans le puissant téléfilm Help (2021, au côté de Jodie Comer) ou la série Bodies (2023) offre une interprétation dévastatrice d'émotions réfrénées finissant par exploser dans l'épisode final. Soulignons aussi la superbe performance d'Erin Doherty (la princesse Anne des saisons 3 et 4 de The Crown) dans le rôle de la psychologue de l'épisode 3.
ADOLESCENCE marquera durablement l'histoire des séries et s'avère d'ores et déjà comme une très sérieuse prétendante au titre de la meilleure de l'année, même si celle-ci n'a fait que commencer.