J'ai découvert tardivement Les Revenants en lisant "Le Royaume" d'Emmanuel Carrère qui devait participer au scénario, puis a claqué la porte pour des raisons qu'il indique. Il l'a regretté. Le thème lui paraissait vraiment original. Intrigué, conquis d'avance, j'ai regardé la série entière. Walou ! Mauvais, mauvais, mauvais...Effectivement, les premiers épisodes laissent l'envie de connaître la suite. L'idée de ces morts qui reviennent (pourquoi ? mystère ! mais c'est du "fantastique", on admet le postulat ou bien on regarde Mickey ou Maigret), sans savoir qu'ils étaient morts est vraiment originale. Il y avait là une mine d'idées à exploiter. Comment vont réagir les "vivants" ? Comment se fait le partage entre ceux qui y croient et ceux qui refusent ? Quelle attitude des "autorités", des hommes de science, des religieux et des clergés, des médias ? On pense qu'on se dirige dans cette direction. Et puis, patatras, dès l'épisode 3, plus encore 4, ça déraille.
Visiblement, les scénaristes ne savent pas où ils vont - et donc, ils ne vont nulle part. On n'attend plus rien, on se laisse porter par des événements qui n'ont aucune logique propre, ne s'emboîtent pas, ne créent aucun suspense vrai. Pire, très vite, on voit se bousculer les thèmes les plus éculés du fantastique, qu'on se gardera bien en plus de situer dans l'intrigue de manière acceptable : insectes bourdonnants (bzz....), maladies de peau (des morts. Ils se décomposent ? Mais aussi de certains vivants, comme la soeur de Camille. Pourquoi ? C'est contagieux ?), incapacité de sortir d'un lieu dont on devient prisonnier (la forêt, le barrage), disparitions mystérieuses (le frère de Toni littéralement aspiré dans le lac. C'est le Diable qui le tire par les pieds ? On dirait), etc. S'ajoutent à cela des incohérences internes : dans le fantastique, on peut admettre au départ le postulat irréel, mais, ensuite, un ouvre-boîte ne doit pas devenir smartphone sans crier gare sans porter atteinte à toute forme de crédibilité narrative. Or, c'est bien ce qui se passe ici : brigade de gendarmerie ne prévenant pas sa hiérarchie qu'il se passe de drôtes de trucs, lac de retenue baissant en grand secret sans que le maire ni la presse ne soient prévenus et n'en disent un traître mot (la ville est imperméable aux réseaux sociaux en 2012 ? Il n'y a pas de canards locaux ?), panne générale d'électricité parce que la centrale locale tombe en rade (la ville n'est pas reliée au réseau EDF peut-être, et celle-ci s'en fout zombiquement ?)
Avec les épisodes 7 et 8, on bascule dans le délire. Visiblement, les scénaristes, complètement perdus, se sont dit : "Bon, Coco, on est dans la panade, on va écrire n'importe quoi, et d'ici qu'il y ait une saison 2, on trouvera bien le temps de réfléchir. En attendant, allons boire un coup au Zombi Bar". On va quand même tourner un dernier épisode grandiose, tu me prends des scènes chez Romero (la dernière séquence dans laquelle les morts-vivants frappent sur les volets,est d'un comique achevé tellement elle est copiée sur les chefs-d'oeuvres du maître, mais c'est peut-être voulu), chez John Carpenter ("Fog"), dans les trois versions de I am a legend et c'est bon. Mais non, ce n'est pas bon du tout. Alors, attendons la saison 2. Peut-être, après la Résurrection, la Rédemption. Amen.