"This train means the end of life as you know it."
Suivant tout autant la progression de personnages attachants, malgré leurs défauts parfois rebutants voire carrément répugnants, que celle de la construction du premier chemin de fer transcontinental dès la fin de la Guerre de Sécession, revenant de manière récurrente comme un fantôme intraitable et poisseux, Hell On Wheels bénéficie d'un casting parfait malgré l'absence de tête d'affiche.
Colm Meaney incarne ainsi un Thomas Durant (personnage historique) saisissant de gouaille, Anson Mount, Cullen Bohannon, un ancien soldat sudiste ambivalent et taciturne dans sa quête vengeresse, Common Sense, Elam Ferguson, un ancien esclave décidé à prendre en main son destin, Christopher Heyerdahl, Thor Gundersen, un chef de la sécurité norvégien appelé "le Suédois" à l'accent et aux mimiques fabuleusement décalées, Dominique McElligott, Lily Bell, une jeune veuve décidée à poursuivre le rêve de son défunt mari géomètre, Ruth, une fille d'un pasteur trouble, devenue pasteure elle-même, et, parmi une foule d'autres personnages, Robin McLeavy, Eva Oates, une prostituée tatouée au menton, autre véritable héroïne de la série, inspirée par la figure légendaire d'Olive Oatman. Chaque personnage porte en lui, à des degrés divers certes, sa part d'ombre et sa part de lumière et c'est ce qui les rend si attachants, même les pires crapules. On y croise également la route d'autres personnages historiques, tels que Mary Fields, première conductrice de diligence afro-américaine, James Harvey Strobridge, chef des travaux sur la Central Pacific RailRoad (concurrente de l'Union Pacific), Collis Porter Huntigdon, son président, Brigham Young, prophète des Mormons, John Campbell, premier gouverneur du Wyoming, ou le général et président Ulysses S. Grant.
Si le talent cumulé de ces interprètes est renforcé par une direction d'acteurices imparable, il faut aussi souligner la cohérence visuelle malgré la kyrielle de réalisateurs et une bande originale mélangeant blues et country entre classiques et modernité dans une reconstitution historique impressionnante de diversité.
Au niveau du scénario, lui aussi résultat d'un ensemble de plumes pléthorique, on notera le génie qui consiste à synthétiser en une seule oeuvre, dense il est vrai, toute une fresque sociologique quasiment en huis clos mouvant (la ville de Hell On Wheels suivant la construction du chemin de fer) mélangeant soldats, ouvriers, financiers, prostituées, femmes du monde, commerçants, agents fédéraux, religieux et hors-la-loi, Afro-Américains, Natifs (Cheyennes, Arapahos, Utes et Sioux), Chinois, blancs (Yankees, Sudistes, Mormons, Irlandais "celtiques", Allemands et Scandinaves), tous en transit, déracinés, dans ce qui reste profondément un western, hommage au genre, spaghetti compris quand on pense à Il Etait une Fois Dans l'Ouest (Sergio Leone, 1968), sauvage et violent, où règne la loi du plus fort, forcément viriliste, sur une échelle sociale sans cesse, elle aussi, en mouvement. Pour s'en convaincre, on notera l'épisode 9 de la saison 3, contenant quasiment tous les éléments soulignés ici et finissant en apothéose.
Si l'ombre de la Guerre de Sécession, point de départ de la saison 1, plane sur l'ensemble de la série, quasiment tous les thèmes sont abordés, de l'implacable colonisation des terres autochtones aux progrès de l'ingénierie civile, en passant par le racisme, l'intolérance religieuse, la condition des femmes ou encore les conséquences de la spéculation et de la corruption.
Fresque monumentale et sans concession sur ces années de transition qui ont littéralement façonné les Etats-Unis, Hell On Wheels permet en outre de revoir la géographie et l'histoire complexes de ce pays, à travers plaines, forêts, villes, montagnes et déserts, d'un océan à l'autre. Une série qui s'avale d'une traite. Un must see exhaustif sur la seconde moitié du XIXème siècle aux Etats-Unis.
"We're in the middle of nowhere. Lost souls in a wasteland."