André Téchiné et Céline Sciamma : entretien croisé autour de Quand on a 17 ans
Par Brigitte Baronnet ▪ lundi 28 mars 2016 - 14h15

AlloCiné s'est entretenu avec André Téchiné et Céline Sciamma (Tomboy, Bande de filles), qui a coécrit le nouveau film du cinéaste, Quand on a 17 ans (à l'affiche ce mercredi). Tous deux se confient sur cette collaboration, cette "alliance joyeuse".

Depuis Cannes 2014, moment auquel nous avons entendu parler pour la première fois d'un projet de collaboration entre André Téchiné et Céline Sciamma, il faut avouer que l'idée de cette association entre deux cinéastes, deux générations, aux affinités artistiques évidentes, autour d'un même long métrage - Quand on a 17 ans- titillait notre curiosité. Comment est née l'idée de de cette collaboration ? Quel a été le fruit de cette association ?

Pour AlloCiné, André Téchiné réalisateur et co-scénariste, et Céline Sciamma, co-scénariste de Quand on a 17 ans, se sont prêtés à un entretien croisé, l'occasion d'échanger sur cette alliance qu'ils qualifient de "joyeuse". Rencontre, forcément joyeuse elle aussi !

AlloCiné : Quel est le premier souvenir artistique que vous avez l’un de l’autre ?

Céline Sciamma : C’est Ma saison préférée, qui est le premier film d’André que j’ai vu en salles. Ensuite, très rapidement, j’ai tout vu, au gré des possibles car il n’y avait pas les DVD. J’ai vu Ma saison préférée, Les Roseaux sauvages, et je suis remontée dans le temps. J’avais volé l’affiche de Ma saison préférée qui était en grand dans ma chambre.

Et vous avez souvenir d’un déclic après avoir vu ce film…

Céline Sciamma : Oui, absolument. C’est un des premiers films d’auteur que je suis allée voir seule au cinéma. C’est le début de ma démarche cinéphile autonome, pas cornaquée par la famille ou l’école. C’est le début même quasiment d’une ritualisation de ma vie, de mon quotidien autour du cinéma. C’est très marquant. On se souvient des premiers films où l’on comprend la mise en scène, on comprend la vision, où c’est un choix d’y aller…

L'affiche de Ma saison préférée (sortie : 14 mai 1993)
C’est la vision de l’affiche qui avait déclenché l’envie de le voir ?

Céline Sciamma : C’était Catherine Deneuve. Je le répète tout le temps mais je ne me lasserai pas de le répéter parce qu’être tombé amoureux de Catherine Deneuve, c’est potentiellement devenir cinéphile : on découvre Bunuel, Téchiné, Truffaut, Demy… La liste est encore longue. C’est un beau panorama des auteurs qui comptent. Suivre Catherine Deneuve, c’est partir pour un voyage dans le cinéma. C’était mon guide !

Suivre Catherine Deneuve, c’est partir pour un voyage dans le cinéma. C’était mon guide !
Et pour vous, André, quel est le premier souvenir artistique que vous avez de Céline Sciamma ?

André Téchiné : Pour moi, ça a été chronologique. Je n’ai pas vu Naissance des pieuvres à sa sortie à Paris, mais à Turin où le film a été très bien accueilli. Je pense qu’il y avait aussi dans ce film une actrice assez marquante, non ? (il sourit)

Céline Sciamma : Oui (rires)

André Téchiné : Un prototype, qui m’a beaucoup tapé dans l’œil. C’est évidemment Adèle Haenel… (André Téchiné l'a dirigé dans son précédent long métrage, L'homme qu'on aimait trop, Ndlr.)

Céline Sciamma : Elle est pas mal ! (rires)

Louise Blachère, Pauline Acquart et Adèle Haenel dans Naissance des pieuvres.

André Téchiné : Après, j’ai vu Tomboy que j’ai trouvé bouleversant. Dans le regard de Céline sur l’adolescence, il y avait quelque chose qui me séduisait beaucoup. Et même séduire, c’est un peu faible. C’était une sorte de délicatesse et de luminosité. Parce que la plupart des films sur l’adolescence, quand ils sont intéressants, ont quand même plutôt un versant mélancolique et même parfois suicidaire. Je pense à des grands cinéastes comme Olivier Assayas ou Gus Van Sant.

