Je me suis offert, le mot est relativement bien choisi, 4 visionnages du film The Amazing Spider-Man. 2 fois en salle et en 3D (1 VOSTFR + VF) et 2 fois en Blu-Ray 3D.
C'est donc un regard non plus neuf que je vais tenter de donner ici, mais une approche critique mûrement réfléchie depuis la sortie du film et après visionnage sur 2 médias.
Histoire, personnages, fil récit, ambition visuelle, ampleur de l'histoire, mise en oeuvre de l'univers du Spider-Man (je précise que je ne lis pas les comics mais que j'aime les films de super héros et donc les films de Rami), qualité des effets visuels, réalisation du film en général, des scènes d'actions (le film a coûté 250 Millions $, et nous 10 euros: on en veut pour notre argent!), partition de James Horner après l'excellent thème développé sur la première trilogie, qualité du jeu des acteurs, la manière dont le metteur en scène traite une histoire développée il y'a un peu plus de 10 ans (...). Mais surtout, c'est mon ressenti général sur l'oeuvre que je vais tenter d'extirper de tous les petits jugements individuels sur des sujets, à savoir le tout du tout: que reste t-il après un peu plus de 2h de film ?
Premièrement, je vais me pencher sur le ressenti global du film. Je n'ai clairement pas eu l'impression de perdre mon temps, d’être face à un blockbuster vide, fait à la va vite, fade et sans saveur. Certes la plastique est plus froide, la proximité par rapport aux personnages se fait plus distantes que par rapport à la première trilogie. Mais à autre temps, autre film! Les spectateurs, ont changé, le blockbuster et les films de super héros aussi. Cette touche particulière qui habitait les films de Rami, cette impression d’être en face d'un blockbuster fait main a disparu. On est face à une oeuvre a vocation mondiale, qui ne se démarque pas particulièrement de par son aura visuelle qui entre dans les normes actuelles: images sombre de même que la tonalité du métrage en général, photographie léchée et prévue pour une exploitation en haute définition. Mais qu-à cela ne (dé)plaise, j'ai beaucoup aimé. Cet upgrade visuel 2.0 des aventures de l'homme araignée et une réussite. Le constat est sans appel en vidéo ou le film offre un spectacle de toute beauté, sans commune mesure avec ce qui a été déjà fait pour d'autres films de super héros (exception faite des films de Nolan et des Avengers de Disney).
Un petit mot sur la 3D: je ne me prononcerai que sur la 3D du blu ray vu sur un écran 42 pouces. Ce qui d'ailleurs est plus intéressant au jour d'aujourd'hui pour de possibles futurs acquéreurs. Elle est tout simplement de bonne tenue générale. Peu de jaillissements, mais ceux qui y sont présentés sont très réussis, que l'on passe d'un Spider Man prêt à sortit de l'écran ou des filets de toiles fonçant vers notre visage. Le reste est un habile travail de profondeur, qui sans être marquant permet de se régaler les rétines tout en ne perdant pas le fil du récit. Pas de maux de têtes à prévoir, la réalisation très sage de Marc Webb permet un spectacle 3D très convenu mais de très bonne tenue.
Exit les effets visuels datés de la première trilogie, avec des plans de l'homme araignée sentant bon l'incrustation photoshop (j'exagère à peine). L'aspect très prononcé des combats très jeu vidéo du 3 ème opus se retrouve cependant parfois, le lézard oblige. Mais je n'ai pas souvenir d'avoir eu de réactions cérébrales qui m'ai sorti du film: on est au cinéma et le travail visuel fourni est bel et bien destiné au média du long métrage. Cette mode agaçante d’être parfois en présence de longues cinématiques de jeu vidéo n'est pas de mise ici. La photographie et le climat visuel est tout le long respecté. Le tout numérique est habilement géré et on sent une volonté de présenter un produit propre, épuré de défauts visuels et de mauvais goûts. Les séquences nécessitant des SFX s’enchaînent de manière naturel et de ce point de vu The Amazing Spider Man est une vraie réussite. L'univers de l'homme araignée est parfaitement adapté au long métrage et les technologies actuels permettent une crédibilité de l'image qui a de quoi ravir n'importe quel cinéphile geek.
