Derniers Avis : Los Olvidados (Pitié pour eux) - Page 3
Los Olvidados (Pitié pour eux)
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benoitparis
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5,0
Publiée le 3 juin 2009
Le néoréalisme sur le modèle italien transfiguré par le surréalisme propre à Bunuel, avec références freudiennes, maternité et ses symboles, onirisme... Le tableau de la misère combiné avec cette symbolique donne une sorte d'âpreté tellurique terriblement impressionnante (le final...). C'est beaucoup plus fort à mon sens que les films où Bunuel fait la satire du mode de vie bourgeois. A remarquer que les fictions sur la misère se réfèrent à peu près fatalement à l'enfance : Dickens, De Sica, "Allemagne année zéro"... "Los olvidados" est tout en haut du panier de tout le cinéma.
C'est une oeuvre à la fois dur et réaliste. Bunuel y intègre du surréalisme - compréhensible... -, par le biais du rêve (très bien retranscrit) ou de la symbolique (le coq/la poule), dans ce film très néoréaliste. Les personnages sont tous touchant et criant de vérité, les enfants joue tellement bien leur rôle que, que, j'en perds mes mots! A noter la superbe phrase d'intro: "les faits sont réels et les personnages ne sont pas fictifs", qui nous met directement dans le bain! Et la fin très difficile, presque ironique, lorsque la mère... je n'en dis pas plus promis! En un (voire deux) mot: SUPERBE. POIGNANT.
Le mélange entre réalisme et surréalisme m'a séduit. Les personnages sont formidables, aucun ne sont purs et innocents, même Hojitos et Mechte, qui apparaissent pendant longtemps comme une sorte de couple juvénile, allégorie de l'amour et du Bien, commettent quelques écarts à la fin. Peu de films provoquent un malaise pareil chez le spectateur...
Gros coup de poing dans le ventre, de ceux qui coupent la respiration. Bunuel, qui a arrêté de tourner depuis de longues années, est impressionné (comme un peu partout, on pense à Satyajit Ray ou encore Kurosawa Akira) par le néoréalisme italien, en particulier celui de De Sica. Il décide alors de remercier le Mexique pour son accueil chaleureux en y tournant un film. Les autorités mexicaines sont flattées qu'un tel réalisateur (quelle pub!) tourne un film au Mexique... jusqu'à ce qu'ils le voient, horrifiés! Bunuel va plus loin que De Sica avec ce conte de la violence ordinaire chez les adolescents des bidonvilles de Mexico, père spirituel de La cité de Dieu. Il prévient au début que ce constat est propre à chaque grande ville, et qu'il compte sur la société et le progrès pour enrayer cette misère (cf. les propos du directeur de l'école de redressement). Bunuel fait constamment les bons choix, qui mettent souvent mal à l'aise. La cruauté des enfants envers les faibles qu'ils peuvent exploiter n'a d'égal que la haine que les adultes leur portent et l'indifférence que leurs parents leur accordent. Bien sûr, on est tenté de haïr El jaibo et de s'attacher à Pedro, mais ce n'est pas si simple. El jaibo ruine chacune des secondes chances que Pedro se voit accorder, sans remords, mais lui n'a jamais eu aucune chance, rien, et a ainsi pris l'habitude de prendre ce qu'il veut par la force, établissant sa propre moralité, comme il l'explique à propos de la prison au début du film. C'est la seule façon qu'on lui laisse de vivre "fièrement". L'abandon des enfants par les parents est total, mais on a du mal à les accabler tant leur situation est difficile. Le film, d'une efficacité rare, expose qu'il faut offrir d'autres choix à ces enfants et avoir pitié d'eux et pas les accabler pour améliorer la situation. La justesse de chaque personnage est merveilleuse. Ce film est peut-être le plus puissant de Bunuel, un film encore d'actualité tant on contourne sans cesse le problème.
