max6m
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4 - Très bien
Certes, "Le charme discret de la bourgeoisie" est une caricature de la bourgeoisie, de l’armée et de l’église. A cet égard, le film est moins réussi que ne pouvait l’être "L’ange exterminateur": la caricature y est souvent simpliste et l’on y retrouve pas la finesse de ton et d’esprit du film mexicain. On sent bien que c’est autre chose, au-delà de la satire, que veut exprimer le cinéaste. Malgré que les personnages soient détestables (trafiquants, méprisant envers les couches sociales plus modestes, assassins même), Buñuel les filme avec empathie, ce qui nous les rend malgré tout assez sympathiques. Plus le film avance, plus les situations cocasses se succèdent: les rêves s’enchaînent (qu’ils soient racontés ou directement transposés à l’écran), et un motif récurent semble se dessiner nettement: la mort. La mort hante "Le charme discret de la bourgeoisie", elle est de chaque séquence, si bien que tout le film peut se voir comme le passage dans la mort d’un groupe d’amis bourgeois, peut-être assassinés (comme la dernière scène du film le laisse penser). Un plan "hors contexte" qui apparaît à 3 reprises, et qui montre les 6 personnages marchant sur une route de campagne serait alors représentatif de ce passage vers la mort. Ces personnages n’auraient pas tout à fait conscience de leur mort et habiteraient une sphère mentale commune dans laquelle ils tenteraient désespérément de vivre, ce qui se matérialiserait par cette obsession de se nourrir. L’omniprésence de la mort s’accompagne de la volonté des personnages de s’alimenter, de boire, de baiser même. Ce rapport nourriture/mort évoque un autre film italien, "La grande bouffe" de Marco Ferreri. Mais là où le film de Ferreri était une vaste métaphore sociale, très virulente, le film de Buñuel se veut onirique, si bien que la dimension artistique, surréaliste et même poétique de l’œuvre devient largement prépondérante, pour notre plus grand plaisir. A mon sens, le meilleur film de la période française de Buñuel.
Ajoutée le 15 déc. 2009 à 14h26
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