A partir d’un projet pas très personnel, Orson Welles réalise en 1958 un chef d’œuvre du film noir, La Soif du Mal. Le film commence par un plan-séquence à couper le souffle et par un meurtre. Mais ce meurtre n'est qu'un prétexte pour nous amener à un fascinant duel de personnages complètement antithétiques : Quilan, un policier qui se sert de méthodes peu orthodoxes, et Vargas, qui cherche justice et vérité. La comparaison ne s'arrête pas là : symboliquement, le fait que l'un soit âgé, l’autre jeune, que l’un soit Américain, l’autre Mexicain, et enfin, que la femme de l'un soit brune et l'autre blonde, vont dans ce même sens. La Soif du Mal est donc plus qu’un simple film policier divertissant, c’est un film qui, au-delà de l’intrigue à suspense principale, fait le procès des policiers ou hommes de loi qui vont à l'encontre de la Justice qu'ils sont sensés servir.
Ce duel est interprété par des figures maintenant légendaires, Charlton Heston et Orson Welles himself (absolument gigantesque dans ce rôle), accompagnés par non rien moins que par la sublime Janet Leigh et Marlene Dietrich ! Ces immenses comédiens apparaissent dans la nuit noire d’une ville fantomatique, filmée dans un sublime noir et blanc. Le film est en effet porté par le style d’Orson Welles, avec de superbes plans-séquences (notamment la première scène), qui donnent aux séquences en question un suspense tendu (par exemple le final, et ce depuis la chambre d’hôtel jusqu’à l’interrogatoire sur microphone). C'est donc en réalisant un film de commande, un simple thriller, qu'Orson Welles livre l'une de ses meilleures oeuvres : La Soif du Mal, au moins, touche le spectateur et l'implique à fond, là où Citizen Kane pouvait, au final, le laisser froid par son excès de techniques visuelles (selon moi).
Ma note : 10/10