On dit parfois des films, qu’ils échappent, qu’ils résistent. Blow-Up, est pour moi un de ceux-là. Ce n’est pas tant que je n’aime pas le film, mais que je n’y entre jamais. Il me reste extérieur, un film froid qui vante sa complexité sans jamais me donner la clé qui m’y attache.
C’est un film qui pose dès ses premières images son pacte : tu ne comprendras rien (ou peu), tu ne ressentiras (presque) rien, et ce malaise sera ton seul guide. Tout ici est feint, flottant, volontairement tenu à distance. Le monde semble tourné vers l’image, mais comme un fétiche vidé de substance. Et moi, spectateur, je regarde un homme regarder, sans jamais partager son trouble, ni même comprendre s’il en éprouve un.
La caméra d’Antonioni, si souvent louée pour sa lenteur, me semble ici paresseuse. Elle s'attarde, oui, mais sur quoi ? Des textures mortes, des gestes vides, des visages désincarnés. Elle filme comme on traverse une galerie de mannequins : tout est parfaitement cadré, silencieusement agencé, mais rien ne respire.
Le personnage principal, Thomas, me semble toujours ailleurs, dans une forme d’errance chic. Et c’est peut-être cela qui me fatigue, profondément : cette manière de tout filmer depuis une position de retrait, d’ironie sèche, de désœuvrement esthétique.
Le fameux parc ne m’apparaît pas comme un lieu de vertige, mais comme un jardin trop propre, trop composé, trop vidé de toute angoisse véritable. Chaque agrandissement d’image, chaque retour sur le cliché, ne fait que reconduire cette impression d’un film qui mime le suspense sans y croire.
Et puis il y a cette fin. Ce match de tennis sans balle, cette disparition programmée du sujet, cette mise en abyme du simulacre... Cela aurait pu être beau, ou au moins troublant. Mais ici encore, je n’éprouve rien. Je vois bien ce que ça veut dire, que le réel est perdu, que le cinéma est illusion, que la perception est un leurre. Mais je le vois, je ne le vis pas. Tout semble conçu pour illustrer une thèse.
Peut-être est-ce cela qui me gêne le plus : Blow-Up ne m’éveille pas, il m’endort dans une torpeur savante. Il m’exclut de son dispositif, comme s’il se savait intelligent, important, canonique. Et dans cette posture, il devient presque arrogant.
Et pourtant, ce rejet n’est pas un raté. Il est peut-être la preuve que Blow-Up agit. Il n’est pas question ici de préférer un cinéma plus "incarné" du récit ou par goût de l’émotion, mais simplement de dire que certains films peuvent nous laisser froids. Non pas parce qu’ils sont trop complexes, mais parce qu’ils sont trop sûrs d’eux.