"The past is seldom as we would have it. The future yet to be known."
Avec des dialogues d'une vulgarité imbécile, une interprétation pitoyable, une représentation des corps ultra-stéréotypée, digne des péplums des années '50, des erreurs factuelles à la pelle et une réalisation qui veut faire genre mais se limite à des superpositions de plan et une surabondance de ralentis hideux, Spartacus offre un premier épisode qui mérite le broyeur à ordures, ni plus ni moins.
Après trois épisodes, on en est toujours au même point, avec une histoire qui ne progresse pas sinon par quelques péripéties à l'issue hautement prévisible et des scènes toujours plus bêtement crues. On n'est pas dans du péplum, on n'est évidemment pas dans de l'histoire, à peine dans de l'action ou de l'aventure puisqu'il ne se passe littéralement rien, mais bien dans de la pornographie, et pas du genre raffiné : ce début de série doit figurer en tête de liste des choses à voir dans un contexte masculiniste. En effet, tout y passe : homophobie, racisme, sexisme.
On notera qu'au-delà d'une réalisation digne de clips musicaux des années '80 (décidément cette série donne dans la nostalgie et ce n'est sans doute pas un hasard), la post-synchronisation est la plupart du temps foireuse, ce qui ne choque que modérément tant les interprètes jouent mal et c'est logique : le casting s'est concentré sur les tonnes de barbaque, une bonne partie en muscles saillants, l'autre en poitrines débordantes.
Vous me direz : "si c'est si mauvais, pourquoi as-tu continué à regarder ?"
Je vous remercie pour la question et je vous prierais à l'avenir de ne pas me tutoyer, nous n'avons pas élevé les porcos ni les gladiatores ensemble. Il faut croire que la pornographie, précisément, a ce talent un peu malsain de réveiller en nous de bas instincts nous incitant à regarder d'un oeil ce que l'on condamne de l'autre. Ainsi, malgré une interprétation et une post-synchronisation exécrables, un scénario pourri et prévisible, une narration primaire voire primitive, il faut reconnaître à Spartacus une qualité, et sans doute la plus importante pour une série télévisée : les personnages finissent par devenir attachants. En outre, et malgré une réalisation agaçante d'artifices répétitifs (ralentis, surimpression d'éclats de sang façon comics, sauts éthérés façon manga, hurlements gutturaux façon catch/MMA), les chorégraphies de combats sont plutôt bien pensées. Voyeurisme malsain : on attend impatiemment ce que l'on ne veut moralement pas voir.
C'est sans doute là qu'on comprend mieux la raison qui a poussé Sam Raimi, révéré réalisateur d'Evil Dead (1981), qui, déjà, et avec des effets spéciaux ayant très mal vieilli, titillait nos plus bas instincts, à coproduire cette série dans une réflexion en méta sur le pourquoi produire pareille daube. Je ne sais pas si vous me suivez ? Pour la petite histoire, Sam Raimi a raté le tournant fantasy incarné par Conan le Barbare (John Milius, 1982), autre improbable daube mythique, sanctifiée par toute une génération, pour vite vite produire 5 téléfilms et une série narrant les exploits d'Hercule, la série Xena la Guerrière (avec déjà Lucy Lawless) et, cerise confite sur le gâteau hyperglycémique, un film regroupant les deux franchises (Hercule et Xena, La Bataille du Mont Olympe, Lynne Naylor, 1998), on en rirait presque.
Il n'en demeure pas moins que l'oeuvre finit par être à tiroirs, les masques tombant les uns après les autres, notamment à partir du 9ème épisode de la 1ère saison (soit après 8 heures de visionnage !), pour, enfin, exploiter les intrigues clientélistes et les rapports maîtres/esclaves à l'aune d'une république pourtant considérée collégialement comme vertueuse. On n'atteint toujours pas à l'exégèse politique concernant un soi-disant âge d'or mais on se rapproche d'une critique, toujours primaire certes, en bonne et due forme.
Par ailleurs, durant la première saison, la vie à l'intérieur de l'univers carcéral du ludus n'est pas sans rappeler les séries détaillant les intrigues dans des prisons. Pour revenir sur le sujet de la pornographie, c'est également dans ce 9ème épisode, vrai début de la série, qu'explose littéralement le présupposé pornographique qui fait sens et qui aurait eu encore plus de poids sans les errances crasse précédentes. Rupture, cet épisode l'est assurément, qui propulse enfin une ligne narrative et non des moindres puisqu'il s'agit de la principale, celle qui fait que le nom de Spartacus est resté dans l'Histoire. Le final de la première saison est, soyons honnêtes, assez convaincant.
Si la seconde démarre sur le même pied que le début de la première, on en revient vite aux fondamentaux et on s'interroge : raciste, certes, mais multiculturelle (et cultuelle), homophobe mais acceptant socialement les relations homosexuelles, viriliste mais sacralisant la virtus mâle, à la fois ultra-violente et raffinée, pornographique enfin, sexiste et profondément patriarcale, la société romaine de la première moitié du premier siècle avant notre ère n'était-elle pas tout cela à la fois ? Alors bien sûr, l'exagération est ici parfois poussée jusqu'à la caricature (la sexualité omniprésente), parfois pas assez (les conditions de vie des femmes "libres") mais cette pensée réhabilite l'ensemble, d'autant que l'histoire, malmenée dans sa reconstitution matérielle, n'est plus autant délibérément niée cette fois. En résumé, on a vu, j'ai vu, et encore récemment, bien pire. On s'étonnera juste que tous les protagonistes affichent un sourire éclatant de dents bien blanches alors qu'ils les perdent au combat et par kilos. Si l'on excepte ce détail (et quelques autres), on dirait que même la réalisation et certains dialogues, voire l'interprétation, se sont mis au diapason d'un net sursaut de qualité.
La troisième et dernière saison garde le rythme emballant de la précédente et de la fin de la première. Face à de nouveaux ennemis, plus puissants, Spartacus a fédéré une véritable armée d'esclaves, ce qui est historiquement attesté. Ce qui l'est beaucoup moins (pas du tout, en fait), c'est la présence de César aux côtés de Crassus à ce moment et à cet endroit-là et celle de Tiberius... pour la bonne raison qu'aucune trace ne fait la mention de ce fils à papa. Si l'invention du second peut s'entendre pour des raisons scénaristiques, la présence du premier n'apporte strictement rien à l'histoire, bien au contraire, elle la dessert.
Finalement, c'est peut-être au second degré qu'il faut regarder cette oeuvre, sans perdre de temps à l'analyser en profondeur mais pour explorer nos propres réactions à ce qu'elle propose, afin de nous préserver de nos penchants les plus détestables, une sorte d'exutoire, presque un repoussoir pour finir en condamnation sans réserve de l'esclavage et de l'autoritarisme impérial. En ces temps d'invasion des idées fascistes, ça peut devenir salutaire.