(suite) Par lintermédiaire de Van Sant, le film dHitchcock revit, dialogue à nouveau avec ses spectateurs et continue dagir comme uvre en mouvement. Il faut bien admettre également que si le film de Van Sant nexiste que grâce à celui dHitchcock, et pour cause, être spectateur du Psycho 98 na dintérêt que si lon connaît le premier. Van Sant sadresse donc à un spectateur intelligent, doté de mémoire cinéphilique et capable détablir des correspondances, ce qui est terriblement gratifiant et constructif.
Mais Psycho 98 soulève aussi et surtout une question fondamentale en ce qui concerne le cinéma moderne, celle du maniérisme. Le cinéma américain actuel nexiste presque plus quau travers de la référence à outrance et du clin dil répété. Sans émettre aucun jugement de valeurs, que leurs films soient convaincants ou non, des cinéastes tels que Brian De Palma, Quentin Tarantino, les frères Coen ou Tim Burton, pour ne citer queux, passent leur temps à revisiter le passé, à lancer des grands coups de coude au spectateurs et, au fil du temps, le procédé commence un peu à se mordre la queue pour déboucher sur une stérilité créative assez évidente. Qui aujourdhui est capable de dessiner lavenir du cinéma hollywoodien ? Quels sont, à part le maniérisme justement, mais celui-ci est en fin de course depuis un moment, les nouveaux courants émergents ? Ne serait-il pas nécessaire et sain dabandonner ce systématisme du second degré qui, à force, engendre stérilité et conformisme plutôt que création ?
Gus Van Sant semble répondre à toutes ces questions avec Psycho, en réalisant luvre maniériste ultime, celle au-delà de laquelle il est impossible daller. On ne peut pas, bien évidemment, aller plus loin dans lintertextuel quen refaisant un film plan par plan.