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Jean G.
32 abonnés
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4,0
Publiée le 23 juin 2014
Ce film est en quelque sorte sans explication. Il est un mélange ingénieux de réel, d'imaginaire, de poésie, de littérature et de fabuleuses mises en abyme, qui noient le lecteur dans une incompréhension, un doute qui s'accroît au fur et à mesure. Les acteurs, excellents, permettent à l'atmosphère d'atteindre un paroxysme de mystère, d'angoisse, d'étonnement, d'attraction ; d'une diabolique vérité, les acteurs augmentent notre désarroi devant cette longue relation, de ce long cheminement brumeux entre des personnages ambigus et des situations surprenantes ou même malsaines.
L'histoire est extrêmement originale. Souvent drôle et divertissante, mais aussi relativement sérieuse et profonde par endroits. Excellente performance des acteurs, avec un Luchini tout particulièrement convaincant. Petit bémol : le rythme un brin trop effréné par endroits à mon goût, ça n'est pas toujours facile à suivre.
François Ozon se prend pour un grand auteur, et nous éclabousse de sa prétention, avec une idée de départ très intéressante, malheureusement gâchée par trop de mauvais choix.. Celui-ci ne cherche qu'à se faire mousser, et choisi d'opter pour une pseudo-réflexion absurde et lourdingue, au lieu de se lancer dans un thriller étouffant, loin des conventions, déroutant, et réfléchi. Son film est rébarbatif, prétentieux et sans saveur.. La maison n'a plus qu'à brûler, ça ne sera pas une grande perte.
Une fois de plus, François Ozon surprend en changeant de registre. Son film est un objet littéraire où un prof prend sous sa coupe l'ado qu'il aurait sans doute voulu être. Il peut, à travers lui, exploiter le talent qu'il n'a pas, ce qui l'a cantonné dans un rôle de professeur. Jusqu'à exploiter sa perversité et son goût du voyeurisme au risque de tout perdre. De plus, Ozon rend hommage à ses prédécesseurs, Pasolini à travers un hommage à Théorème (référence à l'intrusion d'un individu au sein d'une famille et à l'explosion de cette cellule familiale) et aussi à Hitchcock à travers le côté voyeuriste de Fenêtre sur Cour (pour le plan final). L'un des plus grands réalisateurs français de notre temps.
L'histoire commence lorsque Germain (Luchini), prof de français, demande à ses élèves de raconter leurs weeks-ends. Entre les "Samedi j'ai mangé une pizza, Dimanche je n'ai rien fait" et autres copies banales dépourvues du moindre aspect créatif, il reste convaincu que sa nouvelle classe est la pire de sa carrière. Tout change lorsqu'il tombe sur la copie de Claude, (Ernst Umhauer) élève discret mais brillant, qui vit avec son père handicapé. Celui-ci lui livre une copie riche en vocabulaire, ce qui retient l'attention particulière de Germain. Dans cette copie, prétendant s'intéresser aux familles de classe moyenne, il s'introduit dans la maison d'un de ses camarades de classe pour l'aider en mathématiques. Au fur et à mesure, il va nouer une relation solide avec cette famille et continuera à écrire pour son professeur. En l'échange d'un livre, l'élève remet une copie à son prof. Claude dirige son récit en fonction des attentes de Germain. En écrivant son histoire qui s'engouffre toujours plus dans le voyeurisme, le film prend une tournure dérangeante où se mélange réalité et fiction. Un film très intéressant sur la manipulation, et une relation prof/élève très bien interprétée. (Luchini incarne parfaitement le prof de français, le jeune Ernst Umhauer est prometteur et me rappelle vaguement JB Maunier.) La fin remet tout le film en question, on en vient à douter sur spoiler: l'existence de l'élève. Et si l'élève était l'ami imaginaire du prof de français, cet écrivain raté qui s'imagine accompagné de Claude pour inventer des histoires ? De nombreuses incertitudes m'ont fait regarder le film une deuxième fois pour comprendre toutes les subtilités qu'a réussi à glisser François Ozon dans son film. A voir pour se faire son propre avis. On regrettera éventuellement que certaines scènes dans la maison soient parfois un peu lentes, mais on ne perd pas le fil et on reste accroché à notre siège. Un bon film qui vient relever un peu le niveau dans notre paysage cinématographique français.
Je n'aime pas Luchini. Je n'aime pas sa tête ou sa façon de parler, mais surtout j'aime encore moins la facilité avec laquelle il s'approprie un role car oui, c'est un bon acteur, voire même un très bon acteur. A chaque fois, l'on a l'impression que le rôle est fait pour lui. Si j'ai beaucoup moi aimé la force de ce film par rapport Aux femmes du 6e etage, celui-ci sait amener une chute, tel que le ferait un roman. Un film tel un livre, qui parle de la création d'un livre qui lui même image le film de la vie. Si je lui reprocherais quelques facilités et de nombreux personnages trop plat, et trop effacés par rapport aux antagonistes (dont le jeune est d'ailleurs pas si bien joué), je lui apprécie de côté naturel, limite crédible.
Ce film est dérangeant mais réussi ! Luchini est plus vrai que nature dans le rôle d'un prof de français aigri, qui trouve une nouvelle raison de vivre grâce au talent assez malsain d'un de ses élèves. L'acteur Ernst Umhauer n'est pas pour rien dans la réussite du film, son personnage parvenant à insinuer un malaise palpable.
