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Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Le Secret de la chambre noire" et de son tournage !

Tournage en France avec des acteurs français

Kiyoshi Kurosawa a choisi de tourner ce long métrage en France au début de l'année 2015, avec des acteurs français, Constance Rousseau, Tahar Rahim, Olivier Gourmet, Malik Zidi et Mathieu Amalric : "C’est un rêve qui se réalise, je ne pensais pas avoir l’occasion un jour de tourner en France. C’est d’ailleurs le rêve de tout réalisateur japonais de pouvoir travailler en France ou aux USA. Le hasard a voulu que par chance, je puisse réaliser un film en France et je ne peux que m’en réjouir. Durant le tournage, ce qui m’a marqué reste le fait qu’il n’y a pas du tout de différence entre le Japon et la France, l’équipe était très sensible à mes volontés artistiques et faisait tout pour me satisfaire en ce sens et j’en suis très heureux. Idéalement, j’aimerais beaucoup alterner des tournages en France et au Japon", a déclaré le metteur en scène au micro d'AlloCiné.

Des fantômes partout

"S’il y a souvent des fantômes dans mes films, c’est parce qu’ils sont une représentation de la mort aisément compréhensible, et qu’ils permettent de rendre le passé visible dans le présent, explique le réalisateur. Mais il est aussi vrai que j’ai du mal à croire que les morts soient totalement dénués de substance et n’aient aucune relation avec nous autres vivants". En effet, Kiyoshi Kurosawa est hanté par la figure du fantôme, très présente dans nombre de ses films (de Kaïro à Retribution en passant par Vers l'autre rive). C'est également le cas dans Le Secret de la chambre noire : "Par l’intermédiaire du daguerréotype, j’ai compris que l’apparition d’un fantôme ne devait pas forcément être fondée sur la relation traditionnelle tuer/être tué, et qu’il était tout à fait possible de l’envisager dans les termes photographier/être photographié", confie le cinéaste japonais.

Idée de départ

L'idée du film est venue à Kiyoshi Kurosawa après avoir vu une exposition au Japon sur les débuts de la photographie :

"La première chose qui a attiré mon attention est la prise de vue d’une rue déserte de Paris, vieille de presque deux cents ans. Pourquoi cette rue était-elle déserte ? Simplement parce que si l’on effectue une prise de vue avec un temps d’exposition long de plusieurs dizaines de minutes, tout ce qui bouge disparaît de l’image. Par ailleurs, bien qu’il fut en noir et blanc, la précision de ce cliché était surprenante
et surpassait celle des photographies numériques d’aujourd’hui. Un court instant, j’ai eu la vision d’un
futur proche, une ville habitée par la mort.

Je suis resté médusé devant l’image qui était exposée ensuite. C’était le portrait d’une jeune fille. Son visage avait une expression étrange, dont il était difficile de dire si elle relevait de la douleur ou de l’extase. C’était là encore dû au temps de pose ; le dos de la jeune fille était attaché afin que son corps soit maintenu absolument immobile. L’appareil qui avait servi pour tenir la pose était lui aussi exposé à côté de la photographie", se souvient le cinéaste.

C'est quoi un daguerréotype ?

Dans Le Secret de la chambre noire, Olivier Gourmet incarne un photographe passionné par le daguerréotype. Il s'agit d'un procédé photographique inventé par Louis Daguerre en 1837. Le daguerréotype produit une image sans négatif sur une surface d'argent pur, polie comme un miroir et exposée directement à la lumière. La grande particularité de cette technique est qu'elle raccourcit considérablement le temps de pose, passant de plusieurs heures à quelques dizaines de minutes. Daguerre, qui a grandement fait avancer la technologie de développement des photographies, a été un temps considéré comme l'inventeur de la photo avant que la paternité réelle de l'invention ne soit rendue à Joseph Nicéphore Niépce.

Une jeune actrice à suivre

C'est la jeune comédienne Constance Rousseau (Tout est pardonné, L'Année prochaine) qui tient le rôle principal de Le Secret de la chambre noire. L'actrice devait porter une sorte d'armature assez oppressante pour les scènes où elle se fait photographier via un daguerréotype. Cette technique demande en effet un immobilisme total.

Changement de titre

Avant d'être baptisé Le Secret de la chambre noire, le film avait pour titre "La Femme de la plaque argentique."

Adaptation made in France

C'est la scénariste Catherine Paillé, bien connue pour sa participation à de nombreux films d'auteurs français (Les Ogres, Tonnerre, La Belle vie, Tempête), qui s'est chargée d'adapter dans la langue de Molière le scénario écrit par Kiyoshi Kurosawa.

