Les Sentiers de la gloire
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ConFucAmuS

650 abonnés 1 040 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 septembre 2022
Pour Stanley Kubrick, L'Ultime Razzia fut le passeport pour Hollywood, mais c'est son quatrième film qui le fit passer en première classe. La suite logique d'une expérience voyant les talents se combiner sur la page et des deux côtés de la caméra. Partant d'un récit signé Humphrey Cobb, l'adaptation a été confiée aux mains expertes de Jim Thompson, monstre sacré du roman noir et un habitué de Kubrick (les deux ont collaboré sur son précédent long-métrage). Le résultat intéressa l'acteur star Kirk Douglas, suffisamment pour commander quelques réécritures afin d'enrichir son personnage (le colonel Drax). Comme il le fera souvent dans sa carrière, Kubrick chapeauta le travail et y apporta même sa contribution. Un travail conséquent mené en bonne intelligence, heureusement car le réalisateur avait également l'ambition de frapper fort dans la représentation des combats. Si on oublie l'idiot procès en francophobie démarré en 1957 (retardant sa sortie jusqu'à 1975), Les Sentiers de la Gloire est un triomphe à tous les niveaux.

Les personnages sont français, indéniablement. Mais ils auraient pu être allemands, anglais, espagnols, américains, italiens, belges et j'en passe...La vraie cible n'est pas une nation mais des hommes. Pas besoin d'adversaires (nous n'en verrons jamais le bout d'un casque), la guerre est un phénomène aussi destructeur du point de vue biologique ou écologique que du point de vue moral, politique, personnel et collectif. L'intelligence des Sentiers de la Gloire, c'est de mêler deux genres distincts - le film de guerre et le film de procès - puis de les fondre en un seul geste. Qu'on ne s'y trompe pas, l'importance et les dégâts provoqués seront aussi douloureux d'un côté que de l'autre. La bataille nous allons la suivre sur plusieurs niveaux. Sur les champs dévastés, au beau milieu des explosions et des cratères où s'entassent les macchabées. Dans un souci de réalisme, Kubrick pose ses caméras au cœur des charges. De longs travellings latéraux pour témoigner d'un bourbier sans perspectives, les obus stoppant net des centaines d'existences en quelques minutes. L'approche documentaire fournit encore un lot d'images mémorables, dont Spielberg s'inspirera pour Il faut sauver le soldat Ryan.

Le combat fait également sauter les rouages de l'institution militaire. Les plus hauts-gradés sirotent leur verre, se pavanent dans les mondanités en réfléchissant à une belle promotion tandis que les moins décorés (et déclassés) sont sommés de combattre pour mourir, leur sacrifice ne servant qu'à fournir une énième décoration à leur chef . Le temps d'un plan-séquence édifiant, les deux mondes se rencontrent. En résulte un sommet de malaise face au comportement indécent du général Mireau (fantastique George Macready) envers ses troupes, blessées et fatiguées. De manière limpide, le personnage rappelle à quel point la frontière entre la noblesse et la folie est menue. Les idéaux vantés ont beau être les mêmes (justice, patriotisme), ils s'effacent dès que l'égo rentre dans la partie. Au point de renier toute humanité au profit d'une vendetta sanguinaire pour simplement laver un "affront". Nous arrivons sur le terrain politique...

Les notions abstraites ont tendance à s'éclaircir avec la tête de gondole appropriée. Le mépris galopant de Mireau scelle le sort des officiers arriérés. Il ne faut pas oublier que l'avidité s'entretient dès lors qu'on peut y trouver son intérêt. En fin connaisseur des ficelles, le général Boulard est un ventriloque parfaitement irrésistible, l'exemple parfait d'un mal tranquille même sympathique, masqué derrière les politesses d'usage et les sourires en coin. Un écrivain sardonique comme Jim Thompson a dû se faire plaisir avec lui. On peut même y trouver une parenté avec l'incapable et perfide shérif Nick Corey de Pottsville 1280 habitants (publié en 1964) dans cette manière de corrompre sans jamais se mouiller. Flatterie, double-jeu, cynisme et égocentrisme ; la décadence commence avec ça, par petites touches, l'air de rien. Au second degré, c'est hilarant. Mais jamais assez pour nous faire oublier l'horreur d'une élite indigne fonctionnant en vase clos et ne servant que ses propres intérêts.

