Une leçon d'humilité pour les faiseurs d'images. Les paparazi de La Dolce Vita sont devenus Artistes, et malgré leurs promotions sociales ils ont gardé leurs habitudes intrusives. Les stars traquées ont fait place aux mannequins, aux passants voir aux pigeons. Cette nouvelle matière n'est pas davantage estimée. Toujours exploitée. La représentation du monde est au coeur du film. Peut-on le manipuler ce monde, le tortiller, le bousculer? Pour en extraire quoi? Photographe sans moral, qui provoque tout ce qui bouge à la recherche du cliché choc. Les ardeurs créatrices seront vite calmées. L'oeil du photographe n'est qu'une partie du processus photographique, puisque la machine, elle aussi, à son mot à dire. Elle, ne juge pas, ne sélectionne pas, elle prend tout, c'est à dire le monde tel qu'il s'offre à son regard objectif. Le photographe, lui, est vaniteux et cherche la performance. Il choisit, avec toute sa subjectivité. Mais la représentation était-elle toujours fidèle au modèle? L'image peut-elle manipuler à son tour? Voilà l'expérience que va vivre notre héros. D'emblée présenté comme un petit con qui se fout de tout, qui mitraille tout sur son passage. "It's not my fault if there is no peace"! ose-t-il rétorquer lorsqu'on lui demande un peu de répit. Rien ne l'arrête donc jusqu'au jour où il prendra en photo sans le savoir la scène d'un crime. Pouvait-il la voir cette scène? Ou plutôt, pourquoi ne pouvait-il pas la voir? Dans ce parc paisible, deux amoureux se rencontrent, lui les observe. "On traque, on vise, on tire- et clac, au lieu d'un mort on fait un éternel" écrivait Chris Marker en parlant de la photographie. Mais ici, c'est bien d'un mort qu'il s'agit, l'homme en l'occurrence. Bien sûr le photographe n'y est pour rien. Le meurtre est passé inaperçu, sous ses yeux de spectateur aveugle. Il n'y a eu aucune violence, aucun bruit de coup de feu, aucun corps qui tombe. Exsangue de son habituelle représentation, l'image d'un meurtre ne peut être vu. Malgré notre connaissance du cinéma, l'expertise de notre oeil qui sait d'habitude dans la plus part des films reconnaître une scène de crime, ici, les indices nous échappent. Il faudra attendre le tirage des photos prises ce jour là pour voir jaillir ce que nous avons rater, ce que la caméra seule a su capter. Et encore, nous n'en sommes pas complètement sûr. Un détail se cachait, là, dans une des photos, puis un deuxième. Un corps dissimulé. Un tireur abrité. Alors commence l'enquête. Le fantasme d'abord. On se fait mille hypothèses, mais Antonioni est plutôt radin en indice. Aucune ne nous satisfera. On voudra savoir et on ira voir le corps gisant dans le parc, pudiquement caché par un arbuste. Et maintenant qu'on est sûr, on sait qu'ils savent que nous savons. On est traquée à son tour. Mais par qui? Paranoïa? Le réalisateur garde le silence. Il faudra donc trouver une solution nous même au meurtre le plus irréel de l'histoire du cinéma. La fin nous dira seulement une chose, pour voir, il faut savoir imaginer.