La série Merteuil sur Canal+ peine dès ses premiers instants. Les dialogues, censés porter l’héritage de Choderlos de Laclos, manquent totalement de relief : plats, prévisibles, sans sous-texte ni ambiguïté. On oscille entre une écriture façon Netflix standardisée et un téléfilm du dimanche, sans la moindre tension ni cruauté raffinée. Rien de l’esprit vénéneux ni de la virtuosité rhétorique des Liaisons dangereuses.
L’esthétique ne relève pas davantage le niveau. Les costumes paraissent anachroniques et économisés, sans la richesse ni l’apparat qui devraient caractériser l’époque. Les robes manquent d’ampleur, de matière et d’autorité visuelle : tout sonne étriqué, comme si la série avait voulu suggérer le XVIIIᵉ siècle sans jamais y entrer vraiment.
Au final, l’ensemble ressemble à une version low-cost du roman : peu d’enjeux, peu de mystère, aucun raffinement. Deux épisodes suffisent à constater que la série n’a ni la profondeur littéraire, ni la noirceur stratégique, ni l’esthétique nécessaires pour se hisser à la hauteur de son modèle.
Et puis, franchement, tout sonne faux jusque dans la prétention sulfureuse. On sent l’effort pour saupoudrer un semblant de scandale, comme pour appâter un voyeurat sans imagination, mais le résultat est d’une platitude complète. Rien de transgressif, rien de sensuel, rien de véritablement dangereux : juste un décor de carton-pâte qui singe la subversion.
On peine aussi à comprendre ce que des acteurs comme Jeanne Kruger ou Vincent Lacoste sont venus faire dans un roman-photo pareil. Leur présence tranche tellement avec la pauvreté du scénario et la mise en scène qu’on en arrive presque à douter de leurs motivations. À côté d’eux, les rôles confiés à des acteurs beaucoup trop jeunes achèvent la crédibilité : on n’y croit pas une seconde. Les dynamiques de pouvoir, de manipulation et de désir exigent une maturité que la distribution ne possède pas.
Tout cela donne l’impression d’un produit calibré, pensé pour être exporté, peut-être même pour séduire un public américain friand de pseudo-classique “edgy”. On ne voit pas d’autre explication tant l’ensemble manque d’ancrage, de finesse et d’ambition.