Tournage calme et studieux

"Très concentré lors de la préparation des plans, Kiyoshi Kurosawa donne des indications très précises aux techniciens et aux acteurs par traductrice interposée, relayées par sa première assistante, tandis que son épouse reste constamment à ses côtés, souvent assise derrière le combo avec lui. Ce sont les deux seuls Japonais sur le tournage, qui se déroule dans une atmosphère extrêmement studieuse et calme. Kurosawa est attentif au moindre détail, mais son regard semble percer quelque chose de beaucoup plus profond et lointain", relate le journaliste et critique de cinéma Olivier Père, sur le site d'Arte.

Tournage en Ile-de-France

Le Secret de la chambre noire a été tourné dans le Val-de-Marne, dans la commune de Saint-Maur-des-Fossés. L'équipe du film y a notamment transformé un vieil atelier d'usine en studio de photographie.

Les fantômes, la suite

Kiyoshi Kurosawa explique sa fascination pour la figure du fantôme :

"S’il y a souvent des fantômes dans mes films, c’est d’une part parce qu’ils sont une représentation aisément compréhensible de la mort, et d’autre part parce qu’ils permettent de rendre le passé visible dans le présent. Toutefois, la vraie raison de mon attachement aux fantômes est la suivante : j’ai du mal à croire que les morts soient totalement dénués de substance et n’aient aucune relation avec nous autres vivants. Je considère en effet que le corps et l’esprit existent à des niveaux différents. L’idée que l’esprit est réduit à néant dès lors que le corps disparaît me semble bien trop simpliste. D’abord, le corps n’est pas inerte comme une pierre, c’est un système mouvant. Il a été observé que la matière dont le corps est constitué, y compris le cerveau, se renouvelle d’une année sur l’autre. La conception du corps comme unique habitat de l’esprit semble donc erronée dès le début."

De Kaïro à Balzac

Kiyoshi Kurosawa explore une autre facette du thème du fantôme depuis Vers l'autre rive ; il ne s'agit plus de mettre en scène des revenants vengeurs :

"Par l’intermédiaire du daguerréotype, j’ai compris que l’apparition d’un fantôme ne devait pas forcément être fondée sur la relation traditionnelle tuer / être tué, et qu’il était tout à fait possible de l’envisager dans les termes photographier / être photographié. J’étais certain qu’il pouvait exister une histoire de fantôme qui ne soit pas un simple récit de vengeance.

Pour Kaïro (2001), j’ai eu l’idée d’une situation un peu incroyable dans laquelle les gens deviennent peu à peu des fantômes tout en étant encore en vie. D’une certaine façon, le modèle qui pose pour les daguerréotypes se situe dans le prolongement de cette idée. Balzac était, dit-on, terrifié par le daguerréotype : il prétendait qu’à chaque fois que l’on posait pour un daguerréotype, on pouvait sentir les couches de son essence constitutive se détacher une à une."

Lost in translation

La totalité de l'équipe technique et du casting de Le Secret de la chambre noire est française. Kiyoshi Kurosawa a donc fait appel à un interprète français/japonais afin de communiquer au mieux avec ses comédiens et ses techniciens.

Le cinéma pour l'éternité

Kiyoshi Kurosawa nous livre sa vision du cinéma :

"Bien qu’il soit déjà vieux de plus de cent ans, le cinéma reste un art jeune comparé à la peinture, à la littérature ou au théâtre. On pourrait même dire qu’il est immature. Il est plus proche des jeux vidéo, de la bande-dessinée ou du rock, que des arts établis depuis longtemps. Je pense que c’est justement son charme. Je suis très heureux du fait que les salles de cinéma soient aujourd’hui encore l’un des principaux lieux de rendez-vous amoureux. Ce projet est pour moi une métaphore du cinéma lui-même. Au Japon, il m’arrive souvent d’avoir l’impression que le cinéma est à l’agonie. Ce n’est la faute de personne en particulier. Pourtant le cinéma se dirige vers une fin tragique et il ne pourra plus redevenir ce qu’il était à l’origine. Est-il sur le point de s’effondrer ? Peut-être.

Et je crois que si plusieurs imprévus se succèdent, cette « mort » arrivera plus vite qu’on ne le croit. Mais heureusement, le cinéma est encore jeune. Il est possible qu’il soit anéanti pour un temps, mais si quelques traces subsistent comme un fil tendu, peut-être que dans plusieurs dizaines d’années un rai de lumière pourra percer. Le cinéma peut mourir, mais il peut encore espérer quelque chose. C’est dans ce but qu’aujourd’hui, même si je dois me faire arracher une à une les couches de mon être, je veux utiliser le cinéma pour fixer le plus possible des modestes portraits qui, je l’espère, dureront pour l’éternité."
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