Vue intégralement hier. Dès les 10 premières minutes, je me suis dit que c’était un truc jamais vu; que c’était cinématographiquement révolutionnaire. Au départ j’étais donc pas mal focalisée sur la prouesse théâtrale et technique, mais rapidement j’ai été absorbée par ce qui se jouait dans le détail des dialogues entre les adultes (policiers-avocat) et l'adolescent, ainsi que dans les rapports père/fils. Chaque épisode explorant subtilement ce thème via des effets miroirs, comme celui du policier incarné par Ashley Walters, qui, par la force des choses, dialogue plus profondément que d'ordinaire avec son propre fils. Effet miroir aussi quand le père de Jamie va déposer des fleurs à l’endroit du crime, et qu'on se dit forcément qu'il pense à la souffrance des "autres" parents, à ce moment précis.
On devine d'ailleurs qu’il y pensera souvent au long de sa vie, à cette douleur là...
C'est ce qui fait une bonne partie de la saveur de cette série: les choses derrière les choses, ce qui se situe dans le non-dit perceptible, dans le sous-jacent, dans ce que chaque spectateur/trice percevra selon sa sensibilité et sa propre histoire de vie.
Stephen Graham qui joue le père de Jamie (et dont personnellement je me souviens dans Snatch) est magistral. Son jeu hyper réaliste est remarquable. Les dernières minutes du 4ème épisode sont déchirantes de véracité. Quiconque ayant un enfant ou un ado parmi ses proches, se met à la place de ce père dans cet instant.
Le geste de remonter la couette sur la peluche restera une des scènes qui m’a le plus émue parmi tout ce que j’ai pu voir au cinéma.
Owen Cooper, qui incarne le jeune Jamie, est quant à lui époustouflant. On pense pouvoir lire chaque changement d’émotion sur son visage. Mais au fil du récit on n’est plus très sûr de ce qu’on croit percevoir. Son jeu juste et finement dosé est particulièrement admirable quand la tension monte. On peut même ressentir l’effet pas forcément "prévu" / "prévisible" que ça provoque chez les autres acteurs, dont Erin Doherty, qui campe le rôle de psychologue à la perfection. Les réactions de type "asocial"
voir à tendance sociopathique (?)
de Jamie sont tellement typiques qu’on sent que ça n’a pas été écrit au hasard et que le fond de la thématique psychologique est sourcé.
Bref, au lendemain de l'avoir vue, je réfléchis encore à cette œuvre d’une intelligence rare, dont une des réussites, entre autres, est de laisser entrevoir ce qui peut involontairement ruisseler de nos propres blessures enfouies, sur nos propres enfants et/ou nos conjoint-e-s.
(la mère et la sœur de Jamie adoptant un rôle de soumission face aux difficultés du père de famille à gérer sa colère)
La réussite des créateurs (dont Stephen Graham fait partie) est aussi de ne pas en faire une leçon de morale, mais plutôt d’amener à réfléchir à ce qu’un adulte pourrait essayer de faire afin de se réparer et éviter de montrer indirectement une forme de passivité-agressive dans ce qu’il incarne.
(Jamie cherchant constamment à gagner l'attention de son père. Ce père qui détourne les yeux lors des matchs de foot quand son fils se sent rabaissé)
Le brio de la série étant enfin d’éclairer crûment les adultes sur ce qui actuellement peut se tramer via la communication sur les réseaux dits "sociaux", plus insidieusement encore que ce qu’on imagine. La scène d'explication sur la signification des émojis, entre Adam, joué par Bacchus Amari, et son père lieutenant de police, est particulièrement édifiante sur le sujet. A noter également le fait qu’il n’y a pas de surenchère sordide quant au déroulement du crime. Pour une fois que dans une série la violence sur une jeune fille n’est ni voyeuriste ni esthétisée, on peut vivement le saluer.