Une merveille d’originalité, d’intelligence, de sentiments, de cynisme et d’humour noir (tous les ingrédients que l’on retrouve dans « American Beauty »). Les dialogues sont savoureux et les personnages, intéressants et creusés comme rarement. Et puis, en cinq années, on s’attache à cette famille Fischer, on se retrouve dans chacun des personnages (dans leurs défauts, leurs démons et les choix qui s’imposent à eux). Beaucoup de thèmes sont abordés (mort et deuil, homosexualité, homoparentalité, inceste, traumatismes et démons intérieurs) sans gêne ou sans un sentimentalisme niaiseux ou un voyeurisme mal placé. Dans « Six Feet », tout y passe et les auteurs ne prennent pas de pincette, parce que la vie c’est ça, ce n’est pas toujours du bonheur loin de là et il faut savoir la prendre de face avec tous les aspects négatifs que ça comporte. Les personnages sont crus (surtout Brenda qui sort des phrases cultes dont on a du mal à réaliser qu’elle les a vraiment dites) mais jamais faux…ils réagissent souvent comme l’humain réagirait, sans filtre, c’est pourquoi cette série se pose comme un reflet de la société telle qu’elle est et pas telle qu’on essaie de nous la vendre.
Emouvante, drôle et profonde, cette série nous aide à grandir et à nous poser des questions sur nous et notre façon de voir la vie comme David décrit l’Amour en disant qu’il s’agit « de remplacer les personnes qu’on a aimé, certaines plus vite que d’autres ». Je trouve cette phrase tellement belle, triste et réaliste, c’est à l’image du programme tout entier. Les sentiments ne sont jamais simples, jamais faciles…
Lorsque l’on voit Claire Fischer rouler vers son avenir dans ce dernier épisode absolument bouleversant, on a l’impression de perdre des amis, une famille que l’on connaissait réellement. En toute honnêteté, les cinq dernières minutes de l’ultime épisode sont d’une rare intensité, au cinéma comme dans le petit écran, je ne crois pas avoir ressenti autant de chagrin ou avoir été envahi par autant d’émotions, le tout rythmé au son de Sia et son sublime « Breathe me »… Une merveille à l’état pur.
Auteur du livre "Guide de Survie du Cinéphile Amateur" (sortie janvier 2019)