Dans les films de Céline, il y avait une espèce d’appel d’air et d’appel vers l’émancipation, quelque chose qui faisait qu’on ne sortait pas plombé, que le cinéma gardait son caractère enchanté. Et ça, ça me donnait très envie de la connaitre et d’essayer de construire un rapport avec elle dans le travail.

Dans les films de Céline, il y avait une espèce d’appel d’air et d’appel vers l’émancipation, quelque chose qui faisait qu’on ne sortait pas plombé, que le cinéma gardait son caractère enchanté. Et ça, ça me donnait très envie de la connaitre et d’essayer de construire un rapport avec elle dans le travail.

Comme je savais en plus que ce serait une sorte de portrait de garçons, c’était bien qu’il y ait au centre une mère, qui est jouée par Sandrine Kiberlain. Mais déjà dans la première étape de l’écriture, pour moi, une femme était nécessaire, et la femme qui s’imposait par son talent, c’était forcément elle. (elle sourit) Vous savez, je n’avais pas non plus beaucoup le choix (rires). Non, non, c’est pour rigoler !

Céline Sciamma : C’est ma chance ! C’est le manque de choix qui créé mes opportunités ! (rires)

==> Sandrine Kiberlain : "J'ai beaucoup d'admiration pour la liberté d'André Téchiné dans le cinéma"

Parfois, on sent qu’il y a des affinités entre des cinéastes, des scénaristes, des acteurs… Mais il y a peut être une peur de dire « j’aimerais travailler avec vous ». Est-ce que pour vous, cela s’est passé naturellement ? Un peu comme on déclarerait sa flamme, avez-vous osé vous dire que vous aviez envie de travailler ensemble ? Vous souvenez-vous de votre première rencontre ?

Céline Sciamma : On s’est rencontrés pour travailler.

André Téchiné : On s’était rencontré dans une commission.

Céline Sciamma : Oui, une commission autour des courts métrages contre l’homophobie (Céline Sciamma a réalisé un court métrage pour la collection 5 films contre l'homophobie, Ndlr.). Mais on s’était croisés. Là, on s’est vus…

André Téchiné : Au café…

Céline Sciamma : Et c’était vraiment autour de la question du film. Il y avait une proposition. Il n’y a pas eu une grande entreprise de séduction réciproque. On s’est vus pour une question de travail. On s’est serré la main à la fin en disant « oui ». « On essaye ». Et la fois d’après, on s’est vus pour travailler. C’était extrêmement concret, simple. C’est une alliance, une alliance générationnelle.

Une alliance générationnelle. Mais aussi une espèce de curiosité de savoir comment on allait s’accorder et parvenir ensemble à faire le même film. C’était vraiment très excitant.

André Téchiné : Générationnelle, c’est vrai. Mais aussi une espèce de curiosité de savoir comment on allait s’accorder et parvenir ensemble à faire le même film. C’était vraiment très excitant. J’ai vu d’emblée à qui j’avais à faire, c’est-à-dire pas du tout à une béni-oui-oui quoi. C’était aussi très stimulant qu’un partenaire d’écriture puisse avoir du répondant et un œil critique sur ce que je pouvais éventuellement proposer. De la même manière que je ne me gênais pas par rapport à ce qu’elle me proposait aussi.

Céline Sciamma : On s’est précipités dans le travail…

André Téchiné : On n’a pas eu peur de se blesser narcissiquement. C’est toujours difficile quand on ne connait pas les scénaristes, cette part de blessure narcissique. On vous apporte un cadeau, des propositions… Comment mesurer le travail effectué, qui est tout à fait défendable, et en même temps le rejeter, dire qu’on n’en veut pas ? Ça, c’est vraiment très dur.

Or, étrangement, alors qu’on a refusé réciproquement des propositions l’un de l’autre, et qu’on a eu de façon très dynamique de nombreux désaccords, ça n’a jamais débordé sur une susceptibilité d’auteur. Je ne sais pas comment on n’a échappé à ça.

Céline Sciamma : C’est vrai ! C’est fou, mais c’est vrai !

