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La Reine Margot
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "La Reine Margot" et de son tournage !

Versions multiples

Si le montage du film sorti dans les salles françaises en mai 1994 faisait près de 2h40, Patrice Chéreau accepta de le raccourcir d’une vingtaine de minutes pour la version internationale. Ce nouveau cut fut par la suite également distribué en France. Dans le cadre de Cannes Classics en 2013, une autre version a été projetée, qu’on pourrait en quelque sorte qualifier de director’s cut. « Le montage présenté cette année dans Cannes Classics est une version inédite basée sur le montage primé en 1994, qui me paraissait être le mieux équilibré. J'y ai toutefois ajouté une ou deux scènes ainsi que de la musique provenant la version longue. Par ailleurs, la copie a été restaurée image par image et le son remixé », déclara ainsi Patrice Chéreau. [Source : Le Nouvel Observateur]

Version courte... mais scène supplémentaire

La version internationale de La Reine Margot comprend une scène qui ne figurait pas dans la version sortie dans les salles françaises en mai 1994, mettant en scène Margot et La Mole, scène ré-insérée à la demande notamment du distributeur américain Miramax qui souhaitait développer la relation des deux personnages. Cette version écourtée était ainsi, selon Isabelle Adjani, invitée au 20h de France 2 en décembre 1994, « plus romantique, plus remplie de suspense, plus haletante et émouvante. »

Des Mousquetaires à la Saint- Barthélémy

La Reine Margot est adapté d’un roman historique d’Alexandre Dumas. Pourtant lorsque Claude Berri s’adressa à Patrice Chéreau pour lui proposer une adaptation, c’est à un autre roman de l’écrivain qu’il songeait, Les Trois mousquetaires. Mais un projet concurrent développé par Jean Becker, projet qui ne vit pas le jour, amena Chéreau à y renoncer pour s’intéresser à La Reine Margot, jusqu’à réaliser le film (finalement produit par Claude Berri), lui qui connaissait plutôt bien le sujet de la Saint-Barthélémy pour avoir mis en scène au théâtre Le Massacre de Paris de Christopher Marlowe.

Tournage, budget et réception

Tourné sur plus de six mois, La Reine Margot représente à l’époque un très gros budget. Au départ prévu pour coûter 120 millions de francs, la production du film nécessita au final une somme plus proche des 140 millions. Sorti en mai 1994, au moment de sa présentation au festival de Cannes, le film engrangea 2 millions d’entrées France, suscitant une réception parfois mitigée – ce qui ne sera pas le cas de la version raccourcie sortie en fin d’année. Outre ses deux prix à Cannes, La Reine Margot remporta toutefois cinq César.

Adaptations

Avant que Patrice Chéreau ne s’en empare, le livre d’Alexandre Dumas avait déjà été porté à l’écran quarante ans plus tôt, en 1954, par Jean Dréville. Jeanne Moreau interprétait le rôle-titre du film, dont Abel Gance avait signé l’adaptation. Une version muette de 1910, réalisée par Camille de Morlhon l’avait précédé, précédant de peu une deuxième adaptation dirigée par Henri desfontaines en 1914. En 1961, le roman de Dumas fit également l’objet d’un téléfilm. Tous ces films ont pour titre La Reine Margot, mais on peut encore citer une autre adaptation, intitulée cette fois Henry, King of Navarre, et réalisée en 1924 par Maurice Elvey.

Made in Chéreau

Si tous les acteurs du film, et notamment les deux têtes d’affiche (Isabelle Adjani et Daniel Auteuil, qui retrouvera cependant son réalisateur passé acteur dans Lucie Aubrac) ou Virna Lisi, ne sont pas des "habitués" de Patrice Chéreau, d’autres interprètes de La Reine Margot ont débuté au théâtre des Amandiers de Nanterre à l’époque où le cinéaste officiait comme directeur : Jean-Philppe Ecoffey, Bruno Todeschini (qui tourna dès 1986 dans Hotel de France) ou Vincent Perez sont ainsi issus de cette formation. Jean-Hugues Anglade, qui a travaillé à Nanterre (mais n’est pas passé par son école), a pour sa part connu son premier rôle important au cinéma dans L'Homme blessé et retrouvera par la suite Chéreau en 2009 pour Persécution. Quant à Pascal Greggory, il est l’intime et l’acteur fétiche de Chéreau, au cinéma et plus encore au théâtre.