En ce qui concerne le récit en général et la manière dont le réalisateur nous amène à revisiter (par les sens) une histoire déjà connue, et rabâchée par divers médias (première trilogie de Rami, dessins animés, jeux vidéos ...). Je dois avouer que je me suis laissé prendre. La fraîcheur du casting, et notamment du couple tante May/Oncle Ben permet au récit de beaux moments d'émotion. Certes nous sommes face à une méga production, sans envolée lyrique propre à tirer la larme à l'oeil ou à faire rire à gorge déployée. Cependant le talent de Webb est de savoir jouer avec ses acteurs et à présenter la dramaturgie non pas comme une scène de transition vers la scène d'action suivante, mais comme un contenu nécessaire, évolutif qui permet aux personnages d'évoluer et, à défaut de nous identifier, de nous attacher à eux. Ainsi, on s'amuse plus à suivre les péripéties des acteurs qu'à tenter de chercher la comparaison avec le premier opus sortie en 2002. Pas de révolution scénariste, la trame est parfaitement classique. Les 3 actes sont équilibrées et comme tout bon blockbuster ayant un tant soi peu d’orgueil, la dernière partie est riche en scènes d'actions visant à détendre un cerveau aujourd'hui bien trop exigeant d'un point de vu visuel. Difficile bien sur de s'extasier d'une histoire que l'on a l'impression de connaitre par coeur et je ne vous mentirai pas en disant que l'on est littéralement subjugué. Mais honnêtement, le travail est fait de manière conscience et réussie. Webb a su poser son empreinte dans l'univers de la transposition de comics sur grand écran. Une patte de dramaturge qui ne nous prend pas pour des jambon! (Souvenons nous en silence des 4 Fantastiques et le surfeur d'argent, et autres joyeusetés du genre).
Je passe rapidement sur la pseudo révélation vendue pendant la campagne marketing de Sony sur les parents de Peter Parker. On sent, outre le coup marketing, la volonté d'inscrire le récit dans une trilogie/saga. Le lien est facile, mais je demande à voire le traitement futur qui en sera fait par le metteur en scène, même si de ce point de vu je doute qu'il soit possible de reproduire et donc dépasser le travail fait par Rami pour rendre cohérent l'ensemble de sa trilogie. Il convient de jouer le jeu ici, de s'adapter à l'offre qui est faite, à savoir d'un blockbuster destiné à un public jeune. Point besoin d’être blasé, ou alors mieux vaut-il éviter ce genre de produit.
3 actes classiques donc, que l'on pourrait diviser comme suit: une première partie, peut être un peu trop longue, de présentation des caractères en présence. La "famille" du héros, le héros lui-même, la petite amie du héros, le futur méchant du héros, l'entourage du héros (au hasard son tortionnaire lycéen et le beau père de la belle). Le tout est assez fluide, peut être un peu manichéen mais jamais cliché/et ou lourd. L'évolution tout le long du métrage du personnage principal est perceptible, et de ce point de vu, je ne peux m'empecher de souligner qu'il est un peu (un peu) plus efficace que dans les films de Rami. Pas de quoi sauter au plafond quand on se souvient de la face apathique et rondouillette de Maguire.
La seconde partie intervient suite à la désormais piqûre de l'araignée transgénique/transmutée. S'ensuit pour Peter Parker le développement de ses pouvoirs, parabole rabâchée du passage de l'adolescence à l'age adulte. On passera le premier saut - homme araignée oblige - ou encore la création du costume. J'ai pour ma part trouvé plus intéressante l'évolution des rapports de Peter avec son entourage. Que ce soit son amourette ma foi assez drôle et touchante avec Gwen Stacy, les rapports de plus en plus tendus avec sa tante ou celle qui se développe avec le docteur Connors. L'alchimie initiée prend bien et encore une fois le travail est plus qu’honnête. C'est au cours de cet acte qu'intervient la transformation du méchant qui ne l'est pas vraiment. Le Lézard n'est pas l'illustration de l'originalité, on peut même y voir un "remake" du personnage du bouffon vert (un indice, tout n'est pas dans la couleur). Il se révèle moins jouissif à suivre, même si le plaisir de voir une créature plus proche du dinosaure que du lézard détruire tout sur son passage devrait ravir le coeur - fragile - du geek. Un peu d'effets visuels pour transposer un personnage si familier de notre enfance vous fait oublier toutes les faiblesses scénaristes d'un long métrage .