Kacey Mottet Klein, Corentin Fila et Sandrine Kiberlain dans Quand on a 17 ans

Et c’est important ! Pour ne pas se retrouver à accepter des choses qu’on ne veut pas…

André Téchiné : C’est important – ça m’était arrivé sur d’autres expériences, moins heureuses-, parce qu’après on a affaire à la rancune de l’auteur blessé. Ça peut contaminer la relation de travail. Mais nous, on n’est pas du tout tombé dans ces pièges-là.

Céline Sciamma : Pas du tout.

André Téchiné : De temps en temps, elle était furieuse, elle se levait, elle allait fumer sa clope à la fenêtre et elle revenait. (elle rit). Et puis, il me semble que c’est allé assez vite.

Céline Sciamma : Oui, ça a pris un an en tout. Un an où par ailleurs on finissait chacun nos films respectifs [L’homme qu’on aimait trop pour André Téchiné, et Bande de filles pour Céline Sciamma]. Et comme le tournage était en deux parties [en hiver et en été, Ndlr.], on a réécrit un peu au milieu ensemble. C’était très intense. C’était rondement mené dans le temps. Ce n’était pas une écriture fleuve, c’était très concentré. Comme on s’est rencontrés dans le travail, on est aussi devenu amis…

André Téchiné : Oh ça c’est beaucoup dire ! (rires)

Céline Sciamma : La question de s’aimer et d’être susceptible, ce n’est pas comme si c’était étanche. C’était joyeux.

André Téchiné : Oui, c’était joyeux.

Peut être est-ce le tempérament des grands mélancoliques, mais on essaye toujours d’aller vers la joie. C’est l’endroit où l’on s’est entendu.

Céline Sciamma : On a des tempéraments qui sont compatibles. Peut être est-ce le tempérament des grands mélancoliques, mais on essaye toujours d’aller vers la joie. C’est l’endroit où l’on s’est entendu.

André Téchiné : Oui, c’est vrai. On a une espèce de désir d’exaltation qui nous réunit.

Céline Sciamma : Je pense que ça explique aussi le fait qu’il y avait quelque chose d’harmonieux, y compris dans les désaccords. Le plus dur est quand on est dans des énergies contradictoires dans l’écriture.

André Téchiné : Et puis, c’était aussi égoïstement utile de travailler avec Céline parce que je supposais qu’elle pouvait m’apporter de l’unité. Moi j’aime bien quand ça part dans tous les sens. J’aime bien les digressions, les sous-histoires, les carrefours d’histoire… J’adore ça. Je savais, sans que ce soit sur le mode conflictuel, qu’avec Céline qu’il y aurait une pureté de la ligne. Dans ce film, le côté simple et droit, je le dois à la présence de Céline au scénario, qui a un grand sens de la concentration et de l’unité. Ce n’est pas un compliment, c’est un fait.

Dans ce film, le côté simple et droit, je le dois à la présence de Céline au scénario, qui a un grand sens de la concentration et de l’unité.

Vous avez devancé ma question… Que pensez-vous avoir apporté l’un à l’autre ?

André Téchiné : L’unité, c’est ça. Le minimalisme. J’ai tendance à être un peu trop baroque et surabondant.

Céline Sciamma : Il me l’avait dit, donc je savais que j’étais convoquée à cet endroit-là.

André Téchiné : Elle est super concise.

Céline Sciamma : Les questions des désaccords qu’on peut avoir sur la fiction, ce sont aussi ceux que l’on peut avoir dans notre rapport au monde. Est-ce que la fiction ment ? Est-ce qu’elle dit la vérité ? Je suis rentrée dans le rapport au cinéma de Téchiné, dans son rapport aux personnages… Et ça m’a déplacé. On verra à quel point ça m’a déplacé dans mon propre travail. Je me suis autorisée, par exemple, dans les dialogues des choses plus littéraires… Des choses que j’aime mais que je ne m’autorisais pas forcément...

André, dans un entretien dans Le Film Français, vous évoquiez récemment votre "désir constant de [vous] renouveler et faire que le projet suivant puisse être en opposition avec le précédent

André Téchiné : C’est un peu mon caractère. C’est vrai pour les projets successifs, et c’est vrai pour les étapes d’un même film. Par exemple, j’ai écrit le scénario avec Céline, et après on ne s’est plus vus. Il ne fallait pas qu’elle soit là à la préparation. Le tournage, elle n’y a pas foutu les pieds (elle rit).