Un virus dont nous constatons la virulence, alors qu'il infecte les institutions et détricote le tissu social comme moyen de subsistance. Antimilitariste, certes. Mais plus dans une dénonciation de la guerre et de ce qu'elle révèle parmi les hommes. Kubrick, Thompson et Cobb sont bien trop lucides pour occulter les rais de lumière à travers la masse noire. Chose que Les Sentiers de la Gloire représente parfois au sens littéral avec Drax (campé avec brio par K. Douglas) ou dans ce chant final déchirant qui semble agir tel un remède à la sauvagerie ambiante. Il n'est d'ailleurs pas anodin que cet épilogue entonné se pose en contrepoint de l'ouverture martiale. Autre manière de recouper avec l'ambivalence dont le genre humain se constitue. Comme on l'a remarqué avec la morale et les idéaux, l'art peut autant édifier des barrières que dresser un pont entre les individus. En lieu et place d'une attaque sur la France, Stanley Kubrick a concentré ses efforts pour livrer son œuvre la plus humaniste et adresser à la guerre son plus beau geste : un bras d'honneur.
Alain D.

734 abonnés 3 445 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 juillet 2022
Ce film en N&B réalisé en 1957 débute en 1916 durant la Première Guerre mondiale avec un Kirk Douglas très convainquant dans la peau du colonel Dax. Même si les tranchées semblent un peu trop "propres", Stanley Kubrick nous offre une mise en scène parfaitement efficace, des dialogues forts, des scènes de guerres intenses aux séquences poignantes. Le scénario sans tabous de ce drame, dénonce parfaitement quelles peuvent être les absurdités de la guerre et des commandements inconsidérés.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 27 avril 2022
"Les Sentiers de la gloire" n'est pas le film de Kubrick, dont la réputation n'est plus à faire, le plus connu mais sans doute un des plus intéressants.
Le film est assez court mais porte très bien sa thématique sur le front français de la guerre 14-18, en effet, différentes des plus importantes facettes de la guerre y sont abordées, que ce soit pendant ou en dehors des combats.

Le film dénonce le système militaire de l'époque pendant la guerre, Kubrick ne cherche pas à faire un simple film du genre en mettant en avant des actes héroïques. Il montre un système friable et injuste envers les soldats.
La présence du grand et charismatique Kirk Douglas permet de faire le pont entre ces soldats et les hauts gradés qui décidaient de tout, il en devient le porte-parole.

"Les Sentiers de la gloire" est une véritable réussite.
Patjob
Patjob

43 abonnés 757 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 avril 2022
Le film est adapté d’un roman lui-même inspiré de deux faits réels de la guerre de 14-18. Il constitue une dénonciation de l’horreur de la guerre, et du (du moins, d’un certain type de…) fonctionnement militaire. Il se divise en trois grandes parties. Dans la première on voit l’immense fossé qui sépare le haut commandement militaire, qui vit dans le luxe et les convenances, et les simples soldats, qui vivent dans la crasse et la promiscuité. Le sort des seconds est décidé par les premiers, guidés par les intérêts personnels, l’orgueil et l’ambition. La seconde partie montre la boucherie de l’attaque de la position ennemie, et les ordres insensés du haut commandement, pour lequel la vie des hommes a peu, voire pas, de valeur. La troisième, une justice militaire qui n’est qu’un simulacre de justice, tant les intérêts du système et des « juges » l’emportent sur la vérité des hommes. La mise en scène de Kubrick, déjà virtuose, est parfaitement adaptée au propos ; les travellings avant et arrière qui, accompagnant les personnages, font découvrir les tranchées de l’intérieur sont impressionnants ; la façon de filmer « le procès » est glaçante, et celle de filmer l’exécution génère une grande empathie. Ce réquisitoire antimilitariste, d’une portée dépassant largement le cadre historique dans lequel les faits se déroulent, est aussi un grand film humaniste, en témoigne la merveilleuse dernière scène, pleine de tendresse et de compassion, alors qu’émerge un peu de chaleur humaine.
Napoléon
Napoléon

