La série télévisée américaine « Friends » avec 236 épisodes de 22 mn, entre 1994 et 2004, constitue l’archétype de la série télévisée sur un groupe de 6 jeunes adultes vivant à New York. Isabelle Coixet en fait une version actualisée et probablement influencée par la chanson « Je hais les dimanches » (1951) écrite par Charles Aznavour sur une musique de Florence Véran. La série s’articule sur 3 personnages qui vivent en colocation, près du bassin de la Villette à Paris, la bonne copine, l’écorchée vive et le taiseux :
Louise Barbier (Liv Henneguier), passionnée de cinéma, qui quitte Limoges (où sa mère est sage-femme) pour Paris pour bénéficier des conseils d’un coach américain, lauréat d’un Oscar, Ted Mackey [Tim Robbins, 68 ans, qui avait déjà tourné avec la réalisatrice dans « The secret life of words » (2004)], supportant mal la pression des studios et pessimiste quant à l’avenir du cinéma, Charlie (Clara Bretheau), serveuse et Nelson (Théo Christine, 30 ans), maitre sushis
. La série est dans l’air du temps et décrit 3 adultes de la génération Z, assez égocentrés, propices à l’introspection, d’où une trame narrative minimaliste, où il ne se passe pas grand-chose (dans l’esprit du film français typique, bavard, se déroulant dans un appartement parisien). Cela donne l’impression qu’Isabel Coixet étire l’histoire, ne sachant pas la terminer. Amateurs d’intrigue romanesque (à la Alexandre Dumas) ou d’analyse psychologique (à la Georges Simenon), fuyez ! Les 4 derniers épisodes sont moins bons et les épisodes 5, 6 et 7 tournent en rond, ne servant qu’à introduire le 8e épisode,
constitué principalement par le film de Louise, qui se contente de reprendre la vie de ses colocataires, avec redondance et pathos
. Le seul mérite d’Isabel Coixet est, d’une part, de réaliser un film de jeune (avec de la légèreté et de l’humour, notamment dans le générique où sont présents les 2 hérissons, animal totem des protagonistes ?), malgré ses 66 ans, et d’autre part, de montrer, de façon probablement autobiographique, son amour du cinéma, certes plus tourné vers la Nouvelle Vague et le néo-réalisme italien (les titres des épisodes 2 à 7 font références à des films). Le format de la série (4 h) n’est peut-être pas le plus adapté pour clamer sa cinéphilie, la longueur, le manque de concision, apportant plus d’ennui que d’efficacité. Seule la mise en scène fluide et la bande son musicale rendent la série moins indigeste, à la façon de la crème anglaise déposée sur un gâteau au chocolat lourdingue.