Game of Thrones fait désormais parti du passé. C’en est fini des comptes à rebours angoissants. Fini des théories, suppositions et autres spéculations audacieuses et alambiquées. Fini des attentes fébriles (quoique ma fébrilité s’était légèrement adoucie ces dernières saisons). Fini des tractations secrètes, des trahisons, des coups de théâtres et des exécutions traumatisantes. Il y a quelques années, lors que la série connaissait seulement sa troisième saison, je me rappelle m’être dit qu’il me faudrait, le jour où elle tirerait sa révérence, écrire une critique fleuve et exhaustive, dans la mesure du possible. Je voulais être à la hauteur du show, de tout ce qu’il avait déjà montré à l’époque et, peut-être plus encore, de ce qu’il promettait de montrer. J’étais de toute évidence un jeune optimiste qui n’avait aucune idée que la justesse et la pertinence scénaristique des débuts allaient littéralement être dévorées par les prérogatives scénographiques du grand spectacle. A cet égard, Game of Thrones est probablement, sinon la première, la plus grande série symptomatique du mariage récent du grand et du petit écran. L’écriture sérielle, on le savait déjà, s’est invitée depuis quelques années dans l’élaboration même des mastodontes hollywoodiens. Avec Game of Thrones, on assiste au phénomène inverse ; les moyens financiers et pyrotechniques du grand écran ont investi la sphère du petit, et donc son ambition visuelle. Mais doter la série de tels moyens fut probablement la pire chose qui pouvait lui arriver, et donc nous arriver. Peut-être l’économie des débuts obligeait-elle à la prudence, à l’intelligence et donc à l’excellence, alors que l’outrance et l’abondance de la fin ont-elles incité à la souplesse et à la paresse. Pourquoi, en effet, s’embarrasser de toute cohérence et de tout effort intellectuel lorsque l’on peut anéantir des armées, des flottes et des villes entières d’un clic de souris. La petite sauterie intellectuelle s’est transformée en fête pyrotechnique. Faut-il pour autant la renier et la condamner ? Bien sûr que non. Tout comme il ne faut pas dire qu’elle est devenue une série comme les autres. Game of Thrones a créé tant de précédents dans l’histoire de la télévision, déchainé tant de passions, éveillé tant de spectateurs, influencé tant de personnes, soulevé tant de promesse et suscité un tel engouement qu’on ne saurait trop bien où la ranger parmi les centaines de « série comme les autres ». Sa place, évidemment, est au panthéon de la télévision. Non pas qu’on ait attendu son dernier souffle pour l’y conduire mais bien d’avantage qu’elle s’y était déjà invité elle-même il y a plusieurs saisons. Et rien ne pourrait l’en déloger, pas même sa désastreuse conclusion. Car même si la série a accouché d’une souris, c’est précisément avec les attentes qu’elle a fait naître tout au long de ses huit saisons qu’il faut la juger et mesurer sa déception.