D'un point de vu technique, "Dans la maison" est un film assez classique: petite musique redondante qui pousse le suspens et plans classiques avec quelques envolées (j'ai bien aimé le montage titre). La mise en scène manque de panache, et les acteurs ne m'ont pas transcendés. Le fait qu'il n'y ait pas une séparation stylistique entre l'histoire vécue et racontée est dommageable, le film devenant long dans son 3ème quart: l'intérêt du voyeurisme finit par perdre son caractère gênant pour le spectateur. A ce niveau de l'argumentaire, un petit 3/5 me semble tout à fait légitime, mais la fin vient chatouiller le sens que OZON a voulu donner à son histoire. Dans une approche primaire, on retrouve un étudiant qui écrit (pas très bien d'ailleurs, il faut le dire) et son prof qui cherche à revivre le temps de la réussite inatteignable. Mais certains détails poussent à développer une autres théorie: spoiler: la réalité n'est que fiction et tout est le fruit de l'imagination de Germain, notamment avec la présence du bouquin écrit dans sa jeunesse et la scène finale face à l'immeuble . C'est une bonne interprétation, parfaitement approfondie dans la critique faite par Laura P.
Deux étoiles pour les 30 premières minutes où l'on a l'impression qu'une fois de plus Fabrice Lucchini va nous régaler de sa prose et de ses réflexions, 30 minutes où l'on se retrouve presque 25 ans en arrière, comme un miroir à "La Discrète", 30 minutes où l'on a presque le sentiment d'entrevoir Woody Allen et Diane Keaton..... Et puis le scénario s'enlise, se perd, se dilue, tout se confond dans un bric-à-brac de situations dénuées de sens vers un final presque grotesque...... Ce film, c'est comme la chanson d'Aznavour..... "Avec le temps va, tout s'en va......." Dommage.....
Découvert en Blu-Ray après l'avoir raté en salle. Aucun regret. Difficile de croire que c'est le même réalisateur qui a signé l'audacieux "Ricky" ou le magnifique "Jeune et Jolie" de 2013. Ici tout est faux, laid, idiot, invraisemblable et sans intérêt. C'est un jeu, d'accord, mais je ne suis pas joueur. Face à un tel objet cinématographique qui revendique son prosaïsme borné, sa forme dévoyée (les tunnels de dialogues comme les situations sont ni plus ni moins du niveau de "Plus belle la vie", le jeu des acteurs est au diapason), je meurs d'ennui voire de dégout. C'est le côté pire d'Ozon, son côté petit malin un peu fayot (comme le personnage de Claude dans le film), face auquel la critique se pâme et pardonne tout (comme Germain/Lucchini ici) tellement il a l'air doué, et qui trouve son public tout en se moquant de lui. Mais il y aura toujours des sceptiques comme moi pour crier à l'arnaque, maudire cette arrogance de premier de la classe qui pige tout plus vite que les autres mais ne fait rien de son talent. Ce mauvais roman platement filmé sur le thème de la manipulation ne tient pas la route cinq minutes et fait pâle figure à côté de ses sources d'inspiration revendiquées ("Théorème" évidemment, ou le meilleur Chabrol). Je reste effaré devant l'indigence de la direction d'acteur (la palme au pauvre Denis Ménochet) et la pauvreté de l'écriture façon mauvais téléfilm, la succession de séquences plus embarrassantes les unes que les autres par leur invraisemblance ou leur outrance, les dialogues flatulents, les redondances et incohérences du récit (comme cette soi-disant "classe moyenne" vautrée dans un luxe provincial bourgeois) et les enfilages de clichés en sautoir. Affreux.
Dans la maison est un jeu à tiroir entre les genres littéraires, les clins d'oeil et références aux histoires classiques. Il met en place une mise en abîme qui garantit une belle dose de suspens et de tension sur la fin. Il manque cependant un peu de crédibilité pour pouvoir pousser le bouchon encore plus loin. A voir ne serait-ce que pour "s'éveiller à la beauté du monde", comme Luchini définit la fonction de l'art en début de film.
C'est avec talent que le réalisateur pose les pièces sur l'échiquier. Vient ensuite une stratégie de jeu sur lequel il est difficile de ne pas prêter attention. Avec un véritable talent narratif, le film nous emporte dans l'univers fantasmé de cet élève qui ne dévoilera jamais vraiment ses réelles ambitions. Et si c'était tout simplement la libération ? Libération de cette famille prise pour cible dans une dissertation impudique. Libération également pour ce professeur qui passe à coté ses ambitions. Et puis libération pour l'épouse dudit professeur qui n'échappera pas aux dommages collatéraux de cette fourbe manipulation. Nous avons là du vrai bon cinéma.
Une nouvelle preuve de la richesse d'un cinéma français pas obnubilé par les prouesses techniques et infantiles du cinéma américain. Luchini est absolument formidable, mais on pourrait dire la même chose de l'ensemble de la distribution...
Un scénario de folie d'une perversion et d'une ingéniosité assez fabuleuse, une direction d'acteur sans faute dominé par un Luchini superbe. Des réflexions intelligentes sur la littérature, l'art moderne, l'éducation nationale... Et le voyeurisme. Un film qu'il faut sans doute revoir plusieurs fois pour en découvrir et en apprécier toutes les richesses. On ne voit pas le temps passer et quand viens le mot fin, on regrette… on en aurait bien repris une demi-heure…