Film mêlant drame, guerre et suspense, réalisé par Alfred Hitchcock, Les Naufragés est une très grande œuvre. L'histoire nous fait suivre neuf personnes qui se retrouvent sur un canot de sauvetage après le torpillage de leur paquebot par un sous-marin allemand dans l'océan Atlantique Nord. Issus de milieux sociaux différents, ils vont faire l'expérience d'une survie en communauté qui va se compliquer après le sauvetage d'un naufragé un peu spécial qui va créer des tensions. Ce scénario s'avère particulièrement prenant à visionner tout du long de sa durée d'un peu plus d'une heure et demie. On assiste pendant tout ce temps à une intrigue menant parfaitement sa barque à la faveur de sa brillante écriture. En effet, ce synopsis de départ plutôt simple est pourtant terriblement efficace car il nous montre une situation en temps de guerre qui est un véritable dilemme moral. C'est vraiment intelligemment traité via des scènes très bien trouvées qui mettent à rude épreuve le physique et le mental des rescapés. Le ton se veut sérieux mais parvient également à faire sourire grâce aux répliques qu'ils s'envoient. L'ensemble est porté par des personnages très différents les uns des autres, qui parviennent tous à trouver leur place et leur utilité, même si certains sont davantage mis en avant que d'autres. Des rôles superbement interprétés par une distribution comprenant Tallulah Bankhead, John Hodiak, Walter Slezak, Hume Cronyn, Mary Anderson, William Bendix, Henry Hull, Canada Lee et Heather Angel. Tous ces individus forcés à cohabiter ensemble entretiennent des rapports entre solidarité et méfiance qui procurent de nombreuses émotions. Des échanges soutenus par des dialogues brillants, déclamés avec prestance. Sur la forme, la réalisation du cinéaste britannique est exemplaire. C'est mis en scène avec virtuosité, sa caméra étant toujours placée au bon endroit, au bon moment, et dont les effets donnent véritablement l'impression d'être perdus au milieu de l'océan. La narration visuelle est saisissante et il parvient à jouer avec la profondeur du canot de sauvetage en faisant se déplacer très souvent les protagonistes. Et cette embarcation de fortune pourtant assez petite finit par sembler grande tant elle est bien exploitée. Ce visuel à l'esthétique noir et blanc charmant est accompagné par une bande originale quasiment absente. Seuls quelques airs joués à la flûte se font entendre. Reste une fin bouclant parfaitement la boucle, venant ainsi mettre un terme à cette très grande œuvre cinématographique. Car oui, Les Naufragés est un long-métrage devant absolument être découvert.