Et vous étiez d’accord ?

André Téchiné : Je ne voulais pas d’une assistante sociale. (elle éclate de rire) Non c’est vrai. Bien sûr que c’est vrai. Mais en revanche, j’ai quand même fait appel à elle pour le montage où il faut trouver de nouveau une continuité. En tout cas, ces trois étapes, je les ai faites l’une contre l’autre : le tournage contre le scénario, et le montage contre le tournage. Le tournage, je le vis vraiment au présent, comme si chaque scène était un court métrage, et un moment absolument privilégié, séparé du reste.

Et pour mes projets de cinéma, c’est vrai que c’est un peu pareil. J’ai accepté un film de commande [au sujet de son prochain long métrage, Nos années folles, Ndlr.], et là ce qu’on a fait, c’est un sujet original.

Corentin Fila et Kacey Mottet Klein dans Quand on a 17 ans

J’aimerais vraiment aller ailleurs, découvrir autre chose. C’est toujours une motivation, c’est toujours mon premier pas. Quand l’objet est terminé, je peux –je ne sais pas si je dois dire hélas ou tant mieux- me rendre compte qu’il y a des thèmes communs avec d’autres films, que je creuse toujours en fait le même sillon.

Mais, au départ, la volonté est absolument de découvrir une nouvelle direction, d’aller ailleurs. Comme une ligne de fuite. Et même parfois avec des oppositions très marquées. Je fais un film « star system » comme Ma saison préférée, je vais faire un film comme Les Roseaux. Ma Saison préférée était un film sur le vieillissement ; Les roseaux, un film sur l’adolescence. Vous voyez, c’est très marqué. Je fais un film en 16 mm en noir et blanc, comme La Matiouette entièrement en studio, alors qu’avant j’avais fait un film entièrement en extérieur.

Aller ailleurs, découvrir autre chose, c’est toujours une motivation, c’est toujours mon premier pas. 

[Mon prochain film] est un film d’époque en costume, alors que le film que je viens de faire était résolument contemporain et en extérieur. C’est sur des choses comme ça, que j’ai le sentiment d’avoir un appel d’air. Je ne dirai pas de me renouveler, c’est trop utopique, mais en tout cas, de ne pas me répéter.

C’est l’auteur des auteurs, [Ingmar] Bergman qui disait, dans les critiques qu’il avait pu lire, que la critique qui l’avait le plus affecté, à propos de Sonate d’automne, « Bergman fait du Bergman ». A partir du moment où on est catalogué dans une espèce d’échiquier, très étroit, comme auteur, il y a ce danger, on peut vraiment être instrumentalisé, très asphyxiant. Il me semble qu’il faut faire très gaffe, même si forcément on prend des risques, ça c’est sûr, en faisant des films de commande, par exemple. Mais ces risques sont, à mon avis, extrêmement salutaires pour échapper à l’emprisonnement et à la gestion du film d’auteur. Tu vois ce que je veux dire ?

Céline Sciamma : Totalement.

André Téchiné : Ca nous guette. Mais ce sont des risques. Ce qui fait que vous faites des films de commande sur des faits divers. Moi, j’aime bien le fait divers car c’est le baroque dans la vie. "Mais, tiens, pourquoi il n’a pas fait un film plus personnel ?" Mais je préfère ça. Je m’en sors mieux avec moi-même, et avec mon rapport au cinéma. C’est plus fertile que de rester prisonnier d’un système, un système aussi étroit soit-il.

L'équipe de Quand on a 17 ans au Festival de Berlin 2016

Céline, c’est quelque chose qui vous guide aussi, tout en creusant un sillon, de faireque chaque projet soit différent du précédent…

Céline Sciamma : Oui, je suis exactement sur la même ligne, y compris avec l’inconscient de ses propres obsessions. Quand on voit les films, on voit ce qui circule, on voit ce sillon. Mais par contre, d’être extrêmement volontaire, ce n’est pas non plus une commande que l’on se passe à soi-même, c’est une réaction. C’est quasiment une intuition de dire : je vais aller ailleurs. Finalement, cet ailleurs est en amitié avec ce qui le précédait.

