Juste après "La Chatte sur un toit brûlant", Elizabeth Taylor rempile pour un rôle dramatique dans un film de nouveau adapté d'une pièce de Tennessee Williams au sujet tout aussi tendancieux. C'est cette fois Joseph L. Mankiewicz qui se colle à la lourde tâche d'adapter un tel sujet en plein code Hayes, ce qui nous donne un film à double interprétation ; celle un peu naïve du spectateur non averti (moi au début) et puis celle beaucoup plus sensible et polémique ; encore une fois pour l'époque. Je dois bien avouer que je n'avais pas spécialement décelé ce sous-texte car j'ai avant tout simplement appréhendé le film comme un drame hollywoodien des années 50 qui ne pouvait donc pas se permettre grand-chose. Mais avant de parler d'interprétation, il est important de donner un peu de contexte. Catherine, une jeune femme internée en hôpital psychiatrique risque une lobotomie pour être tombée dans la folie suite à la mort de son cousin Sébastien. Mais si cette folie était simplement supposée ? Avec l'aide du docteur, elle va essayer de reconstituer les évènements de l'été passé. On met d'ailleurs pas mal de temps avant de voir Catherine apparaitre à l'écran, ce qui m'a au début un peu déconcerté puisque l'on passe beaucoup de temps avec la tante de cette dernière et mère endeuillée de Sébastien qui cherche à tout prix justement à la faire lobotomiser. On rencontre également le frère de Catherine ainsi que sa mère qui sont également favorables à la lobotomie car ça leur permettrait de toucher l'héritage du cousin. C'est assez long à résumer mais cela prend ici toute son importance car avant même de rencontrer Catherine, d'autres personnages la dépeignent comme une folle à lier et on se rend alors compte, en même temps que le docteur d'ailleurs, que c'est en réalité un personnage traumatisé suite à des évènements dont nous n'avons pas encore connaissance et surtout ballotée entre la tante qui veut garder ses secrets et sa famille proche qui veut récupérer l'héritage. Et, plus le film avance, plus on comprend et on saisi où il veut en venir, plus les langues se délient, plus les personnages perdent pieds tandis que d'autre se ressaisissent (on a justement tout un parallèle entre la tante et la nièce à ce sujet, chacune faisant le chemin inverse) et le film en devient de plus en plus passionnant. Pourtant, le réalisateur privilégie des longues scènes dialoguées à l’action ou même aux flashbacks, les seuls que l'on aura seront à la fin du film. Mais la mise en scène, très subtile, traduit souvent l'état d'esprit des personnages et en profite pour faire des sous-entendus qu'elle ne pourrait montrer explicitement, que ce soit à travers de simples mouvements de caméra, de constructions de plan ou de placements de personnages de l'espace. Concernant le casting, nous retiendrons surtout Elizabeth Taylor et Katharine Hepburn qui interprètent ici les deux némésis qui excellent dans leurs personnages et puis Montgomery Clift au charisme magnétique qui joue également très bien. "Soudain l'été dernier" est donc un drame passionnant et particulièrement osé pour l'époque lorsque l'on a la bonne grille de lecture.