S'il y a bien une chose sur laquelle tout le monde sera d'accord à propos de "Los Olvidados", c'est qu'il s'agit d'une date relativement importante dans l'histoire de ce siècle écoulé de cinéma. Vu aujourd'hui avec un regard critique et passionné, on peut tout d'abord remarquer qu'il se situe dans la lignée (du point de vue de l'analyse sociale comme de l'idéologie) lignée des fables néoréalistes de Roberto Rossellini ou Vittorio De Sica. La principale évolution que l'on peut constater (ce qui fait l'un des intérêts du film et ne le situe pas comme une simple retranscription d'éléments déjà utilisés dans un autre contexte politico-historique), c'est qu'il n'est plus aussi direct dans la description de ses personnages et les émotions censées être éprouvées par le public et ce grâce (ou à cause de, c'est selon) de séquences surréalistes aux tendances psychédéliques assez en avance sur leur temps (on retrouvera majoritairement ce style au cours de la décennie 60). Cru et violent pour son époque, il demeure assez "coloré" dans sa façon d'aborder les choses, notamment du fait de l'utilisation de personnages tous très charismatiques et atypiques. De plus, "Los Olvidados" évite le larmoyant dans le sens où c'est un monde à part entière qui est décrit et qu'il n'y a donc pas de comparaison ou d'apitoiement possible en résultant (hormis une ouverture consciencieuse et un brin maladroite). Cependant, le combat bien/mal reste assez caricatural (on s'attache au brave gamin et on s'acharne sur le vilain méchant) et la lutte intérieure des personnages n'est pas assez approfondie. Enfin, les bavardages incessants laissent trop peu de place à la signature 100% Bunuel, poétique et souvent fantasmée. Daté de plus d'un demi-siècle, "Los Olvidados" voit défiler 75 minutes extrêmement rythmées et denses, d'où ses incontestables qualités (dans la vitesse et l'instantané) mais également ses faiblesses (car pas assez patient et presque mélodramatique par instants). A voir, bien évidemment.
Un joyau, une référence, un chef d’œuvre. Buñuel remet en cause le système moderne dans son incapacité à considérer la misère comme facteur évident de la violence accrue. Pour en témoigner de multiples personnages tiraillés, des vies dont le seul véritable désagrément reste la condition sociale. D’apparence le seul à plaindre véritablement resterait le vieil aveugle que l’on découvre vite en fasho parano, ne souhaitant que la mort imminente de ces jeunes paumés, qui lui causent du souci. Il y a aussi Ojitos, gamin abandonné qui utilise le vieillard pour ne pas avoir le ventre vide. Et les deux personnages centraux : Pedro tiré par El Jaibo dans des affaires louches où il sera bientôt question de meurtre. Si l’on peut avant tout y entrevoir une certaine complaisance pour le premier, de part sa fragilité, la balance s’équilibre lorsque le cinéaste espagnol s’intéresse au second moins attrayant en le révélant mal gâté par la vie, qu’il étaye majoritairement de vices, seuls échappatoires à son mal-être ambiant. Plus qu’un film sur les problèmes d’éducation, la tolérance, c’est le manifeste des petites classes, des réprouvés, condamnés à vivre et mourir dans la merde.
Vivant actuellement à Mexico, je me suis lancé dans ce chef d'oeuvre pour découvrir cette autre vérité sur le Mexique, loin de l'image que l'on cherche à en donner. Les olvidados, ce sont bien ces jeunes défavorisés qui grandissent dans les barrios difficiles, dans ces cercles vicieux dont on ne peut sortir. Pris au piège de leur condition sociale, de leurs fréquentations, de leur univers, beaucoup connaissent (toujours aujourd'hui) des fins aussi tragiques que celles des personnages de ce film. Grande modernité de Buñuel, qui choqua beaucoup à l'époque, alors que le pays commençait son décollage économique et que la représentation de la société dans les films concernait une infime minorité, la plus aisée (et la plus blanche). On note cependant que la question indigène est presque entièrement absente du film de Buñuel, démontrant que malgré son génie, son réalisme, et sa modernité, cette question là ne faisait définitivement pas partie des choses sur lesquelles on pouvait et peut se pencher au Mexique. Un grand classique.
Un réalisme qui nous éclate à la figure tourné avec une grande modernité. Une histoire qui traverse les décennies et qui ne vieillit pas. Quand on voit la fin on ne peut que saluer le génie de Bunuel qui a su éviter le happyend à la mode dans le cinéma de l'époque.
Alors que beaucoup considèrent "Un chien andalous" ou "L'âge d'or" comme les oeuvres les plus extraordinaires de Bunuel, j'avoue avoir adoré "Les réprouvés" ("Los olvidados" en espanol) au point de le préférer à tous ceux que j'ai vus jusqu'à présent... Visionnaire, Bunuel frappe très fort avec cette chronique sociale très dure mais incroyablement réaliste dans laquelle les images choquent et s'entrechoquent... D'un angle purement cinématographique, on notera que pléthore de réalisateurs auront par la suite copié Bunuel dans des scènes surréalistes : en témoigne la mise en images du cauchemar de Pedro, prodigieusement réussi... A mon sens, ce film est LE chef d'oeuvre absolu de Bunuel...