181 abonnés 1 628 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 janvier 2022
Une mise en scène magistrale donnant au film un réalisme saisissant, mention spéciale à la scène de l'assaut qui est incroyablement réaliste. Les acteurs quant à eux produisent une interprétation d'une grande justesse. Pour un film anti-militariste d'une grande qualité.
Cédric Ambame
Cédric Ambame

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 18 décembre 2021
5***** pour ce film que je considère tout simplement comme un chef d’œuvre.
Les sujets élucidés et les valeurs morales de ce film sont limpides.
Des films comme on en fait (voit) plus…
bobbyfun
bobbyfun

55 abonnés 1 313 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 mai 2021
Face à l'ennemi invisible, la vaillance des coeurs transformée en chair à canon puis sacrifiée sur l'autel de l'abjecte et lâche arrivisme.
Ykarpathakis157

6 197 abonnés 18 103 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 9 mai 2021
Kubrick est l'un des plus grands auteurs de films du XXe siècle et le Sentier de la gloire est admiré par beaucoup comme une œuvre de première maturité. En effet il y a beaucoup à admirer la photographie en noir et blanc est d'une netteté clinique, l'utilisation de longs travellings, les belles performances en particulier celles de George Macready dans le rôle d'un général ambitieux et d'Adolphe Menjou dans ce qui est peut-être son meilleur travail dans une carrière remplie de portraits de manipulateurs le montage est net et l'utilisation efficace du son. En fait ce film porte de nombreuses marques du style plus mature de Kubrick à partir de Docteur Folamour et Lolita. Un élément stylistique particulièrement troublant les travellings et les intérieurs préfigurent d'une certaine manière L'année dernière à Marienbad de Resnais qui semble à son tour être la source d'une grande partie du style de Kubrick à partir de 2001 : l'Odyssée de l'espace. C'est sans doute le film le plus froid sur le plan émotionnel de tous les films de Kubrick. Son interminable succession de vénalité militaires même pour l'armée française est oppressante. Il s'agit d'une polémique classique sur la guerre c'est l'enfer et les commandants sont le neuvième cercle et tout son raffinement technique ne peut masquer son manque d'ambition. Il lui manque l'élément le plus caractéristique de tous les films de maturité de Kulbrick l'humour sardonique. Même le moment le plus touchant du film la scène du café est quelque peu forcé...
GéDéon
GéDéon

136 abonnés 713 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 janvier 2023
Avec son quatrième long-métrage, sorti en 1957, Stanley Kubrick livre un film de grande qualité dans lequel il dénonce l’absurdité de la guerre et surtout ceux qui la dirige. Durant la Première Guerre mondiale, un régiment français reçoit l’ordre de s’engager dans un assaut suicidaire. Face à la désobéissance de certains soldats, des sanctions militaires sont prises. Portée par un excellent Kirk Douglas, l’histoire met en avant le procès de ces hommes où honneur et dévouement s’entremêlent avec lâcheté et orgueil des hauts gradés. Rappelons que pour des motifs de censure, ce film ne sortira en France que dix-huit ans plus tard. Bref, c’est bien la preuve que le réalisateur américain a tapé dans le mille !
stans007
stans007

36 abonnés 1 462 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 4 avril 2021
1ère guerre mondiale. Film simple, précis, efficace, révoltant, probablement historique. Interdit en France pendant 20 ans.
Un travail d’orfèvre.
Alasky

454 abonnés 4 565 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 23 mars 2021
La grande qualité de ce film n'est pas à remettre en doute. Sa narration et sa mise en scène sont renversantes, et ce noir et blanc impeccable donne une réelle profondeur aux scènes, notamment aux scènes des tranchées. On comprend que ce film ait subi les effets de la censure pendant de nombreuses années. Un immense chef-d'oeuvre à ne pas manquer.
Laurent M.
Laurent M.

