"2001 : l'odyssée de l'espace" est un monument du cinéma et l'un des films les plus cultes qui existent. Alors, au vu de la note que je lui ai attribuée, je me devais de fournir une explication détaillée en ce qui concerne mon ressenti sur ce dernier. Et si je dois commencer quelque part, je pense qu'il est important de préciser que je comprends, en partie, le statut de ce projet. Sincèrement, il possède beaucoup d'éléments nécessaires à l'aura d'une œuvre culte. Sorti en 1968, le film était une révolution dans le domaine de la science-fiction. Bien avant que certains projets très importants des années 70 arrivent pour redistribuer les cartes, il a été la porte d'entrée de ce genre vers quelque chose de plus terre-à-terre. Alors que la science-fiction avait toujours été très abstraite, la fin des années 60 marqua le début de la conquête spatiale par l'homme. À cet instant, l'espace n'est donc plus un sujet de fiction, mais une réalité. Par conséquent, au travers de ce climat, on comprend mieux comment ce film très précis et sérieux sur son sujet a pu réussir à autant marquer les esprits. En effet, réalisé par Stanley Kubrick, il a bénéficié de toute la précision du travail de son réalisateur. Il n'y avait pas de metteur en scène plus qualifié pour faire rêver le public de l'époque, en lui proposant un ensemble extrêmement précis sur ce que serait le futur dans l'espace. En conséquence, le long-métrage nous propose de longs voyages spatiaux, des éléments futuristes à gogo et un gros travail de réalisme sur les effets spéciaux. Et déjà, rien qu'à ce niveau, je commence à trouver des choses à redire. Certes, pour l'époque, c'était vraiment marquant, on ne peut pas enlever le contexte d'un tel film pour le juger. Mais soyons honnêtes, cela méritait-il d'être autant mis en avant ? Je parlerai du scénario plus tard, mais, notamment sur la deuxième partie, j'ai la sensation que la démonstration technique du film compte bien plus que le reste. Je suis désolé, mais je me suis véritablement ennuyé à regarder ces longs trajets de navettes spatiales, de parfois plus de 5/10 minutes, sans rien d'autre à me mettre sous la dent. C'était peut-être impressionnant pour l'époque, mais ça a clairement vieilli et c'est devenu particulièrement ennuyeux à regarder. Visionner de longues séquences de ce style, alors que l'histoire n'évolue pas, cela ne m'intéresse pas. Je suis là pour regarder un film, pas pour découvrir une démonstration technique sur ce que sera la NASA à l'avenir. Maintenant, même si tout cela est excessivement long, je dois quand même reconnaître que Stanley Kubrick a fait son travail avec sérieux. Il a multiplié les idées de mise en scène pour jouer avec ses décors et son sujet, certains plans étant encore bluffants à l'heure actuelle. Je pense notamment à certaines séquences de la troisième partie, qui jouent avec un décor rotatif ou avec une illusion de gravité. Par ailleurs, son style très froid et clinique fonctionne parfaitement pour les séquences avec des vaisseaux, et le rendu est plutôt convaincant. Personnellement, je ne trouve pas le tout comme étant révolutionnaire pour autant, car les maquettes et la technique du matte painting étaient déjà bien implantés dans le cinéma de cette époque, mais il faut admettre que cela fonctionne. Malgré tout, une fois que cette vision d'avenir est passée, il reste beaucoup de choses à découvrir au sein du film, notamment en ce qui concerne son propos. Si Stanley Kubrick a évidemment été très chanceux en bénéficiant de cette production exceptionnelle, ce serait mal le connaître de penser qu'il n'allait pas mettre un peu de lui au sein de cette histoire. Par conséquent, comme beaucoup de fois chez ce dernier, nous nous retrouvons face à un scénario très nihiliste et à la morale vraiment glaçante. Débutant son intrigue par la représentation des premiers hommes, le reste du film nous montre finalement que rien n'a vraiment changé dans notre façon de faire. Si la forme a évolué, le fond reste le même. Là où les premiers hommes se battaient pour un point d'eau, les plus évolués se querellent entre nations (d'où cette scène, très parlante pour l'époque, où notre personnage discute avec des russes). Là où les premiers hommes étaient complètement insensibles à ce qu'était le monolithe, les plus évolués ne sont finalement pas mieux face à celui-ci. Et par ailleurs, alors que l'humanité a énormément évolué, la fin du film laisse apparaître une image extrêmement forte,
via cet embryon humain. Celui-ci symbolise un renouveau pour l'homme, mais surtout un redémarrage. L'homme n'a finalement jamais vraiment évolué, et ce cycle tend à se répéter.
