batsup
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3 - Pas mal
Depuis que Rosario a rencontré la vie, elle n'a pas cessé de se battre avec elle. Quand on naît à Medellín, ville de la drogue et de la prostitution, où les femmes et les enfants ont si peu d'importance, on n'a guère de chance de vivre. Mais Rosario est une fille qui ne ressemble à personne : belle, tenace, fatale. Quand Antonio et Emilio, deux amis issus d'un milieu aisé, croisent la route de Rosario, ils en tombent immédiatement amoureux et se retrouvent plongés dans un monde de plaisir, de violence et de mort.
Cette fiction intimiste possède une substance dense et robuste, assurée par le roman d'origine dont il est adapté, "la fille aux ciseaux", et dresse un beau portrait de femme. Le réalisateur s'adjuge alors un beau tempérament d'actrice : Flora Martinez, visage d'ange perdu dans le tumulte d'une ville rongée par le vice. Cette dernière, impressionnante, porte le film à bout de bras et campe une Rosario, femme fatale pleine de fêlures, d'une vérité saisissante. L'actrice est prodigieuse de bout en bout.
Le film joue la carte de la déconstruction chronologique et narrative pour raconter une histoire de triangle amoureux, prétexte à un embarquement immédiat dans la vie nocturne de Medellin. Le film ressemble ainsi à sa protagoniste et gratte le vernis artificiel des premières images pour creuser plus profond, au gré des flash-back, dans ses élans autodestructeurs et sa soif de vengeance. A l'ultra violence, le réalisateur adjoint le surréalisme et le morbide, comme lors de la séquence au cours de laquelle Rosario rend les derniers hommages à un de ses proches en emmenant son corps dans un bar, où elle lui paye un striptease ! Le corps refroidit dans les volutes de fumée de cigarettes et sous l'éclat poisseux des néons abîmés. Le film dépeint alors une véritable descente aux enfers dans les bas fonds de la ville de Pablo Escobar, où la limite entre la vie et la mort devient de plus en plus ténue au fur et à mesure que le film avance.
Puis, dans cet enfer où tout devient une question de survie, naît une histoire d'amour accidentelle et pourtant palpable, romantique et donc casse-gueule. Loin de l'exposition d'un contexte social difficile, les deux tourtereaux, jusque là noyés dans cette haine qui gangrène cette ville putride, découvrent ce que veut dire aimer. Sans doute trop fasciné par son actrice qui crève littéralement l'écran, le réalisateur explore les prémices d'un amour salvateur et se tire plutôt bien d'une situation risquée, malgré une ou deux longueurs dispensables. Le sentiment de fatalité qui se dégage du film annonce alors le tragique, car dans la vicieuse Medellin, tout se paie.
Sans être d'une grande originalité dans la mise en scène, "Rosario" impose un rythme qui lui est propre, livrant une peinture sans concessions des quartiers de Medellin. Mais avant tout, le film reste un véhicule pour la prodigieuse Flora Martinez, qui crève l'écran!
Ajoutée le 10 déc. à 18h56
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