Ceci n’est pas un film historique

Dans l’interview présente sur l’édition DVD du film, Patrice Chéreau explique n’avoir pas voulu réaliser un film historique, genre qu’il estime « empesé, compassé ». « Il faut que [le film] raconte notre histoire d’aujourd’hui, et qu’on pense à la fois que ce sont des gens très loin de nous, […] et absolument comme nous, qui vivent les mêmes choses qu’aujourd’hui. J’ai donc eu peur du film historique et je me suis interdit au tournage de faire des choses qu’on ne ferait pas dans un film contemporain, ou qu’on rajouterait parce que ce serait un film historique. Par exemple montrer les rues, s’attarder sur la description, sur la vie quotidienne à l’époque. J’ai donc tout éliminé, j’ai voulu qu’on rentre très très vite dans la narration, que ce soit presque comme un film policier, un film d’aventures, ou […] un film de mafia. »  

« Margot, c’est moi »

S’il est nourri de Shakespeare (et des adaptations cinématographiques du dramaturge signées Orson Welles, les seules qu’il admire), Patrice Chéreau ne tient pas pour autant La Reine Margot pour un film shakespearien, mais le considère plutôt comme « un film élisabéthain », plus proche de l'oeuvre d'un Marlowe. Un film où « la violence est partout », explique-t-il. « J’essaye de la rendre comme quelqu’un d’indigné, comme quelqu’un qui la prend de plein fouet, je suis un peu comme Margot. Margot dans le film réagit aux événements et reçoit de plein fouet cette violence et cette injustice du monde, et de l’amour impossible. Je suis comme elle, d’une certaine façon. Je suis comme Flaubert [concernant Mme Bovary, ndlr] : Margot, c’est moi. »

Entre influences picturales et actualité

L’actualité de l’époque a grandement influencé l’écriture du film, co-signé par le duo Patrice Chéreau/Danièle Thompson : « c’était l’Iran de Khomeini, des funérailles de Khomeini ; le fanatisme religieux qui était dans le film, on ne pouvait pas ne pas le traverser en faisant ce sujet-là. Et puis après, ça a été la Yougoslavie, la Bosnie, les massacres… Non parce qu’on a voulu actualiser le film, mais parce qu’à un moment donné, l’actualité elle-même nous a sauté à la figure. […] Pour ne pas être seulement dans l’actualité, le nez collé à une réalité brute, comme les reportages à la télévision qu’on voit tous les jours, j’ai pensé que la peinture pouvait m’aider à faire de cette horreur une sorte de beauté. Parce qu’il faut de la beauté et un sens esthétique dans l’horreur, pour en faire une fiction au cinéma, pour la rendre perceptible. […] La peinture m’a aidé, Goya par exemple, les désastres de la guerre, ou Géricault, des peintres comme eux. Non parce que le cinéma doit ressembler à de la peinture, cela n’a aucun rapport. Le cinéma a le mouvement, la peinture ne l’a pas. Enfin... La peinture l’a quelquefois. Bacon a le mouvement aussi, et Bacon m’a inspiré, également. »

Welles, Scorsese, Coppola…

Parmi les influences que cite Patrice Chéreau, « il y a eu évidemment les cinéastes que j’admire, Welles, et surtout Scorsese, Coppola, dans la mesure où par moments, pour chasser certaines images périlleuses, trop historiques ou trop téléfilm que j’avais de Catherine de Médicis, de ses frères, de l’histoire de France, j’essayais de me demander, dans Le Parrain, quelle était la situation correspondante, par exemple. Cela me permettait de rajouter une scène où les personnages mangeaient tous autour d’une table, comme dans Le Parrain, quand ils sont dans la cuisine. Le Parrain nous a aussi inspiré la fête du mariage, Le Parrain et Dumas mélangés. En fait si Dumas existait [encore], il écrirait peut-être des scénarios pour Coppola… »

"L’invention du film"

Toujours sur les bonus DVD du film, le réalisateur explique en ces termes la part d’invention qui fonda le film : « La compassion est un mot magnifique et il définit Margot à la fin du film, de la même façon que j’ai employé le mot arrogance pour la définir au début. L’invention du film, qui est une invention dédiée à Isabelle [Adjani], une invention de Danièle Thompson et moi qui n’est ni dans le roman de Dumas ni dans l’histoire de France, c’est la transformation de ce personnage de Margot [...]. On a inventé ce passage, [...] un personnage qui se transforme [...], reçoit de plein fouet la Saint-Barthélémy, le massacre, l’horreur, l’intolérance, qui se découvre faisant partie de cette famille d’assassins, refusant cela et en même temps ne pouvant refuser l’appartenance à cette famille. Il y a donc un passage qui est notre invention à nous, notre contribution à l’histoire de Margot, de l’arrogance à la compassion. C'est l’invention qui nous a fait écrire et filmer le film. »

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