Dans l'idée, je comprends donc où veut en venir Stanley Kubrick, car c'est totalement dans ses gimmicks de proposer un ensemble aussi froid. Mais personnellement, si je peux accepter cette approche pour certains de ces films, il y en a forcément où cela ne passe pas, et c'est le cas ici. Déjà, car même si le fond est recherché, le scénario ne va jamais se donner la peine d'être intéressant. C'est bien beau d'avoir des choses à dire, mais si tout ce qui se passe pour raconter cela est aussi plat, je ne peux pas m'y intéresser. Et encore une fois, cela passe évidemment, ou du moins en grande partie, par le rythme. Cela débute donc dès l'introduction, où nous allons suivre 20 minutes de séquences avec les premiers hommes qui ne font que crier. Il n'y a donc aucun dialogue, et le tout aurait donc clairement pu être raccourci de moitié. Cela continue ensuite dans la deuxième partie, où le personnage présenté s'avère complètement inintéressant et aurait même pu être retiré du montage. Cette partie de plus de 30 minutes n'est là que pour montrer le fameux rêve spatial, mais elle pourrait clairement être absente, cela n'en changerait rien. Puis, il y a cette troisième partie, qui est peut-être celle qui est la plus appréciable. Encore une fois, les personnages sont inintéressants et le rythme est vraiment lent, mais on développe quand même quelques éléments sympathiques. Je pense surtout à cette dualité entre l'homme et l'intelligence artificielle, qui était assez neuve pour l'époque. Mais pour moi, le dernier point culminant de cela vient de la fin, près de 20 minutes sans dialogue au sein d'une séquence particulièrement insupportable. Si je peux encore accepter la toute fin, qui est assez belle dans son montage, la première partie est atroce avec ce délire psychédélique de presque 10 minutes ! Autant de temps à montrer des images subliminales de couleurs pour symboliser quelque chose, c'est trop ! Et à ce niveau-là, je sais ce que l'on peut me répondre : c'est un film contemplatif. Et à ce point, je répondrai que ce n'est pas une raison ! J'en aime des films contemplatifs, et je suis capable de les apprécier, mais pas à n'importe quelle condition ! Déjà, car il faudrait que le fond ait un réel intérêt pour la forme, ce qui n'est pas toujours le cas ici. Mais aussi, car ce n'est pas une raison pour tout pousser à l'extrême. Je suis désolé, mais mettre des séquences de 10 minutes qui ne racontent rien (ou juste une chose, à la limite) et l'excuser par le côté contemplatif, j'appelle juste cela un délire d'artiste complètement déconnecté. Pour moi, ce film n'a rien d'un véritable projet contemplatif. Je veux bien entendre que la mise en scène de Stanley Kubrick peut y faire penser. Et pour le coup, je peux même comprendre que la musique aide à cela, car les différentes compositions utilisées pour le film sont parfaites pour retranscrire un aspect mystique et/ou grandiose en fonction des besoins. Mais, pour moi, remplir un tiers du film par une publicité déguisée pour la NASA, un autre tiers par des délires de mise en scène extrêmement rallongés qui ne racontent rien et un dernier tiers par une histoire banale mettant des personnages particulièrement plats en évidence, je n'appelle pas cela un film contemplatif. Au vu de ce constat, je considère donc ce film comme un projet mal emboîté et qui s'avère vraiment douloureux à regarder. Honnêtement, je peux comprendre qu'il ait pu faire rêver une partie du public de l'époque, et c'est pour cela que je n'ai pas été trop assassin sur ce point, même si j'ai eu des choses à en dire. Mais en ce qui concerne le délire pseudo-artistique du projet, je ne trouve rien de positif à en dire. Ce film est un faux film contemplatif, qui ne procure aucune émotion hormis l'ennui. Pour conclure, un long-métrage culte, mais qui ne m'a jamais convaincu.