Depuis le temps que l'on me parlait de ce film, considéré par beaucoup comme l'un des plus grands (si ce n'est le plus grand) film de gangsters de tous les temps, je me sentais inculte de ne pas l'avoir vu. Comme beaucoup, j'ai découvert ce mythe par le biais du célebrissime remake de Brian De Palma où le rôle de Tony était tenu par Al Pacino. Cependant, de ce que j'avais pu entendre, il n'arrivait pas à la cheville de son modèle. Je n'en suis pas si sûr... Ici, le grand Howard Hawks ("Rio Bravo", rien que ça !) posait les bases d'un genre nouveau à l'époque. Il pouvait se permettre de nombreuses audaces et de fiévreuses montées de violence dans la mesure où le code Hays ne fut installé que deux ans plus tard, en 1934. Introduisant son film par un plan-séquence remarquable jouant sur les ombres et le phantasme du diable, il donne le ton. Son lyrisme, sa capacité à tenir des prises de vues incroyables de précision et d'efficacité en font un modèle de réalisation, totalement irréprochable. Il dirige ses acteurs en leur laissant une marge de manoeuvre importante, quitte à ce que ceux-ci surjouent, de manière à donner un peu d'ampleur et surtout beaucoup de charisme à leur personnage. De ce côté-là, Paul Muni excelle, comme ses petits camarades. Réaliste et prenant, "Scarface" l'est de bout en bout. Aucun temps mort n'est permis, le rythme est totalement fou. Cependant, une chose me dérange : la manière de raconter. Trop superficielle, ne développant pas assez le caractère de ses protagonistes, optant pour le film d'action à fond, ne laissant à personne le temps d'observer ou comprendre quoique ce soit. Hawks a décidé d'en mettre plein la vue et s'aquitte de sa tâche avec merveille. A l'inverse, son scénario manque parfois de consistance, et n'a pas la forme splendide de son futur successeur, certes plus classique dans sa description. A voir, il s'agit d'un excellent moment. Mais j'ai ma petite préférence...