La dernière partie, beaucoup plus agitée et par la même formatée, reste de bonne tenue. Mais ce ne sont pas les enjeux présentés -
Le docteur Connors souhaite faire muter toute la ville de New York en lézard géant dans un but de créer une race suprême
- qui vont réveiller ceux qui ce sont endormis. Pour les autres, on aura un petit pincement au coeur en pensant à la formidable scène de SPider-Man 2 devenu une symbolique de ce l'on attend d'une scène héroïque, ou l'homme araignée s'échine de toutes ses forces à stopper un métro avant qu'il ne se crashe. Pourquoi cette sempiternelle menace prête à toucher des millions d'habitants quand une poignée d’être menacés suffit à créer un zeste d’héroïsme si le reste suit ? Je suis un peu de mauvaise foi, la fin de Spider-Man 2 se ponctuant aussi par une menace à échelle gigantesque, ceci étant dit, The Amazing Spider Man n'est pas Spider-man 2.
Une dernière partie en dessous du reste du long, ou la lourdeur du cahier de charge fait pencher le film vers le blockbuster moyen. Mais je ne bouderai pas mon plaisir devant le spectacle offert, pas même devant la décriée scène de la grue - exaltation à peine exagérée d'un patriotisme américain - qui offre une belle séquence visuelle (qui plus est mise en avant par une belle 3D).
Ah j'allais oublier, l'exclentissime caméo du Sir Lee, présent au coeur même d'une scène action efficace. Une des plus drôles du monsieur, un peu comme celle de Bruce Campbell chez Rami.
Bon, je crois avoir déja effleuré si ce n'est plus le jeu des acteurs. Les performances sont de très bonne mesure, créant un ton qui s'adapte au récit du métrage. La relation Stone/Garfield marche très bien, chose qui n'est pas gagnée car toute personne censée sait que l’acné chez les geeks est aggravée par le romantisme à l'eau de rose. Dieu merci, je n'ai pas eu plus de boutons en croûtes sur le visage après moult visionnage du film. C'est bon signe et cela coïncide avec mon ressenti global du jeu d'un casting bien choisi. Si je devais poser un petit bémol, ce serait concernant les personnages secondaires de second plan: le méchant cadre de Oscorp, le personnage de Flash. Encore plus petit bémol concernant le personnage de Docteur Connors, parfois si stoïque et retenu que l'on se demande si cela est voulue.
Et puisque que l'on est dans les mauvais points (je déteste cette partie) j'aimerai souligner, outre la relative faiblesse scènaristique, au sens ou l'on n'est jamais surpris ou étonné, la faible ambition du "tout". J'aurai presque envie de dire que Webb est un bon faiseur, mais peut être pas un auteur à part entière. On a du mal à déceler sa sueur de metteur en scène sur sa pellicule (c'est une image, à l'heure du numérique). Bref, tout cinéphile a abandonné l'idée de voir des blockbusters à X Millions habité par l’âme artistique de quelqu'un/quelqu'une depuis longtemps, mais tout de même ...
Bon, le manque d'originalité du tout évoqué, les vilains petits reproches sont terminés. Ou plutôt non et oui à la fois. La participation de James Horner est plutôt fade, absente et tout sauf marquante. Les notes collent bien au tout, la relation image/musique fonctionne bien, mais ce n'est pas suffisant pour avoir la sensation d’être transporté par la musique. En clair, jamais la composition ne subjugue l'image.
En définitive, et pour conclure cette longue critique, je dirai que The Amazing Spider-Man est un long métrage qui remplit dignement son cahier de charge, et même un peu plus. On est tantôt (légèrement) amusé, peiné et ravi par le sort et les péripéties de notre héros. Le fil (strike) de l'histoire est, à défaut d’être très intéressant, habilement mis en perspective par Marc Webb. On est face à une oeuvre de bonne tenue, et à l'heure actuelle ou le retour aux sources est la norme, l'on saisit la volonté d’asseoir une nouvelle saga par un premier film se devant de répondre aux contraintes nécessaires qui ont frustré tant de fans et spectateurs par le passé réjouis par le bonhomme arachnidien.
La palette visuelle (je suis très pointilleux sur ce point) et réjouissante, et c'est toute ce qu'on le demande lorsque le caracter design est aussi bien trouvé. Le personnage du Lézard peut diviser, je l'ai trouvé bien conceptualisé et son rendu est époustouflant.
En somme, nous somme face à un très bon blockbuster, un produit de consommation maîtrisé et généreux. Et ça, difficile de cracher dessus!