Et c’est tout aussi beau de se rendre compte qu’inconsciemment, on était un peu sur le même territoire, mais que dans la méthode, dans l’énergie, y compris de production, - ce que disait André- , dans un rapport au décor, aux acteurs, faire un deuxième film qui soit un film pirate [Tomboy, Ndlr] alors même que le premier m’autorisait à faire un film plus « bourgeois » on va dire, en terme de moyens, c’était une énergie qui m’a extrêmement libérée, qui m’a permis d’explorer d’autres chantiers à la mise en scène. C’est un état d’esprit qu’on partage.

Jamais je n’aurais fait Quand on a 17 ans dans la foulée des Roseaux. Pour moi, c’était absolument impensable.

Cela veut-il dire qu’il serait en quelque sorte plus « facile », plus « simple » de faire un projet dans la continuité, de faire quelque chose qu’on attend de vous, plutôt que de faire quelque chose de très différent à chaque fois ?

André Téchiné : Ca ne peut se faire que par rapport à certains films qui, de façon tout à fait imprévisible, sont des succès. Moi des succès, franchement, je n’en ai pas connu beaucoup. Sans geignardise. Par exemple, Les Roseaux. Jamais je n’aurais fait Quand on a 17 ans dans la foulée des Roseaux. Pour moi, c’était absolument impensable.

Après Les Roseaux, où l’on m’on a effectivement proposé des romances d’ados, ou l’on me tirait vers les représentations des minorités sexuelles, vous voyez ce que je veux dire. Bref. Là j’avais fait un film star system un peu polar, qui est Les Voleurs, avec des audaces de récit. Un film très cubiste.

Catherine Deneuve et Laurence Côte dans Les Voleurs.

D’ailleurs je lisais que vous n’aimiez pas forcément que l’on fasse un parallèle entre Les Roseaux sauvages et Quand on a 17 ans, alors qu’il y a des motifs qui reviennent. J’y vois presque un hommage aux Roseaux sauvages. C’est différent, mais on retrouve des choses…

André Téchiné : Céline a une théorie générationnelle là-dessus (elle éclate de rire). Non, non, mais bien sûr que la comparaison est inévitable. Mais on n’est pas du tout dans le même monde.

Même si c’est une histoire de garçons, le personnage central est le personnage féminin, aussi bien dans Les Roseaux que là. Le personnage joué par Sandrine Kiberlain n’a rien à voir avec le personnage d’adolescente des Roseaux. Dans Les Roseaux, c’est un garçon et une fille adolescents qui se trompent d’histoire d’amour, qui croient qu’ils sont amoureux et qui se rendent compte que ce n’est pas le cas. Elle va se diriger vers un autre amour et lui aussi.

Ici c’est le portrait d’une femme adulte, heureuse, avec son mari, avec son métier, et avec son fils. 

Ici c’est le portrait d’une femme adulte, heureuse, avec son mari, avec son métier, et avec son fils. C’est vrai qu’il y a guerre dans les deux, hors champ, la guerre d’Algérie [dans le premier], les opérations extérieures [dans le second], mais ce n’est pas la même guerre.  

Le monde agricole est beaucoup plus présent dans ce film. Et puis, toute [la communication par] Skype, ce côté moderne de l’absence et de la présence. Parfois il y a des couples qui sont séparés dans l’espace, et qui arrivent quand même à fonder un couple, tout en étant à une très grande distance géographique, et qui arrive à se retrouver dans le même temps.

Toute cette espèce de relation, et toute la manière dont elle peut faire bouger la famille, pour moi, c’était quelque chose de très important dans Quand on a 17 ans. C’était impensable au moment de la guerre d’Algérie, au moment des Roseaux. Même si on est dans l’adolescence et dans les montagnes, je voulais montrer que le monde a changé et les connexions ne sont plus les mêmes.  

Même si on est dans l’adolescence et dans les montagnes, je voulais montrer que le monde a changé et les connexions ne sont plus les mêmes.

On est dans une France qui n’est pas souvent regardée, pas souvent visible, et que j’avais vraiment envie de rendre visible, visuelle. On est dans des vies un peu oubliées auxquelles j’ai essayé de donner de la grandeur. On voit à quel point la réalité du monde n’est plus la même.

