"Merlin, have you learned nothing ?"
Malgré pas mal de prévisibilité dans la narration et les dialogues, d'incohérences scénaristiques, des anachronismes flagrants, un style désuet, des effets spéciaux datés (surtout dans les deux premières saisons), une réalisation collégiale assez commune (si ce n'est celle d'Alice Troughton qui intégrera Colin Morgan a plusieurs de ses créations ultérieures) et des écarts abyssaux par rapport aux légendes arthuriennes (à l'exception de quelques épisodes notables), la série Merlin offre aussi, au fil des saisons, un parcours initiatique multiple, à travers des personnages attachants, Arthur (Bradley James) et l'apprentissage du pouvoir, Merlin (Colin Morgan) et son élévation au rang de sorcier suprême, Morgane (Katie McGrath) et sa volre-face vengeresse, chacun en quête de ses origines, et Guenièvre (Angel Coulby) et son amour longtemps caché, tous quatre particulièrement bien interprétés, sans oublier la voix reconnaissable entre toutes de l'ambivalent dragon : John Hurt.
On notera également des personnages récurrents, outre un Uther Pendragon (Anthony Stewart Head) assez haïssable et figé dans son rôle et un Gaius (Richard Wilson) tout aussi statique, tels que Morgause (Emilia Fox) ou le roi Cenred (Tom Ellis) ou encore les chevaliers de la Table Ronde célèbres (Lancelot, Gauvain, Perceval) assez interchangeables physiquement ou de moindre renommée, ces derniers ayant tendance à vite être sacrifiés. Enfin, les amoureux·ses de Game of Thrones et Harry Potter redécouvriront une palette d'acteurices connu·es.
Les plus érudit·es seront sans doute surpris·es de voir la religion et le miraculeux chrétiens absents de cette version. On pourra supposer que la lutte incessante et les massacres perpétrés par Uther Pendragon, et de façon génocidaire, contre l'ancienne religion (le paganisme, les druides, la sorcellerie) risquaient de donner un visage trop négatif au christianisme.
Tant qu'on en est au considérations philosophiques, soulignons le sens de la prophéthie qui voit deux fois Morgane régner sur Camelot, la deuxième fois en dictatrice impitoyable et exécrable, à l'image d'un certain président d'une puissance mondiale.
Au final, si la série s'adresse principalement à un public adolescent, elle est néanmoins de nature à également séduire les fans d'héroic fantasy et de légendes bretonnes, la plupart des épisodes s'en faisant l'écho. On pourra néanmoins regretter que certaines péripéties plus profondément ancrées dans cet imaginaire fantastique ne soient pas plus développées, au lieu de certaines autres parfaitement inutiles voire gortesques : en 65 épisodes de trois quarts d'heure, il était possible d'insuffler une dimension épique autrement plus prenante, ce dont cette série manque pas mal.
Pas un chef d'oeuvre, donc, loin s'en faut, mais un spectacle distrayant, bien rythmé et parfois même assez inspiré, avec des personnages non dénués de nuances et attachants.
"The story we have been a part of will live long in the minds of men."