le problème majeur réside dans le traitement du réel. Là où un documentaire chercherait à comprendre les faits, Monster préfère les réécrire. Ryan Murphy invente, exagère ou fusionne des éléments historiques pour créer une narration plus spectaculaire. Ainsi, dans The Ed Gein Story, la série suggère que Gein aurait eu une relation amoureuse avec une femme nommée Adeline Watkins, présentée comme sa complice. En réalité, cette relation n’a jamais été prouvée. De même, la série laisse entendre que Gein aurait eu un lien avec Ted Bundy, voire qu’il aurait contribué à son arrestation — une pure invention, puisque Gein était interné depuis vingt ans quand Bundy a commencé à tuer.
La série dramatise également la mort du frère de Gein, Henry, en lui donnant une aura de mystère et de culpabilité implicite, alors qu’aucune preuve ne suggère un meurtre. Certaines victimes, comme Evelyn Hartley, sont rattachées fictivement à Gein sans fondement. Même le lien entre les crimes de Gein et la création du film Psychose d’Hitchcock est romancé : Monster imagine Hitchcock manipulant des objets issus de la ferme de Gein pour inspirer son film, alors que cela n’a jamais été documenté.
Ryan Murphy utilise donc les faits réels comme matière première d’un récit émotionnel. Il ne cherche pas à restituer la vérité, mais à interpréter le mythe du tueur, en accentuant les zones d’ombre, les pulsions et les symboles. Cette approche transforme les personnages historiques en archétypes dramatiques : des figures tragiques, victimes et bourreaux à la fois. Le résultat, s’il captive, brouille dangereusement la frontière entre réalité et fiction.
Dans The Lyle and Erik Menendez Story, la même logique s’applique : on retrouve des scènes inventées, des comportements amplifiés, des dialogues fictifs, et même des insinuations d’inceste entre les deux frères, sans aucune preuve tangible. Les familles réelles ont d’ailleurs dénoncé ces libertés, accusant la série d’entretenir des mensonges et de raviver des traumatismes.
Ainsi, Monster ne doit pas être perçue comme un récit historique, mais comme une relecture romanesque et émotionnelle du mal humain. C’est une œuvre de fiction inspirée du réel — une fan-fiction dans le sens où elle imagine ce qui aurait pu se passer, comble les vides par la dramaturgie, et humanise ou diabolise selon les besoins du scénario.