Los Olvidados est une oeuvre pessimiste sur la vie et sur les quartiers pauvres de Mexico. Ce sentiment de rejet suggéré par un viel infirme pervers, ou montré par une violence physique et mortelle, rend ce film sombre et audacieux. L'absence de happy end renforce l'idée d'injustice qui transparaissent progressivement pendant le film. La vie apparait alors comme une personne physique transgressant l'égalité des chances, où les notions de justice, de bien et de mal n'existent pas.
«Los Olvidados» (Mexique, 1950) est un des grands films de Bunuel. Narrant lhistoire de jeunes délinquants mexicains des années 50, le film anticipe là où Larry Clark excelle de nos jours, c'est-à-dire dans le pessimisme caché de la jeunesse. Présenté comme non-optimiste, le film laisse pantois devant la crudité de faits pourtant réels. Les trois personnages principaux souffrent de maux dont les seuls coupables semblent être la société et aussi les parents : El «Jaibo» orphelin depuis toujours a été rejeté par la société est na pour seul solution que de jouer au tyran, Pedro souffre du mépris que lui affiche sa mère ( cette souffrance est dailleurs magnifiquement illustrée dans une scène onirique filmée avec tout le surréalisme bunuelien ) et Ojitos, petit abandonné par son père et qui, pour survivre, devient le sous-fifre dun aveugle extrémiste. Bref, tous trois malheureux, Bunuel illustre leur vie comme un coup de pelle de plus dans le creusement de leur tombe. La réalisation du cinéaste est à la croisée entre le cinéma mexicain atypique et farfelu de Bunuel et le surréalisme d «Un chien andalou» (France, 1928). Mais cest surtout du côté du néo-réalisme italien que lorgne ce «Los Olvidados». La vérité de lhistoire, le socialisme débordant de luvre, la peinture pessimiste de la société, inscrit «Los Olvidados» au même rang que «La Terra trema» (Italie, 1948) de Visconti ou que «Ladri di bicilette» (Italie, 1948) de De Sica. La musique, plus classique, vient ponctuer le film à point et ne va guère plus loin que de rendre plus vivace les images. En conclusion, ce film entre le surréalisme et le néo-réalisme est une grande uvre de Buñuel, ceci parce quelle réussit à nous donner pitié pour des enfants pourtant capable dactes monstrueux ( notamment El «Jaibo» ), cest dailleurs lun des titres français de «Los Olvidados»: «Pitié pour eux».
Los olvidados (les oubliés) sont tous ces jeunes mexicains miséreux des années 50 rejetés socialement à la périphérie de la capitale suite à une misère physique et intellectuelle que leurs ont légués des générations antérieures brisées par lalcool et lanalphabétisme.
Lenvironnement déplorable quotidien que subissent ces jeunes adolescents brise une nature fondamentale de bonté que lenfant possède par défaut.
Ces gosses positionnés dans une brutalité quotidienne croupissent au jour le jour dans un monde de combines et de rapines stagnantes.
Le drame de ces enfants est purement interne, le manque total damour maternel déclenchent pour certains une approche primaire de la vie. Nayant aucune notion de tendresse, ils sont dans lincapacité de redistribuer ce quils ignorent.
A linverse de « Miracle à Milan » de Vittorio de Sica qui montrait une misère sociale atténuée par la sensibilité et la bonté distillée par Toto envers son entourage, ici le ton est dur, sans pitié.
Il ny a pas de constat matériel « riche, pauvre » à faire. Cette misère interne est localisée dans un territoire bien défini, la sécheresse totale des esprits. Un manque de positionnement digne de ces enfants dans des comportements adaptés à la logique naturelle de leurs ages les rend semblables à de véritables pierres brutes de la société livrées à eux-mêmes.
Suite à labsence dun encadrement de départ complètement inexistant, ils créent leurs propres déséquilibres en appliquant des lois scélérates.
Un directeur de prison seul personnage encourageant par son discours tolérant envers ses enfants atténue la froideur de lensemble.
Le dénouement final semble une délivrance pour Jaïbo débarrassé enfin de toute cette crasse.
Los olvidados obtint le prix de la mise en scène à Cannes en 1951.