Mon AlloCiné
Lumière 2017 : Bertrand Tavernier parle de sa série documentaire Voyages à travers le cinéma français
Par Léa Bodin, à Lyon — 21 oct. 2017 à 19:00
facebook Tweet G+Google

Le président de l'Institut Lumière et cinéaste Bertrand Tavernier nous parle de sa série documentaire en huit épisodes, "Voyages à travers le cinéma français", qui fait suite à son film sorti l'année dernière. À partir de ce soir sur Ciné+ Classic.

Pathé Distribution

AlloCiné : Pourquoi ce choix, comme c'était le cas au début du film Voyage à travers le cinéma français, d'introduire chaque épisode par cette phrase : "Imaginez que vous êtes au cinéma" ?

Bertrand Tavernier : C'est une phrase qui a été trouvée par mon monteur et on l'avait mise dans le long métrage. Il l'avait trouvée dans un film et je pense que c'est une idée de génie qu'il a eue. Quand on a fait la série, on s'est dit qu'il fallait la garder, et les gens nous ont tous dit que ça reliait la série au film. On a aussi gardé le même générique pour créer une sorte d'habitude. C'est une phrase extraite du merveilleux film d'Henri Decoin Les Amoureux sont seuls au monde et c'est la voix de Louis Jouvet. Le film vient d'être restauré et va être distribué par Pathé. 

Pourquoi avoir voulu commencé le premier des deux épisodes consacré à vos cinéastes de chevet par Henri Grémillon ?

J'ai présenté le film dans beaucoup de cinéma et beaucoup de pays étrangers et tout le monde parlait des cinéastes que je ne citais pas. Je n'avais pas pu les placer. Je me suis dit qu'il fallait que je commence en incluant des cinéastes qui étaient très importants pour moi et dont je n'avais pas pu parler dans le film. J'ai choisi tout de suite Ophüls et Grémillon, car dans les grands cinéastes que j'adore, c'est l'un des plus méconnus. Il n'y a presque pas de livres sur lui, pas d'interviews. Or, Grémillon était un cinéaste très intéressant. J'ai aussi voulu inclure Henri Decoin, qui est un de mes cinéastes préférés et dont on ne parle jamais, qui commence tout juste à être apprécié à sa juste valeur.

La porte d'entrée qui me plaisait avec ces deux réalisateurs, c'était aussi la musique. Grémillon a composé, beaucoup, je commence par une musique qu'il a écrite. J'espère pouvoir exaucer ce rêve qui est qu'on finisse par trouver un financement qui permette d'enregistrer une douaine ou une quinzaine de films français qui n'ont jamais été enregistrées en disques. Chez Grémillon, les musiques de Roland Manuel pour Remorques, pour Le Ciel est à vous, n'ont même pas été enregistrées ! Aux Etats-Unis, on a tout enregistré ! En France, la musique préférée de Martin Scorsese, celle des Orgueilleux composée par Paul Misraki, n'a même pas eu des 45 tours. C'est le désert. Decoin, c'est la même chose, il a travaillé avec Henri Dutilleux. Dans un de ces derniers films, Maléfices, il fait appel à Pierre Henry, pape de la musique concrète. La musique de Razzia sur la chnouf aussi était super ! L'idée, c'est de se demander omment on peut entrer dans l'univers d'un cinéaste par la porte de la musique, et c'est quelque chose qui ne semble pas du tout intéresser les critiques. 

DR
Les Amoureux sont seuls au monde d'Henri Decoin (1948)

Vous avez gardé la même approche très personnelle que sur le film, cela vous donne une grande liberté. Vous faite par exemple ce rapprochement très étonnant entre Tati et Bresson, c'était cette liberté qui vous intéressait avant tout ?

Oui, c'est ce qui a motivé mon choix. Ca me permet de choisir les films que je veux. Je ne suis pas critique, je ne suis pas historien, ce qui m'intéresse c'est de faire un film de metteur en scène, de faire des choix dramatiques et d'être libre vis à vis de ces choix. Je ne prétends pas avoir raison, mais je cherche une porte d'entrée qui soit la mienne et qui me permet de ne pas redire ce qui a été dit. Par exemple, je trouve intéressant dans la partie sur Pagnol de parler de beaucoup de films sauf de la trilogie, qui a été super commentée. Ca me permet aussi par exemple de mélanger Tati et Bresson, et de montrer qu'ils ont des recherches qui sont identiques sur le son, et sur la démarche, sur l'importance des gestes. Et là, ça devient un travail de metteur en scène : quand les bruits de pas se répondent, ça me donne un montage formidable ! Ca m'intéresse aussi de dire, Les Dames du Bois de Boulogne, est-ce que ce n'est pas un film sur la mise en scène ? Et si le personnage de Maria Casares représentait le metteur en scène ? Je trouve ça plus intéressant que de raconter de manière chronologique la vie et la carrière de Bresson ! D'ailleurs, le témoignage de Maria Casares a l'air d'appuyer plutôt cette théorie. 