Et dans Les Roseaux, les personnages essayaient de verbaliser beaucoup ce qu’ils étaient en train de vivre. Une fille de prof, un personnage joué par Gaël Morel qui était un cinéphile… Ça passait beaucoup par la parole pour essayer de comprendre qui ils étaient, ce qu’ils allaient devenir, où ils en étaient… C’était des vrais moulins à parole ! Là, c’est le contraire.

Gael Morel et Elodie Bouchez dans Les Roseaux sauvages

Vous vouliez faire un film physique, presque…

Céline Sciamma : … d’action. On ne voulait pas des personnages qui soient dans l’énonciation d’eux-mêmes, ou dans la dissertation, mais dans les pulsations du présent. Le film, dans son rythme, déjoue le programme de la révélation du désir. Spoiler : Il faut 1h20, il faut du temps avant l’étreinte. Il n’est pas normé dans les codes de sa dramaturgie. On a tenté d’en faire une chose surprenante, pas par volonté de surprendre, mais parce que les personnages sont surpris eux-mêmes de ce qui les traverse, de ce qu’ils découvrent.

Le film, dans son rythme, déjoue le programme de la révélation du désir.

Ce n’est pas du tout le même programme stylistique que Les Roseaux ; ce n’est pas non plus un contre-programme. Mais on l’évoquait assez peu. C’est maintenant que le film est beaucoup convoqué. On peut jouer au jeu des ressemblances et des différences, mais ce n’était pas le fantôme de ce film-là. Par contre, on se disait : ça fait longtemps qu’André n’a pas fait un film sur la jeunesse, donc il y a cette idée du film générationnel 20 ans après, et qui donc s’adresse à une autre génération....

J'aimerais à présent parler de vos projets. Vous l'avez évoqué un peu plus tôt. Vous préparez un nouveau long métrage, qui devrait se tourner cet été ?

André Téchiné : Oui, on ne sait jamais avec le cinéma, vous savez bien.

Céline Sciamma : Tu touches du bois, là ?

André Téchiné : Je touche du bois, absolument. Ca devrait peut être se tourner cet été. Je devrai théoriquement commencer la préparation après la sortie.

Ca s'appelle Nos années folles, avec Pierre Deladonchamps et Adèle Exarchopoulos, c'est exact ?

André Téchiné : C’est ça, ça n’a pas changé.

Et vous, Céline, vous avez ce projet avec Para One. Je vois des choses passer à ce sujet depuis à peu près un an… C’est très mystérieux.

Céline Sciamma : C’est très mystérieux. On a un peu la culture du secret. On est en train de finir de l’écrire. Je ne peux pas vous en dire grand chose. C’est son premier film. Je ne peux pas le pitcher encore. C’est dur à pitcher quand on n’a pas fini de l’écrire.

Ca avance. On est en début de financement, fin d’écriture. D’ici quelques semaines, l’objet scénario sera finalisé. Et j’ai un film d’animation que j’écris aussi qui va sortir, qui peut être sera cannois (Ma Vie de courgette, Ndlr.). Et puis après mon propre film que je n’ai pas commencé à écrire. Là, ce n’est pas que j’ai la culture du secret, c’est que je ne saurai pas trop quoi vous en dire.

J’ai quand même quelque chose à vous demander : je lisais un joli portrait d’Ellen Page dans Libération il y a quelques semaines dans lequel vous disiez que vous lui aviez proposé un scénario…

Céline Sciamma : C’est l’inverse. Mais, oui, c’est ce que disait le portrait de Libé. On peut avoir des échanges, qui ne sont pas très fournis. Comme elle est aussi productrice… Voilà, on s’est fait signe mutuellement, et ça m’est arrivé d’avoir de ses nouvelles, notamment sous la forme d’un scénario, mais ce n’est pas un projet.

Vous êtes entrées en contact après ce tweet ?

Exactement. J’ai vu qu’elle avait tweeté. J’ai demandé son mail à mon agent américain, nous sommes dans la même agence. Je lui avais écrit pour lui signifier ma joie que le film lui ait plu. Mais je ne l’ai jamais rencontrée.

La bande-annonce de Quand on a 17 ans, sur les écrans le 30 mars 2016

Quand on a 17 ans Bande-annonce

Propos recueillis par Brigitte Baronnet, le 22 mars 2016, à Paris 

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