2 abonnés 90 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 5 mars 2021
"Les sentiers de la gloire" (en français). LE premier vrai chef d'œuvre de Kubrick, incroyable de modernité, des plan de ouf dans les tranchées, et un pamphlet antimilitariste cinglant et cynique. Magistral !
Biertan64
Biertan64

66 abonnés 1 484 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 24 février 2021
Une profonde charge antimilitariste, sur le front français de la première guerre mondiale où l'ennemi n'est pas le soldat d'en face mais son propre commandement.
Stanley Kubrick dénonce l'absurdité de la guerre, en particulier de ceux qui la dirigent, ces généraux carriéristes animés par l'espoir d'une promotion.
Cette offensive suicidaire, suivi de ce jugement pour lâcheté au combat parviennent à nous révolter. Et, même si la réalité était beaucoup plus complexe que ces officiers condamnant au peloton d'exécution pour l'exemple afin de se dédouaner de leurs propres échecs ambitieux, les "sentiers de la gloire" reste un plaidoyer contre une stratégie menée par la haute hiérarchie militaire qui a sacrifié une génération entière.
Le film sorti en 1957 joue peut être à l'excès la carte du manichéisme et de la caricature (surtout les chefs totalement insensibles à la vie de leurs hommes) pour provoquer l'indignation.
Aussi si le fond est plus marquant que la forme, la dernière scène avec la captive allemand chantant un air mélancolique dans le bistrot reste un moment émouvant.
AdriBrody
AdriBrody

16 abonnés 775 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 21 février 2021
"Les sentiers de la gloire" est sûrement LE film sur l'absurdité de la guerre. Mettant en scène une mission suicide d'une troupe française puis le procès de soldats considérés comme lâches parce qu'ils n'ont pas avancés, Stanley Kubrick maîtrise son sujet, son art et son film. C'est intelligemment raconté avec des personnages bien interprétés. Le rythme est bon et on finit par rentrer dans cette bien sombre époque et sombre histoire.
Redzing

1 452 abonnés 4 916 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 19 décembre 2020
Film anti-militariste par excellence, « Path of Glory » se déroule en 1916, et commence avec un assaut français sur le front qui échoue. En conséquence, le commandement décide de passer en court martiale une poignée d’hommes, pour lâcheté. Non seulement le sujet est relativement osé pour 1957, mais la peinture de l’armée est des plus acerbes, présentant un clivage entre des soldats marqués par une guerre de tranchées, et des officiers arrogants, froids, et déconnectés des réalités du terrain. Une charge si violente que le film ne sortira en France qu’en 1975 ! Mais là où l’on aurait pu avoir une critique bête et méchante, Kubrick fait preuve de beaucoup de subtilité. Tous les personnages sont nuancés, même le général, principal antagoniste, qui est présenté au départ comme un officier supérieur pragmatique et protecteur. La palme revient au protagoniste, joué par un Kirk Douglas en forme, officier et ancien avocat qui tente de redonner morale et justice à une situation devenue absurde. Sur la forme, le réalisateur, avant de pondre ses plus grandes œuvres, démontre déjà son talent. Après un générique qui sonne la Marseillaise (!) en guise de provocation, le film regorge de plans ultra maîtrisés. On alterne entre des plans larges dans de somptueux châteaux, les travelings serrés des tranchés (particulièrement étonnants 20 ans avant l’invention du steadicam !), les séquences de bataille courtes mais cauchemardesques, et des plans plus intimistes éclairés avec soins. Il en résulte un film qui deviendra l’un des incontournables sur la Première Guerre Mondiale.
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