Vous avez en commun avec Quentin Tarantino que lorsqu'on vous lance sur un réalisateur, plus rien ne vous arrête, ça part sur un autre, puis sur un autres, etc. Est-ce que vous pourriez envisager de faire une série documentaire ou un film où il s'agirait de voyages croisés entre vos deux visions, du cinéma français par exemple ? 

Cela m'amuserait de croiser les points de vue avec Scorsese ou avec Tarantino. Avec Scorsese, j'aimerais bien faire un truc croisé sur le cinéma anglais, ça m'intéresserait. Je pense que j'ai une très bonne connaissance du cinéma anglais, et un amour pour ce cinéma. Scorsese et moi on partageait le même amour pour Michael Powell, moi ayant été le premier à l'interviewer. Lui, il louait carrément ses films en 16 mm. Tarantino, j'adorerais travailler avec lui, mais d'abord il boufferait toute la place (rires) et je ne sais pas, sur le cinéma français, si c'est son grand point fort. Après avoir vu mon film, il a quand même dit à Thierry qu'il n'avait jamais vu un film de Sautet de sa vie, qu'il allait tous les prendre. Becker non plus il ne connaissait pas, alors qu'il connaissait tous les films de Melville formidablement. Je pense qu'il y a des tas de cinéastes français qu'il ne maîtrise pas, sans parler des cinéastes méconnus comme Henri Calef, Pierre Chenal, Jean Boyer, où là, on est carrément dans une province reculée de la Chine !

La série Voyages à travers le cinéma français sera diffusée à partir de ce soir sur Ciné+ Classic, puis sur France 5. 

Retrouvez la bande-annonce du film Voyage à travers le cinéma français : 

Voyage à travers le cinéma français Bande-annonce VF

 

facebook Tweet G+Google
Sur le même sujet
Commentaires
Voir les commentaires
Top Bandes-annonces
Pacific Rim Uprising Bande-annonce VO
Sponsorisé
Mute Bande-annonce VO
Rester vivant : méthode Bande-annonce VO
Sherlock Gnomes Bande-annonce finale VF
Eva Bande-annonce VF
La Ch’tite famille Bande-annonce VF
Bandes-annonces à ne pas manquer
Actus ciné Festivals
BAFTA 2018 : 3 Billboards grand vainqueur de la cérémonie, Guillermo del Toro et Gary Oldman récompensés
NEWS - Festivals
lundi 19 février 2018
BAFTA 2018 : 3 Billboards grand vainqueur de la cérémonie, Guillermo del Toro et Gary Oldman récompensés
Nouvelle bande-annonce Pacific Rim 2 : John Boyega chef de guerre face à un titanesque Kaiju
NEWS - Vu sur le web
mercredi 24 janvier 2018
Nouvelle bande-annonce Pacific Rim 2 : John Boyega chef de guerre face à un titanesque Kaiju
Sponsorisé
Dernières actus ciné Festivals
Meilleurs films à l'affiche
Coco
Coco
4,6
De Lee Unkrich, Adrian Molina
Bande-annonce
The Greatest Showman
The Greatest Showman
4,5
De Michael Gracey
Avec Hugh Jackman, Zac Efron, Michelle Williams
Bande-annonce
L'Insulte
L'Insulte
4,4
De Ziad Doueiri
Avec Adel Karam, Rita Hayek, Kamel El Basha
Bande-annonce
3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
4,3
De Martin McDonagh
Avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell
Bande-annonce
Les heures sombres
4,2
De Joe Wright
Avec Gary Oldman, Kristin Scott Thomas, Ben Mendelsohn
Bande-annonce
Paddington 2
4,2
De Paul King
Avec Hugh Bonneville, Sally Hawkins, Hugh Grant
Bande-annonce
Tous les meilleurs films au ciné
Pacific Rim Uprising
Ça sort le mercredi 21 mars au ciné !
Pacific Rim Uprising
X
Back to Top